STRANGE BOYS – And Girls Club Con et régressif

(In The Red 2009)

Voilà un disque pour lequel on a envie de s’enflammer. Venus d’Austin, les quatre Strange Boys viennent de sortir le premier album le plus régressif entendu depuis longtemps, un disque de rock’n’roll brouillon à la Black Lips, mal foutu mais jubilatoire. En 35 minutes, Strange Boys jouent 16 morceaux irrésistibles de façon dissonante en donnant l’impression de s’en contrefoutre totalement.

Le groupe possède un son déglingué à mi-chemin entre garage-sixties et rock’n’roll des années 50. La basse est quasi inexistante, les guitares aigües sont dissonantes, le chant approximatif. Strange Boys sonnent comme s’ils ont été enregistrés au fond d’une cave, dans un studio de fortune, à 4h du matin. C’est ce qui fait le charme de ce Strange Boys And Girls Club, n’en déplaise aux amateurs vains de hi-fi haut de gamme. Pour couronner le tout, le frontman sans voix Ryan Sambol possède un chant erratique à la Pete Doherty, un marmonnement étrangement attachant qui donne un côté branleur au groupe. Auteur de tous les morceaux, Sambol excelle dans la composition de mélodies : l’ouverture rock’n’roll « Woe Is Me », le rockab de « Should Have Shot Paul », la pop de « No Way For A Slave To Behave » sont autant de chansons superbes qu’on ne se lasse pas de réécouter.

Le groupe surprend par sa capacité à évoluer dans divers genres, comme le blues avec « For Lack Of A Better Face » et « Probation Blues », la chanson de saloon avec « Death And Al The Rest », le beat sixties façon Pretty Things avec « They’re Building The Death Camps » et la géniale « To Turn A Tune Or Two ». Dans la structure de ses morceaux, le groupe possède une dette manifeste envers les Kinks, en particulier sur « MLKs » qui évoque grandement « Well Respected Man » ou encore sur la superbe « Heard You Wanna Beat Me Up » dont l’ouverture plaintive « I’m in trouble with another man / I did something I shouldn’t » reste dans la tête de façon insistante.

Les lecteurs attentifs que vous êtes n’auront pas manqué de le constater que les titres des chansons sont magnifiques. Ils témoignent d’un sens de l’humour cynique et absurde comme on l’aime : « They’re Building The Death Camps », « For Lack Of A Better Face », « Heard You Wanna Beat Me Up », « No Way For A Slave To Behave » et surtout « Should Have Shot Paul », dont le texte intégral se résume à « Should of shot Paul / popped the wrong mop top / should of shot Paul » (notez la faute d’orthographe de mauvais élève). Sans doute le meilleur hommage jamais écrit à John Lennon.

Outre ce chef d’oeuvre littéraire, les textes des chansons ne déçoivent pas et se montrent à la hauteur de leur titre délirant. Sambol multiplie les phrases définitives, notamment sur « A Man You’ve Never Known » dans laquelle il affirme sa liberté en tant qu’auteur – « I’m a man you’ve never known / please understand / it’s my job to write songs / and allow me to do whatever I want » -, la liberté d’écrire n’importe quoi (ce qu’il fait très bien). Ses textes sur ses expériences avec la drogue et les arrestations qui en ont découlé (« Probation Blues », « Most Things ») sont pleins d’humour et d’hypocrisie pince-sans-rire (on peut citer « no amount of talk could cover up / what I was hiding in my trunk » ou ce classieux « now I can’t do what I once did / cause don’t you know / it will show up in my piss »). Ils font de ce Strange Boys And Girsl Clubs un album riche, qui sort de l’ordinaire. La phrase le plus surréaliste de l’album demeure sans doute celle qui ouvre la fantastique « They’re Building The Death Camps » : « When you’re a cowboy, on the plains / Everyone you meet on the way / You either kill or entertain ». Avec leurs textes idiots et leur musique bancale, les Strange Boys ont trouvé la formule parfaite.

 

 

Tracklisting :

1. Woe Is You And Me *
2. They’re Building The Death Camps *
3. Should Have Shot Paul *
4. Mlks *
5. This Girl Taught Me A Dance
6. For Lack of a Better Face
7. Heard You Wanna Beat Me Up *
8. No Way For a Slave To Behave
9. Poem Party *
10. To Turn a Tune or Two *
11. Most Things
12. A Man You’ve Never Known
13. Then
14. Who Needs Who More
15. Probation Blues
16. Death and All The Rest

Le groupe sur Myspace : www.myspace.com/thestrangeboys

 

Vidéos :

La vidéo officielle de « Woe Is You And Me »

« Poem Party » en 2008 à Seattle

 

Vinyle :

Strange Boys And Girls Club

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

13 Comments

  1. Salut!
    C’est quand même pas mal de la pose tes Strange Boys… la déglingue pour la déglingue, bof! Vraiment pénible… Ce chant aaargh! Une horreur…
    Pas de seconde chance pour ce groupe de mon côté!!!
    Sinon, mille mercis pour toutes les découvertes que tu nous fais partager, mais là c’est vraiment sans moi!!!

  2. wouha polar faut quand même pas avoir d’oreille pour écrire ce genre de conneries, ce disque est juste génial,
    les mecs arrivent avec grande classe à compiler kinks, dylan et les black lips, et ils ont des grands riffs qui claquent
    franchement je le redis, ils ont la classe ces mecs et leur disque est parfait

  3. Ben… Je suis d’accord avec Polar moi.
    Je ne sais pas si c’est le groupe en lui-même ou de la lassitude pour ce genre de prod’, toujours est-il que ce disque me les brise sérieux.
    Je ne suis pas fan de ce parti-pris « con et régressif » en fin de compte. Trop calculé pour être sincère ? Les goûts et les couleurs hein !

  4. Effectivement, ce doit être un problème d’oreille, car je n’ai pas vraiment entendu les grands riffs qui claquent, mais bon… Comme le dit Beat4less (salut au passage), c’est peut-être pas assez sincère pour que j’y adhère – et à mon goût un gros manque de spontanéité pour que la sauce prenne!

  5. ouais en oubliant le côté manque de sincérité, la qualité des morceaux est réelle quand même, quand tu entends un morceau comme Poem Party, ça crie au talent quand même quoi
    beat4less, je suis déçu, moi qui te croyait homme de gout 🙂

    et désolé polar pour m’être enflammé, si c’est pas votre came, tant pis
    je trouve juste cet album bien jouissif et c’est difficile pour moi de l’entendre critiqué

  6. Pas d’offense cher teenagegraveman, je comprends ta réaction… quand on est fan 🙂 (et puis c’est peut-être moi qui ai tort, au fond, qui sait 😉 ?)
    Eric, je n’avais pas prêté attention aux textes plus que ça, pour être honnête. La voix et la musique m’avaient par trop rebutée!

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