TWIN PEAKS – Down In Heaven Monts et merveilles

(Grand Jury 2016)

Down In Heaven est le troisième album de Twin Peaks (ne pas se fier au blase roublard, rien d’arty par ici), un groupe de jeunes branlotins issus de la ville de Chicago et fervents adeptes du DIY. Leur précédent disque, Wild Onion, avait contribué à les faire connaître hors des frontières de leur pays. Ce dernier était effectivement prometteur : de nombreuses chansons accrochaient agréablement l’oreille et les cinq garçons y déployaient un enthousiasme et une science du hook remarquables, en dépit d’une production imparfaite et d’une absence de très grands morceaux.

Ces menues réserves n’ont plus lieu d’être en ce qui concerne Down In Heaven, qui dissipe chacune d’entre elles avec brio. Le groupe annonce la couleur dès le premier morceau du disque, « Walk To The One You Love », parfait en tout point : riff de guitare et ligne de basse chaloupés, mélodie doucereuse, descentes de piano, ponts country et choeurs braillards… On tient d’ores et déjà un tube fantastique, l’un des tout meilleurs de ces dernières années, comme on n’en trouvait aucun sur l’album précédent. Un autre morceau, quelques titres plus loin, reproduira le même effet euphorisant : le crétin et triomphal « Butterfly » est une pure merveille, qui rend immanquablement joyeux et qu’il est rigoureusement impossible de se sortir du crâne. Trouver deux chansons de cet acabit sur un seul album est ahurissant – des centaines de groupes contemporains vendraient père et mère pour n’en produire qu’une seule dans toute leur carrière.

Le groupe a la particularité de contenir en son sein quatre auteurs et autant de chanteurs. Cela offre une belle diversité aux morceaux de Down In Heaven, qui en contient plusieurs mémorables (ou très plaisants, dans le pire des cas) et ne laisse aucune place à l’ennui : « My Boys » et « Have You Ever » sont presque aussi bons que « Walk To The One You Love » et « Butterfly », les ballades « Wanted You » et « Heavenly Showers » sont charmantes, de même que la luxuriante « Lolisa ». Les mélodies accrocheuses sont la norme.

La production et les arrangements, quant à eux, rectifient le tir par rapport à l’album précédent : les Chicagoans troquent le son inutilement musclé de Wild Onion pour une atmosphère chaude et ensoleillée qui sied à merveille à la musique joyeusement bordélique du groupe. Les guitares acoustiques, le piano et l’apport de cuivres sur certains titres évoquent les Kinks de Village Green, les touches de country invoquent l’esprit des Stones (de même qu’une attitude de petite frappe macho présente sur des titres comme « Cold Lips », directement héritière des monuments de misogynie que sont « Yesterday’s Papers » et à peu près 95% du reste de la discographie de Jagger et consorts).

Down In Heaven n’est pas un album absolument parfait – deux ou trois morceaux ne sont pas inoubliables, en particulier en face B. Ce disque marque toutefois un très net progrès pour le groupe et contient suffisamment de grands moments pour réjouir au plus haut point les amateurs de pop garage. Twin Peaks retrouve une énergie naïve et insouciante qui se fait rare (on repense aux deux premiers Strange Boys) et rend ce Down In Heaven particulièrement excitant et rassérénant. A vrai dire, cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas autant fait tourner un disque sur la platine sans jamais ressentir un commencement de lassitude. Twin Peaks vient de frapper un grand coup en nous offrant l’un des tout meilleurs disques de 2016, et vient par là même de faire son entrée dans le club très select des groupes dont on suivra les aventures avec passion.

 

 

Tracklisting :

  1. Walk to the One You Love *
  2. Wanted You
  3. My Boys *
  4. Butterfly *
  5. You Don’t
  6. Cold Lips *
  7. Heavenly Showers *
  8. Keep It Together
  9. Getting Better
  10. Holding Roses
  11. Lolisa
  12. Stain
  13. Have You Ever? *

 

Vidéos :

« Walk to the One You Love »

« Butterfly »

 

Vinyle :

(NB : on ne sait pas si c’est spécifiquement lié à notre copie, mais le son de notre vinyle n’est pas excellent – il sonne un peu étouffé.)

31082016142

 

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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