THE PRETTY THINGS – Philippe DeBarge Culte

(Ugly Things 2009 – originellement 1969)

A quoi reconnait-on un groupe culte? Plusieurs éléments peuvent être pris en compte : l’insuccès du groupe pendant son époque (façon Velvet Underground ou Zombies), un côté génie avant-gardiste incompris (façon Neu!), une discographie complexe (albums perdus, sessions légendaires, façon Stooges ou Dylan), une histoire romanesque (malchance, excès, décès…) peut aider aussi.

Le cas des Pretty Things est à part car le groupe possède tous ces éléments pour être qualifié de groupe culte. Par contre, il est triste de constater qu’en 2009 il n’a pas encore connu le retour en grâce, la célébration (tardive) qu’il mérite. Le groupe a pourtant une histoire fascinante : précurseurs du punk avec leur attitude ultra-agressive à leurs débuts (qui leur a valu quelques bagarres avec la police), ils comptaient dans leur line-up un guitariste qui a quitté les Stones en 1962 (le génial Dick Taylor), un batteur cintré dont Keith Moon s’est beaucoup inspiré (Viv Prince), remplacé plus tard par un autre batteur tout aussi énigmatique (Twink, qui a aussi joué dans Tomorrow et les Pink Fairies).

Créateurs du premier opéra-rock avec le magnifique SF Sorrow un an avant Tommy des Who, les Pretty Things n’ont jamais connu le succès malgré des albums salués par la critique (notamment Parachute, un des chefs d’œuvre de l’histoire du rock) et ont dû recourir à certains procédés douteux pour survivre financièrement. Ils ont tout d’abord enregistré, sous le nom d’Electric Banana des morceaux servant de bande-son à des films érotiques (notez au passage la référence à Donovan). Ces morceaux, regroupés aujourd’hui dans une compilation nommée The Electric Banana Blows Your Mind sont d’une qualité incroyable, digne du meilleur des Pretties. Ainsi, en 1969, à l’image des Small Faces jouant sur un album de Johnny Hallyday (Rivière… Ouvre Ton Lit en 1968), les Pretty Things ont monnayé leurs services à un français nommé Philippe DeBarge. Jeune millionnaire issu d’une famille d’industriels, hipster mondain, fan absolu du groupe, il a enregistré 12 morceaux en tant que chanteur, tandis que les Pretty Things écrivaient et jouaient des inédits, pour la plupart renversants.

Le disque n’a jamais été édité, DeBarge le réservant à l’écoute de ses amis proches, et, pendant des années, seule la copie d’un acétate en mauvais état a circulé parmi les bootleggers. Dix ans après le décès de DeBarge, le label Ugly Things de Mike Stax s’est adjoint les services du bassiste Wally Waller et du chanteur Phil May pour remasteriser les deux seuls acétates connus. Il en résulte un album fantastique dans lequel DeBarge s’affranchit incroyablement bien de son rôle de chanteur (avec un anglais parfait et un timbre de voix mordant), devant des Pretty Things au sommet de leur art.

Quelques morceaux ici ne sont pas inconnus pour les fanatiques des Pretty Things, comme « Alexander », « Eagles Son » ou « It’ll Never Be Me », qu’on entend déjà dans le répertoire d’Electric Banana (voir plus bas). Le reste est inédit, et d’un niveau général fantastique. Avec plus d’argent à leur disposition qu’ils n’en ont jamais eu dans leur entière carrière, les Pretty Things sont allés enregistrer l’album dans le studio Nova doté d’une console 8 pistes, fait rare pour l’époque. Le groupe a ainsi pu expérimenter avec de nombreux joujous mis à sa disposition et enrichir son univers : on trouve du clavecin sur « New Day » et « Send You With Loving », des tablas sur « Hello, How Do You Do », du piano sur « You’re Running You & Me » et du hammond sur « It’ll Never Be Me ».

La rythmique du groupe est tout bonnement monstrueuse sur cette remasterisation et les Pretty Things, au sommet de leur créativité, envoient quelques morceaux inoubliables, tels les groovy « I’m Checking Out » et « It’ll Never Be Me », « Hello, How Do You Do » ou l’immense « You »re Running You And Me » qui figure parmi ce qu’ils ont jamais fait de mieux. Si des passages calmes comme « You Might Even Say », « New Day » et surtout « Graves Of Gray » – le prototype de « Scene One » – préfigurent Parachute, quelques uns replongent dans l’univers de SF Sorrow, comme « Eagle’s Son » et « Alexander ». On retrouve dans cette dernière toutes les caractéristiques du groupe : riff insistant, solo psychédélique, choeurs hantés. Côté mélodique, ce morceau évoque énormément « Defecting Gray », le LSD en moins.

Que dire sinon qu’exhumer en 2009 un album situé entre SF Sorrow et Parachute, c’est un peu comme découvrir un inédit des Who enregistré entre Sell Out et Tommy… Tout amateur des Pretty Things, et de rock psychédélique en général, se doit de se procurer cet album miraculeux.

 

 

Tracklisting :  

1 Hello, How Do You Do  *
2 You Might Even Say
3 Alexander  *
4 Send You With Loving  *
5 You’re Running You and Me  *
6 Peace
7 Eagles Son  *
8 Graves of Grey
9 New Day  *
10 It’ll Never Be Me  *
11 I’m Checking Out
12 All Gone Now
13 Monsieur Rock (Ballad of Philippe)

 

Pour avoir une idée de ce que valaient certains de ces morceaux des Pretty Things, sans Philippe De Barge, en 1969, nous vous proposons quelques vidéos tirées du film What’s Good For The Goose, dans lequel le groupe apparait sous le nom d’Electric Banana :

Alexander

 
Eagle’s Son
 
 
It’ll Never Be Me
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. C’était donc vrai, ce que j’avais lu ici ou là. Je ne connais que quelques morceaux de cet album, et pourtant j’adore les Pretty Things… c’est vrai que ça me fait un peu l’effet de Noël en mars, mais il y a fort à parier que beaucoup ne comprendraient pas vraiment pourquoi cette lecture vient de m’électriser, tant le groupe demeure méconnu aujourd’hui (à part bien sûr des rockologues, des fans et des jeunes vieux…)

  2. Hahaha !  » Credit is dead, cash only » (au début du premier vid. XD)  Très intéressant ! (me rapelle qu’il faut que je me procure SF Sorrow… et celui-ci ?)

  3. On ne peut rien te cacher… je ne les ai en effet jamais vus… je vais me renseigner ! Merci (et vive PlanetGong, qui m’a encore fait découvrir un très bon disque – El Goodo – hier…) (et vive la lèche, pendant qu’on y est 🙂

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