TOMORROW – Tomorrow Le son de Londres en 1967

(EMI 1968)

Tomorrow fait partie de ces groupes qui ont donné une couleur particulière à la scène psychédélique anglaise des années soixante, un des ces groupes frappés de malédiction et n’ayant enregistré qu’un seul et unique album. Une excellente réédition EMI de 1999 contenant les 11 morceaux de l’album original, quelques inédits et les morceaux solo du chanteur Keith West permet enfin de redécouvrir ce groupe méconnu et de comprendre les raisons pour lesquelles Tomorrow a explosé en pleine ascension.

Tomorrow était un groupe moteur de la révolution psychédélique de 1967, produisant une musique à rapprocher de celle du Pink Floyd de Syd Barrett, de Move ou Traffic et résident habitué du mythique club londonien de l’UFO. Un groupe important qui a produit un des singles définitifs de l’époque : « My White Bicycle » (qui parle des vélos blancs mis à la disposition de tous à Amsterdam, idée communiste qui sera ensuite interdite). Pour les amateurs, on notera aussi que le groupe est connu pour avoir révélé en son sein Steve Howe, futur guitariste bavard de Yes, et le batteur cinglé Twink, futur Pretty Things et Pink Fairies (rien que ça!).

L’album commence par les guitares inversées de « My White Bicycle », véritable perle psychédélique que certains ont – sans imagination – comparé au « Bike » de Syd Barrett (sur le simple fait qu’un thème commun rapproche ces chansons). Le son de l’album est très représentatif de ce qu’on pouvait à l’époque sur un disque psyché, à savoir des bandes inversées, du sitar (« Real Life Permanent Dream »), des vignettes inspirées de l’époque victorienne (on pense au piano déglingué de « Auntie May’s Dress Shop »), des changements de tempo renversants (comme dans la mélodie à tiroirs du Barrettien « The Incredible Journey Of Timothy Chase » ou encore le stupéfiant « Revolution », véritable catalogue psychédélique où trompettes et flûtes déboulent pour donner une couleur malsaine au morceau) et de la distortion et de l’écho à tous les étages.

Toutes ces trouvailles n’auraient aucune valeur sans l’incroyable sens de la mélodie de Keith West et une rythmique dynamique héritée du blues boom qui donne une pulsation rock’n’roll au groupe, à une époque où la musique planante prenait son envol. La reprise carrée – et réussie – de « Strawberry Fields » en est l’illustration. Les thèmes abordés dans les morceaux sont eux aussi typiques de l’époque. On navigue dans le monde de l’imaginaire et des contes de fée de l’enfance (« Colonel Brown », « …Timothy Chase », « Real Life Permanent Dream », « Three Jolly Dwarfs »), on s’envole parfois dans des délires lysergiques (avec le bien nommé « Hallucinations » par exemple) mais on a aussi une conscience politique, comme « Revolution », « My White Bicycle » et le virulent « Now Your Time Has Come » en attestent. L’album est une réussite du début à la fin. Le terme classique semble approprié dans ce cas.

Pourquoi donc cet album est-il resté unique? Encore un groupe qui disparaît sous le poids de ses égos ou le manque de succès? Non! La faute en revient à Mark Wirtz, producteur inspiré de l’album qui, dans ses moments libres, écrivait un « teenage opera » dans son coin. En dehors des heures de studio avec le groupe, il enregistra un morceau nommé « Excerpt From A Teenage Opera », magnifique ballade pop symphonique explosant en clavecins, harpes, cuivres, flûtes, violons et contenant un choeur d’enfants dans le refrain. Ne sachant pas chanter, il demanda à Keith West, chanteur de Tomorrow, de s’acquitter de cette tâche.

Le single sortit sous le nom de ce dernier, et fut un des tubes du summer of love 1967. Dès lors, les tournées du groupe se firent sous le nom de Keith West & Tomorrow, les promoteurs ayant flairé un filon vendeur. Les concerts furent catastrophiques, le public réclamant le single « Excerpt From A Teenage Opera » que le groupe peinait à reproduire, et huant les envolées psychédéliques du quatuor. EMI perdut alors tout intérêt pour le groupe pour se concentrer sur le projet Teenage Opera (qui s’avérera un fiasco lui aussi, Wirtz a mis plusieurs décennies à l’achever après un deuxième single au succès moindre) et le groupe ne put sortir son premier album que début 1968, bien après la vague psychédélique, dans un relatif anonymat malgré un énième coup marketing d’EMI tentant de vendre l’album comme étant par Keith West & Tomorrow.

L’avenir du groupe étant alors sombre, la plupart des membres se lancèrent dans d’autres projets (West avec le Teenage Opera, Howe avec Yes, Twink avec les Pretty Things) et le groupe se sépara au printemps, sans gloire, devenant ainsi à jamais culte.

 

 

Tracklisting

  1. My White Bicycle *
  2. Colonel Brown
  3. Real Life Permanent Dream *
  4. Shy Boy *
  5. Revolution *
  6. Incredible Journey of Timothy Chase
  7. Auntie Mary’s Dress Shop
  8. Strawberry Fields Forever
  9. Three Jolly Little Dwarfs
  10. Now Your Time Has Come
  11. Hallucinations *

 

Quelques extraits :

« My White Bicycle »

 
« Revolution »
 
 
« Shy Boy »
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. Je ne connaissais pas ton site mais j’y reviendrai souvent plus en détail car c’est la première fois que je rencontre une note sur Keith West et Excerpt from a teenage opera que j’ai failli chronique dans Rien qu’une chanson la semaine dernière.A bientôt

Laisser un commentaire