DAVID BOWIE – Ziggy Stardust Glam, acte 1

(RCA 1972)

On ne peut que déplorer en France l’image que traîne David Bowie aux yeux du grand public. Aujourd’hui, l’infâme « Let’s Dance », numéro un en 1984, chanté par un Bowie en perte de vitesse, reste la chanson à laquelle on associe encore le natif de Birmingham. Le clip ou on le voit bronzé aux UV, ruisselant de transpiration avec les cheveux jaunes à la Doc Savage, demeure l’image par laquelle on se le représente. Si vous êtes dans ce cas, l’achat de Ziggy Stardust relève de l’indispensable thérapie à toutes ces images briseuses de mythes.

Ce disque est un exemple de perfection, une succession de perles à la beauté écrasante et le point d’orgue d’un mouvement créé par Bowie lui-même : le glam-rock. Avant Ziggy Stardust, Bowie fut un mod puis un hippie chevelu en robe écrivant des pépites pop acoustiques. Avec ce disque, il engagea un groupe rock’n’roll (baptisé The Spiders From Mars), coupa ses cheveux qu’il peignit en orange (et créa a l’occasion – honte a lui – la mullet qu’affectionnent les fans de Johnny), se vêtit de costumes affriolants a paillettes mettant en valeur son androgynie et se fit appeler Ziggy Stardust. Cette mutation, assortie de déclarations tapageuses sur sa bisexualité, fit recette auprès de teenagers en quête de porte-paroles et Bowie devint la plus grande star anglaise depuis les Beatles (sauf à domicile ou Marc Bolan était intouchable avec T-Rex). Evidemment, tout cela n’aurait été qu’une farce ridicule si l’album n’avait été aussi bon.

A priori, avec tout ce tape-à-l’oeil et le concept inepte qui unit l’album (Ziggy est un extra-terrestre venu sur terre et il ne reste que 5 ans avant une catastrophe bla bla bla…), on pourrait s’attendre au pire. Il ne faut pourtant que quelques secondes et la magnifique introduction de « Five Years » pour comprendre qu’on a affaire à un disque spécial. La ferveur non feinte avec laquelle Bowie chante cette chanson pop imparable au tempo tranquille et aux accords de piano magiques est éblouissante. Enchaînant par « Soul Love » puis le mythique « Moonage Daydream » (qui commence sur un riff lourd et le cri génial « I’m an alligator! », enchaine avec un groove puissant et se termine sur le meilleur solo de flûte à bec qu’il vous sera donne d’entendre), Bowie touche à la perfection avec « Starman », chanson à la mélodie extraordinaire qui figure parmi les chef d’oeuvre pop du 20ème siècle. Le non-initié sera heureux de reconnaître la chanson d’une publicité récente. La face A s’achève sur « It Ain’t Easy », reprise d’un morceau obscur d’un certain Ron Davies, prétexte à des envolées guitaristiques mettant en avant le talent de Mick Ronson (par ailleurs responsable de l’arrangement sonore de tous les morceaux ici).

La face B commence par une ballade, « Lady Stardust », parfaite pour emballer sur un slow en 72, avant que le tempo n’accélère à nouveau par « Star » puis « Hang On To Yourself » ou le groupe montre qu’il sait envoyer un rock’n’roll rapide et nerveux. Car le rock, Bowie en connait un rayon. Il le prouve en créant le riff parfait – ultime diraient certains rock&folkeux – de « Ziggy Stardust » ou le personnage central du disque est célèbre comme le messie. Cette chanson, blindée de références a des musiciens tels que Jimi Hendrix, est un de ces innombrables classiques écrit par ce compositeur hors-pair.

Apres un autre numéro endiable avec « Suffragette City », l’album s’achève sur une note tragique, avec la magnifique « Rock’n’roll Suicide », aux lignes immortelles (« Time takes a cigarette/and puts it in your mouth ») et une tension à la limite de l’insoutenable. La saga de Ziggy Stardust s’achève avec son suicide dans un morceau semi-acoustique orné de violons et de cuivres. Un morceaux soufflant de beauté.

