VENOM – « Witching Hour »

LE BLACK METAL EXPLIQUÉ AUX MODS

À l’époque, ils faisaient peur à tout le monde.

On aurait tort de prendre Venom à la légère.

1981. Venom venait donc en premier. À défaut d’avoir fixé à proprement parler les standards musicaux du black-metal, ils ont inventé le terme, et défini ce qui compte plus que tout : un Théâtre.

Ils étaient comme tout le monde, ils adoraient Motörhead ; mais ils avaient compris que Motörhead avait un défaut dans sa cuirasse : Lemmy était trop intelligent. Lemmy était cultivé, Lemmy swinguait ; il avait la classe. C’était le drame. Car dans leur boule de cristal, les mecs de Venom ont vu l’atroce vérité : un jour, même les Inrockuptibles approuveraient Motörhead. Motörhead était justifiable, Motörhead était trop bon.

Il suffisait d’avoir deux sous de logique pour comprendre ce qu’il fallait faire, et aussitôt Cronos, Mantas et Abbadon s’employèrent à monter le groupe le plus indéfendable de l’histoire. De leur syllogisme, un univers est sorti, qui dure encore. Les albums Welcome to Hell et Black Metal sont légendaires, pour leurs titres, leurs pochettes – parfois pour leurs contenus, un infra-Motörhead caverneux.

Le black metal étant avant tout une tranche de vie, c’est sur scène qu’il faut savourer leur art, pour saisir l’ampleur du propos.

Witching Hour (Welcome To Hell, Neat Records, 1981)

Comme dans une anti-genèse, voire quelque proto-tohu-bohu, la batterie disparaît sous les fumigènes des ténèbres. On entend les gémissements des âmes damnées, on commence à en avoir l’habitude. Une cloche sonne comme sur le premier Black Sabbath. Un Duc des Enfers imbibé au scotch annonce avec effort le groupe « from the very depth of hell », puis un dos surgit du néant pour s’en prendre à un ampli, et puis un autre. On voit du cuir, des chaînes et des toisons.

Un riff rauque vrombit, les lignes de chants sont posées artisanalement, on ne saisit pas tout, visiblement l’art de la composition n’est pas la priorité ici, mais on conçoit qu’il se passe un truc. Le chanteur fait des grimaces et porte une boucle d’oreille. Son micro est placé au-dessus de sa tête, ça rappelle quelqu’un. Le batteur a ce qu’il faut de toms.

Cronos chante comme il peut mais fait la danse des Sioux, le groupe bourrine plus qu’il ne joue et Mantas le guitariste moustachu balance du tapping à la Van Halen. C’est vraiment du grand art. À les voir arpenter la scène à droite à gauche en se tortillant, tout gondolés, on sent qu’ils cherchent à exprimer quelque chose.

 

Le bon Reverend Beatman ne s’y est pas trompé, qui avec empathie a repris « Black Metal » :

Dans la cours de récré du lycée des années 90, il suffisait qu’un gars vous dise, yeux dans les yeux : « Moi, mec, dès 1986 j’écoutais Venom », pour que vous compreniez que vous aviez affaire à quelqu’un.

Mine de rien, Venom a changé la face de l’art contemporain. Car après Venom vient Bathory, et là – fini de rire.