THE STOOGES – The Stooges

Real Cool Time

(Sortie du LP par Elektra ; 1969 ; réédition extraordinaire en deux CD : 2005)

En cette année 2007, marqué par le retour discographique des Stooges avec le déplorable The Weirdness, on a pu lire et entendre un peu partout que rien n’avait changé, que le groupe possédait la même folie et la même hargne qu’à ses débuts, et que ce nouveau disque était au niveau de ses lointains prédécesseurs… Le seul point positif après écoute de The Weirdness est que l’auditeur ressent très vite un irrépressible besoin de réécouter The Stooges et Fun House, les deux premiers LP du groupe.

The Stooges est le premier album des Stooges, le groupe formé par Iggy Pop et les frères Asheton (Ron à la guitare, Scott « Rock Action » à la batterie), accompagnés du bassiste Dave Alexander. Le groupe, qui a signé un contrat sur le même label que le MC5 – leurs voisins de Detroit – (Elektra), a même débauché John Cale (qui vient de quitter le Velvet Underground) pour produire le disque. Les bases de la majorité des chansons sont les riffs de guitare joués par Ron Asheton, qui sont simples, cycliques et terriblement agressifs. Les morceaux qu’il compose sont devenus des classiques qui ont été depuis repris par la génération punk ; qu’il s’agisse de « No Fun », de « Real Cool Time » ou de « I Wanna Be Your Dog », les sons qu’il extirpe de sa guitare restent des modèles de minimalisme et d’efficacité rock.

Si l’on excepte la ballade morbide « We will fall », sur laquelle flottent l’ombre de Morrison et l’influence du Velvet Underground (notamment par le jeu de violon lancinant de John Cale), les Stooges jouent une musique unique. La combinaison d’éléments tels que les riffs de Ron Asheton et la base rythmique monolithique de Scott Asheton et Dave Alexander, associés à la voix (mais aussi à l’écriture) d’Iggy Pop, provoque un résultat inédit. Les morceaux définitifs et implacables se suivent les uns après les autres : « 1969 », « I wanna be your dog », « No Fun », « Real Cool Time », « Ann », « Not Right » et « Little Doll ».

La qualité et la densité de l’ensemble du disque sont impressionnantes : la face B (constituée par les cinq derniers morceaux cités ci-dessus) est incroyable d’énergie et de violence. La structure des morceaux est souvent similaire : un riff de guitare composé de trois ou quatre accords, puis la voix puissante d’Iggy, qui alterne chant et cris sur une mélodie appuyée par la basse et la batterie, avant de laisser la place à un solo de guitare. Sur « Little Doll », la méthode est différente : c’est la basse de Dave Alexander qui ouvre le morceau, avant d’être rejointe par la guitare tranchante de Ron et la boucle de batterie de Scott. Sur ce dernier morceau, Iggy reste en retrait ; il chante ses textes de façon sobre et maîtrisée, et laisse au reste du groupe le devant de la scène.

Sorti en septembre 1969, The Stooges reste l’un des meilleurs ‘debut-albums’ de rock de l’histoire ; l’année suivante, le groupe allait parvenir au bout de sa logique autodestructrice et dévastatrice, en enregistrant avec l’extraordinaire Fun House un disque dément et insurpassable.

 

 

Liste des chansons du LP original :

    Face A :
1969
I Wanna Be Your Dog
We Will Fall

    Face B :
No Fun
Real Cool Time
Ann
Not Right
Little Doll

   
Après vingt ans de rééditions CD lamentables, le disque a enfin été ressorti avec une qualité de son acceptable, avec un deuxième disque (rempli de nombreuses chutes de studio et de prises alternatives) qui offre un éclairage nouveau sur l’enregistrement de l’album.