The Rise And Fall Of Ziggy Stardust est un des albums les plus influents des 35 dernières années, un des plus beaux aussi. Si vous cherchez la preuve que David Bowie est un des artistes majeurs du 20ème siècle, n’allez pas plus loin.

 

 

Tracklisting : 

  1. Five Years *
  2. Soul Love
  3. Moonage Daydream *
  4. Starman *
  5. It Ain’t Easy *
  6. Lady Stardust
  7. Star
  8. Hang on to Yourself
  9. Ziggy Stardust *
  10. Suffragette City
  11. Rock ‘n’ Roll Suicide *

 

Vidéos :

« Five Years »

 
« Starman »
 

 

Vinyle :

La photo du recto, prise au 23 Heddon Street, à Londres, près de Piccadilly Circus.

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Le verso est célèbre pour son conseil d’écoute « To be played at maximum volume ».

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Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

9 Comments

  1. Ouais, j’avais fait un article sur Hunky Dory aussi et il me semblait bien l’avoir mis en ligne… mais il me semble que je l’ai paume.

     

    Par contre j’ai un peu plus de mal avec Aladdin Sane que je trouve un  peu boursoufle. Beaucoup de piano, moins pechu, trop sucre a mon gout. Il degouline de guimauve et provoque chez moi une certaine indigestion… Qu’en pensez-vous?

  2. Aladin Sane, faut que je me le repasse, bon Jean Genie, et Cracked Actor surtout en Version live…c’est sur !
    Le mieux étant le Bowie maquillage ;o)

    Sinon j’ai apprecié le double album des sessions BBC…pour Bowie, mais aussi pour Led Zeppelin…il y a la bas un veritable tresor..§

  3. C’est vrai que les BBC sessions sont en général passionantes. Celles des Kinks sont géniales aussi, celles des Beatles concernent uniquement leur première période et ils font essentiellement des reprises de classiques du rock, j’apprécie moins.

    Par contre, on attend encore qu’ils sortent celles de Pink Floyd. Des versions pirates existent avec un son moyen, enregistré par les gens chez eux…

    Ce serait génial s’ils les retrouvaient, parce que le problème majeur de ces BBC sessions c’est que la BBC s’est à une époque retrouvée confrontée à un problème de stockage et a effacé des milliers de bandes… il se pourrait que les enregistrements de Pink Floyd et de plein d’autres groupes aient été perdues à jamais…

  4. oui peut-etre mais il semblerait ausssi qu’il en reste des stocks incroyables…mais bon peut-etre une simple rumeur…
    les beatles, je suis tres modere, les kinks, j’ai longtemps fredonné lola…autre style j’ai les sessions BBC de Peter Green’s et Fleetwood Mac

    je me souviens du temps ou ado j’ecoutais radio caroline sur un mini poste avec un mini-ecouteur au fond de l’oreille…de là est né ma passion des Who ..mon groupe fetiche…et des singles musicaux..Lol

    sinon plus actuel on m’a signalé et recommandé The raconteurs "broken boy soldiers".;tu en as entendu parler..?
    @ +

  5. Ziggy, Hunky Dory…et puis aussi The man who sold the world…

    j’ai revu Bowie sur scene à l’occasion de son Reality Tour ici à Lille pour un concert à taille humaine..j’en frissonne encore…par contre je n’ai pas encore pris le temps de me pencher sur l’album se sa "charmante bassiste" Gail Ann Dorsey : "I used to be" paru en 2004..
    mais je me souviens de sa contribution vocale au cote de Bowie, tres efficace..de plus une tres grande bassiste..

  6. Merci à toi pour cette brillante présentation de l’album qui fera naître le Glam Rock, et qui reste selon moi l’une des oeuvres phare de Bowie.  

  7. J’ai chopé l’album aujourd’hui dans un bac soldé et à travers le sac plastique, où l’on distingué un peu la pochette, un ami me dit : tu as acheté un disque de Kayne West ?

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