JOHNNY CASH – American Recordings Intemporel

(American Recordings / Warner Bros ; 1994)

Près de quarante ans après ses premiers enregistrements réalisés pour le label Sun de Memphis, Johnny Cash est contacté par Rick Rubin, producteur et propriétaire du label American Recordings. Quelques mois plus tard, Johnny Cash livre en treize pistes un disque à la beauté intemporelle. La sobriété de la production renforce l’impact des morceaux ; la plupart du temps, seule une guitare acoustique accompagne la voix profonde de Johnny Cash. Sur cet album plein d’intimité et pudeur, les morceaux qu’il interprète sont en majorité des reprises (de Nick Lowe, Kris Kristofferson, Tom Waits, Leonard Cohen…). Chacune des chansons prend une dimension nouvelle : les versions enregistrées par Johnny Cash sont marquées par une gravité et une force impressionnantes. L’interprétation minimaliste par laquelle Cash s’approprie les morceaux permet de les découvrir d’une manière différente.

Le ton de l’album est donné dès la première chanson, « Delia’s gone » (déjà écrite et chantée par Cash en 1961), dans laquelle un homme raconte l’histoire de la femme qu’il a lui-même tuée : « If I hadn’t shot poor Delia / I’d have had her for my wife / Delia’s gone ». Les chansons d’American Recordings, comme la plupart de celles de Johnny Cash, parlent d’amitié, d’amour déçu, de violence et de meurtre, de malédiction et de rédemption. Le second morceau, « Let the train blow the whistle », est d’une élégance imparable, et la version que donne Johnny Cash de « Thirteen » de Glenn Danzig (le chanteur des Misfits) transcende véritablement la chanson : « Bad luck wind’s been blowing at my back / I was born to bring trouble to wherever I’m at ». American Recordings est aussi l’occasion pour Cash d’exprimer sa foi par les reprises « Why me Lord » et « Oh Bury me not », et sur une de ses compositions, la splendide « Redemption », qui explique sa conversion : « My old friend Lucifer came / for to keep me in chains / But I’ve seen through the tricks / Of 666 ».

Sur ce disque, Cash rend hommage à de nombreux artistes, notamment par la reprise de « Bird on the wire » de Leonard Cohen, et celle de Tom Waits, l’extraordinaire « Down there by the train », sur lesquelles la force d’interprétation de Cash, et l’intensité dramatique qu’il apporte aux morceaux sont impressionnantes. « Tennessee Stud », utilisée trois ans plus tard par Tarantino dans la B.O. de Jackie Brown, est une chanson qui raconte les aventures d’un cow-boy qui traverse le pays. Cash offre ici (tout comme sur « The man who couldn’t cry ») un modèle de chanson country : enregistrés en concert, et par la proximité tangible du chanteur et du public, ces morceaux prennent une dimension nouvelle. Sur « Like a soldier » (une autre de ses compositions), Cash semble dresser le bilan de sa vie, et chante de sa voix chargée d’émotions des vers simples et touchants : « I’m like a soldier getting over the war / I’m like a youg man getting over his crazy days / Like a bandit getting over his lawless ways / Everyday gets better than the day before ».

Ce disque est le premier – et le meilleur – de tous ceux réalisés pour le label American Recordings (à ce jour, cinq albums sont sortis, dont le dernier, A Hundred Highways, après la mort de Johnny Cash). Il a permis de faire sortir Cash de son statut d’icône country / rock / rockabilly oubliée pour le placer définitivement comme un des artistes indispensables du XXème siècle.

 
 
 
Liste des chansons :

1.    Delia’s Gone (J. Cash)
2.    Let The Train Blow The Whistle (J. Cash)
3.    The Beast In Me (Nick Lowe)
4.    Drive On (J. Cash)
5.    Why Me Lord (Kris Kristofferson)
6.    Thirteen (Glenn Danzig)
7.    Oh, Bury Me Not (J. & A. Lomax)
             Introduction : A Cowboy’s Prayer (T. Spencer & R. Rogers)
8.    Bird On The Wire (Leonard Cohen)
9.    Tennessee Stud (Jimmy Driftwood)
10.    Down There By The Train (Tom Waits)
11.    Redemption (J. Cash)
12.    Like A Soldier (J. Cash)
13.    The Man Who Couldn’t Cry (Loudon Wainwright III)

 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

3 Comments

  1. Tiens ça me fait penser… j’ai lu je ne sais plus où qu’un VI était prévu pour cette année. Quelle quantité de chuttes de studio a t il laissé derriere lui ?

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