HARRY NILSSON – Pandemonium Shadow Show Pureté pop

(RCA 1967)
 

Essentiellement connu dans nos contrées pour sa reprise ensoleillée de « Everybody’s Talking » de Fred Neil qui tourne régulièrement sur Nostalgie, ou pour avoir été le plus fidèle compagnon de beuverie de John Lennon pendant son lost weekend, Harry Nilsson est pourtant un des plus grands auteurs-compositeurs américains des années 60-70.

Comme de nombreux artistes, Nilsson a connu dans sa carrière plusieurs phases. S’il a rencontré le succès à partir de 1969 en se glissant dans la peau d’un singer-songwriter folk-rock et a terminé sa carrière en produisant un improbable calypso grand public baignant dans le rhum (Nilsson est décédé des conséquences de ses excès en 1994), Harry Nilsson a entamé sa carrière de chanteur en 1967 avec un album de pop baroque.

La pochette a mal vieilli mais trahit l’époque ; quand sort Pandemonium Shadow Show, le révolutionnaire Sgt Pepper’s Lonely Hearts vient de frapper le monde et la pop s’est soudainement parée de couleurs qu’on ne lui connaissait pas. Grand adorateur des Fab Four, quand Nilsson enregistre son premier album (après avoir passé des années à écrire pour d’autres), c’est pour se lancer dans une pop orchestrale ambitieuse inspirée de ses idoles. Pour se mettre à l’aise, il reprend deux morceaux des Beatles : « She’s Leaving Home » de façon fidèle, augmenté de quelques cuivres et tablas, et une reprise surréaliste de « You Can’t Do That » dans laquelle il cite plus d’une dizaine de chansons des Beatles (dont « Drive My Car », « Paperback Writer », « You’re Gonna Lose That Girl », « Good Day Sunshine », « A Hard Day’s Night », « Rain », « I Wanna Hold Your Hand », « Day Tripper », « Norwegian Wood »…). Amusant mais mineur.

Harry Nilsson est meilleur quand il chante ses propres compositions qui mettent en avant sa voix superbe et son sens de la mélodie dignes de Paul McCartney. Sur la sublime « 1941 », il narre sa vie à la troisième personne avec un talent hors du commun sur une musique d’orgue de barbarie et de cuivres feutrés. « Sleep Late » et « There’ll Never Be » le voient crooner avec une assurance bluffante devant ces mêmes cuivres (légers mais néanmoins omniprésents sur l’album). Magistral dans les ambiances feutrées, Nilsson illumine de sa voix les ballades « Without Her » et « It’s Been So Long ».

Amateur de mélodies primesautières, il sait aussi goupiller des chansons pop immédiates avec « Freckles » et « Cuddly Toy », un morceau qu’il avait écrit pour les Monkees (pour l’album Pisces, Aquarius, Capricorn & Jones Ltd) et qui possède des chœurs venus d’un autre monde. Jamais avare d’une reprise (sa spécialité durant sa carrière), il termine l’album par un improbable « River Deep Mountain High », lui aussi fidèle à l’original avec mur du son et orchestre étouffant.

Après ce premier essai réussi, Nilsson a refait le coup en 1968 avec un album jumeau tout aussi bon (Aerial Ballet, qui contient notamment la superbe « Good Old Desk »). Lorsqu’il connut la gloire en 1969 grâce à sa reprise d’ « Everybody’s Talking » qui figurait dans le film Macadam Cowboy, Nilsson compila les meilleurs morceaux de ces deux premiers albums en un Aerial Pandemonium Ballet idéal (mais discutable car certaines chansons furent remixées). Parmi ces deux chefs d’oeuvre, on garde une affection particulière pour ce Pandemonium Shadow Show méconnu sorti en 1967, année bénie des dieux pour amateurs de musique pop.

