KLAUS NOMI – Klaus Nomi Plan 9 from Outer Space

(RCA 1981)

Né en Allemagne et installé à New-York au début des années 1970, Klaus Nomi était un artiste exceptionnel qui a laissé une trace indélébile dans la musique populaire de la fin du XXe siècle, malgré une carrière très courte et une mort précoce (il fut un des premiers, parmi les célébrités, à être victimes du sida). La carrière de Klaus Nomi va prendre un tour décisif après sa rencontre avec Kristian Hoffman, qui va écrire quelques-unes des chansons les plus célèbres du répertoire de Nomi (sur ce premier album, il signe « The Nomi Song » et « Total Eclipse »). Hoffman est aussi celui qui va s’occuper de la direction musicale, et qui forme le groupe qui accompagne Nomi. L’exubérant costume de scène qui est rapidement devenu sa marque de fabrique a été calqué sur celui que portait David Bowie lors d’un de ses passages à Saturday Night Live en 1979 (il existe notamment de cette soirée une vidéo assez célèbre où Klaus Nomi intervient comme choriste dans la chanson « The Man Who Sold The World»). Le style inoubliable de Klaus Nomi est un mélange entre compositions originales aux sonorités cold-wave, interprétations de morceaux de musique classique (notamment ceux de Camille Saint-Saëns, un de ses compositeurs fétiches) et transfiguration de standards de la musique pop américaine (sur ce disque, « Lightnin’ Strikes » de Lou Christie et « The Twist », signée Hank Ballard et popularisée par Chubby Checker).

L’album débute par une chanson lente, « Keys of Life », qui place l’auditeur dans un univers étrange, froid et inquiétant, et en présence d’un interprète atypique. Le second morceau, « Lightning Strikes » est une des chansons caractéristiques du « style Klaus Nomi » : une rythmique synthétique aux sonorités très froides, un son de basse très en avant et des synthétiseurs pour meubler le fond sonore. Nomi chante sur un ton assez bas pour les couplets, et incroyablement haut sur les refrains, tout en laissant apprécier un accent germanique assez fort. « The Twist » laisse la part belle à divers effets de production (carillon, écho, chœurs et rire malsain) ; l’ensemble laisse une impression de désordre musical qui s’organise tant bien que mal autour de la ligne de basse qui assure la cohésion de la chanson. « Nomi  Song » porte la démesure à un point jubilatoire : après une boucle de claviers, c’est une nouvelle fois la basse qui tient le morceau à flot avant l’arrivée d’un déluge sonique ; Nomi s’affirme définitivement comme un chanteur unique jusqu’à l’apothéose de la fin de chanson. Après une telle chanson, qu’attendre de « You Don’t Own Me », plus new-wave que jamais ? Que les défenseurs d’un hypothétique bon goût ne viennent pas s’aventurer à critiquer le jeu de guitare et son solo : la musique enregistrée par Klaus Nomi transcende les critères habituels et fait souvent de l’outrance une étape obligée, et ceux qui n’acceptent pas les principes tranchés qui gouvernent cet album ne pourront jamais apprécier la beauté froide et douloureuse de cette chanson.

La face B de l’album s’ouvre sur une interprétation de « The Cold Song », un des morceaux les plus célèbres du compositeur anglais Henry Purcell, qui permet à Nomi d’exprimer un aspect de son talent dans un registre classique. « Wasting my time » retrouve avec bonheur les territoires déjà explorés par la face A ; la voix irréelle de Nomi venant s’opposer à une rythmique amplifiée et livrer des paroles qui prennent rétrospectivement un sens tristement prémonitoire (« I’m singing this song though I won’t stay for long »). L’influence de David Bowie sur Klaus Nomi, que nous avons déjà évoquée, apparaît une nouvelle fois de façon évidente, et cet album est en ce sens un témoin de son époque : les sonorités funk sont comme glacées, transformées par le prisme cold-wave ; « Total Eclipse » semble ainsi une continuation de « Wasting my time ». Dans ce contexte, « Nomi Chant » fait office d’interlude inquiétant avant le bouquet final que constitue « Samson and Delilah (Aria) », morceau de Camille Saint-Saëns à l’orchestration plus classique et aux dernières secondes surprenantes.  

Ce disque reste aujourd’hui comme un des grands premiers albums de la musique pop-rock ; la production réalisée par Ron Johnsen assure une cohérence à cet ensemble qui aurait pu être par trop hétéroclite, et permet à Klaus Nomi de figurer en bonne place parmi les interprètes les plus singuliers qui soient.

  

 

Tracklisting :

  1. Keys of life
  2. Lightning Strikes *
  3. The Twist
  4. Nomi Song *
  5. You don’t own me *
  6. The Cold Song *
  7. Wasting my time
  8. Total Eclipse *
  9. Nomi Chant
  10. Samson and Delilah (Aria)

  

Vidéos :

« The Cold Song »

 
« The Nomi Song »
 

 

Vinyle :

Klaus Nomi

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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