 

Liste des chansons du CD 2 de la réédition de 2005 :

1.    No Fun
2.    1969
3.    I wanna be your dog
4.    Little doll
5.    1969
6.    I Wanna Be Your Dog
7.    Not Right
8.    Real Cool Time
9.    Ann
10.    No Fun  

 

Vinyle :

The Stooges - The Stooges

Afficher les commentaires (10)
  1. FUN HOUSE demeure pour moi aussi leur chef d’oeuvre ultime, mais c’est vrai que ce premier album est déjà fabuleux… à mille lieues du piteux "Weirdness", qui n’a finalement de bizarre que le nom

    SysTooL

    1. Queklqu’un a-t-il réécouté The Weirdness depuis sa sortie ? Depuis que je l’ai chroniqué il traîne au fond de ma discothèque. Triste…

  2. Oui. Deux albums monumentaux, les premiers Stooges.

    Dommage quand même, le We Will Fall. Beaucoup trop long, il aurait même pu être évité, à mon avis.
    J’ai lu une fois, sous la plume de je ne sais plus quel rock-littérateur, que We Will Fall devait être le morceau le plus chiant de l’histoire du rock. Je n’ai personnellement pas la prétention de connaître tous les morceaux de l’ Histoire et pouvoir être aussi catégorique, mais je ne suis pas loin de penser la même chose que ce monsieur.
    Et comme je n’aime pas skiipper les pistes, je souffre un peu à chaque écoute de ce Stooges. Heureusement qu’immédiatement après, le légendaire No Fun vient compenser au centuple le dommage créé par son prédecesseur.

    1. C’est marrant de voir à quel point « We Will Fall » polarise l’opinion. J’ai déjà vu des mecs affirmer sans sourciller que c’était le meilleur morceau de l’album. J’irai pas jusque là mais je dois dire que l’ambiance grégorienne trippante de ce morceau ne me dérange pas plus que ça, y a quand même là dedans une sorte de continuité avec White Light/White Heat du Velvet. De toute façon j’adore les trucs trippants des Warlocks et de Gong, et dans l’esprit c’est pas très loin.Par contre, le morceau dure 8 minutes et au bout de trois minutes on en a franchement vraiment marre. Le solo de violon dissonant de Cale à la fin est néanmoins assez intrigant pour qu’on aie envie de se farcir le morceau en entier.Je pense que les Stooges n’avaient pas assez de morceaux pour avoir un album d’une durée décente (plusieurs titres ont été écrits pendant les sessions d’enregistrement) et qu’ils ont étiré « We Will Fall » pour occuper de l’espace. La fascination de l’iguane pour un autre reptile (le roi lézard, je sais, c’est moche ce que je viens de faire) explique par ailleurs pourquoi Iggy croone à la façon de Morrison sur ce morceau… on préfère quand même l’Iggy morveux de « 1969 » ou « No Fun ».

  3. Ben oui, voilà. Les morceaux mystico-trippants ça ne me dérange pas forcément non plus, mais c’est le genre d’ouvrage qui est facile à bâcler. Et ici c’est la longueur qui est effectivement intenable. Si ils manquaient de matériel, j’aurais préféré, je pense, que les Stooges étirent un peu plus les autres morceaux, surtout qu’il y en a des très courts.

  4. ouais mais dans le même genre, sur fun house, dirt est quand même 100 foi plus réussie, à ce propos, on la voit quand la chronique de fun house? c’est quand même bien supérieur à the stooges

    1. « On la voit quand la chronique de Fun House? » Je sais pas; on s’est partagé le boulot avec Eric, j’étais sensé faire The Stooges, et lui Fun House… Je pense qu’il
      a déjà fait la chronique, et qu’il ne lui reste plus qu’à la recopier… Ce qui représente parfois dix minutes, parfois deux mois, parfois deux ans, voire plus.
      La patience est la vertu des forts. Courage.

  5. Deux ans, donc… Allez, chroniquez Fun House, et Raw Power, les mecs. Je sais qu’on en parle déjà trop, mais c’est tellement dommage de s’arréter au plus inabouti des trois albums (et puis j’aime bien comparer vos chroniques aux miennes) !

  6. Cette version est également sorti en double LP, précisons le, c’est important.

    A celui là, Fun House et Raw Power, j’ajouterais bien « Kill city » définitivement le seul album solo valable de l’iguane à mon sens. Williamson étant là comme faire valoir avec sa gratte et son
    envie de devenir commercial, comme Iggy aurait voulu le faire avec les frangins Asheton…RIP Ron.

     

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