SCREAMIN’ JOE NEAL – Rock And Roll Deacon Les as du rock'n'roll, épisode 14

 

De Lou Reed à Manowar, nombreux sont ceux qui ont confessé en grande pompe leur amour immodéré pour la musique qui nous occupe ici ; rares sont ceux qui l’ont fait avec aussi peu de finesse et de raffinements superfétatoires que Screamin’ Joe Neal.

Cet obscur personnage consacre l’essentiel de son « Rock And Roll Deacon » à hululer « rock’n’roll » à toute allure, avec le maximum de capacité pulmonaire humainement concevable, et en ajoutant de-ci de-là au petit bonheur deux ou trois autres slogans presque articulés, point trop chargés en valeur sémantique ajoutée. Si on ajoute que ce maniaque trépigne sur un rythme épuisant de jump jive à coup de cuivres et de pianos surchauffés, tout le monde conviendra du caractère au plus haut point nécessaire de cette expérience artistique intense. On rapprochera son style vocal, comme c’est étonnant, de celui de Little Richard dont il était un inconditionnel frénétique, en plus anthropophage, et en plus maxillaire.

On ne sait pas grand chose de l’individu originaire de Saint-Louis qui aurait affolé les clubs locaux et sorti deux 45 tours après s’être inspiré de Screamin’ Jay Hawkins pour son épithète homérique; et c’est tant mieux. Les Nick Tosches en herbe auront tout loisir de subodorer que tout petit déjà, de retour de l’église, Joe Neal chassait le caïman à mains nues dans la taïga du coin, qu’il a appris le piano sous la férule de dangereux fanatiques pentecôtistes, et qu’il s’est offert sa première cadillac rose à l’âge de douze ans, après avoir remporté un concours de buveurs de fioul. Du moins est-ce probable. Réjouissons-nous, en somme, en faisant tourner en boucle « Rock And Roll Deacon », équivalent sensitif, ludique et indolore d’une trépanation à coup de marteau-piqueur à la convention annuelle de schizo-analyse de l’amicale associative des joyeux profanateurs de sépultures.

 

 

Vidéo : 

« Rock´n´Roll Deacon »

 

A écouter : Ses deux 45 tours, « Rock And Roll Deacon / Tell Me Pretty Baby », et « Don’t Quit Me Baby/ She’s My Baby », ont fait flop. Il est temps de réparer tous ensemble cette injustice du destin. Nous vous garantissons qu’ils sont résolument dépourvus de la moindre once d’indie-pop ou d’émocore.

Béroalde de Fuzz

Béroalde de Fuzz : plume flamboyante, garagiste nanardais, exhumeur de syntagmes.

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