 

 

Tracklisting :

1. Ten Little Indians
2. 1941 *
3. Cuddly Toy *
4. She Sang Hymns Out of Tune
5. You Can’t Do That
6. Sleep Late, My Lady Friend
7. She’s Leaving Home
8. There Will Never Be *
9. Without Her *
10. Freckles *
11. It’s Been So Long
12. River Deep, Mountain High

L’album entier est en écoute sur Deezer : www.deezer.com/#music/album/71572

  

Vidéos :

Quelques extraits vidéo enregistrés à la BBC en 1969, avec Harry Nilsson seul à la guitare acoustique :

« 1941 »

 
« Without Her »
 
 
 
 
Vinyle :

 Harry Nilsson - Pandemonium Shadow Show

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Et moi qui (honteusement) croyait que l’ami Harry était un « one hit wonder » ! C’est vrai que ces compos sont intéressantes (j’en dirai pas plus, tes mots ne pouvant qu’être manifiés!).

    Par contre, je vois que certains commencent à dévoiler les prémices de leur culture musicale : Radio Nostalgie ! Et bien oui, n’ayons pas honte ! Moi aussi, vers 14 ans, j’écoutais cette radio en boucle ce qui m’a permis de découvrir nos chers yéyés frenchies, quelques pépites anglo saxonnes (The ballad of Pearly Spencer de David Mc Williams, les hits de Roy Orbison, les mamas and papas, the letter des box tops, in a gananananananananananvida (ouf!) des Iron Butterfly, Venus par les Shocking Blue…), des trucs qu’on croyait cultes mais qui à la longue nous (enfin m’on) soulé comme Whiter shade of pale de Procol Harum of Alright du groupe Free. Bref, une radio que je qualifierai comme le disais si bien Paul Revere (et les Pistols) de bon « Stepping Stone » (tremplin) pour découvrir la musique pop rock des 60’s et 70’s mais qui a la longue, après une bonne année intensive découte, finit par devenir monotone à force de toujours entendre les mêmes « hits » des Beatles (je sais pas s’ils connaissent le white album chez Nostalgie!) ou des Stones…(angie et miss you doivent passer au moins trois fois par jour pour remplir les quotas!). Après Nostalgie, donc il suffit de creuser un peu pour découvrir en profondeur les groupes et artistes qui vous ont touché(non non, Queen n’a pas pas fait que We will rock you et We are the Champions, c’est même d’ailleurs sûrement leurs pires tubes vus qu’ils sont repris dans les stades de foot (désolé Eric, et en plus ils font même ça avec Seven Nation Army!Quelle honte!). Creuser ne suffit pas.

    UNE SEULE SOLUTION S’IMPOSE A VOUS POUR EN SAVOIR PLUS : DEVORER PLANETGONG !!!

    et une radio sympa pour la route (spécialisée par style avec affichés les noms des artistes et chansons) :

    http://www.live365.com

  2.  » Queen n’a pas pas fait que We will rock you et We are the Champions, c’est même d’ailleurs sûrement leurs pires tubes vus qu’ils sont repris dans les stades de foot « 
    Oh que si !!! Ils ont fait bien pire ! lool!!! Radio… Gaga??? XD

  3. oui, c’est vrai, ils auraient pu appeler ça Radio Caca ! Et le pire, c’est qu’avec cette chanson, ils faisaient bouger tout Wembley !

    Mais rendons à Queen (prononcé Kuine par Johnny!) ce qui appartient à Queen (n’en déplaise à Eric qui est pas trop fan je crois), ils ont quand même fait un paquet de bons trucs (j’ai un petit faible pour les chansons Killer Queen, Bohemian Rapsody, Innuendo, Bicycle Race, the Miracle…) et la présence scénique de Freddie Mercury était quand même assez hallucinante.
    Perso, je trouve que Queen fait partie de ce qu’il y a de mieux dans les années 80 (même s’ils se sont formés en 1970) et j’assume ! Sauf la coifffure de caniche de Brian May !

  4.  » Sauf la coifffure de caniche de Brian May ! « 
     Les années ’80 n’iront pas dans l’histoire comme l’époque le mieux coiffé/habillé, mdr!!! Pour Queen,  j’aime beaucoup Queen II et Sheer Heart Attack surtout…

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