THE KINKS – Something Else by the Kinks Le meilleur groupe anglais des années 60?

(sortie L.P. 15  septembre 1967, Pye Records; sortie C.D. avec de nombreuses et extraordinaires pistes bonus  1998, Castle Communications Plc)

Something Else by The Kinks est le cinquième album studio du groupe londonien emmené par Ray Davies (guitare rythmique et chant). Ray Davies a formé les Kinks avec son frère Dave (guitare solo), Pete Quaife (basse) et Mick Avory (batterie). Après avoir écrit quelques chansons qui restent parmi les meilleures de la période « British R’n’B » (notamment « You really got me » et « All day and all of the night » en 1964), l’écriture de Ray Davies va évoluer, et le son des Kinks va logiquement suivre cette évolution. La violence des premiers morceaux va s’estomper et faire place à un nouveau style, beaucoup plus personnel, qui fait la part belle à des morceaux délicats aux mélodies et aux arrangements recherchés. Par la qualité de son écriture (textes et chansons) et les sujets qu’il évoque dans ses chansons, Ray Davies est devenu le modèle du songwriter anglais.

Bien que le disque ne soit sorti qu’à la fin du summer of love de 1967, Ray Davies semble être à des années?lumières des considérations psychédéliques et du mode de vie pseudo-mystique des autres groupes de l’époque. Le disque commence par les quelques mots d’Alan MacKenzie (ingénieur du son) : « This is the master », puis la voix de Ray Davies qui donne le décompte (en bande inversée), avant que le groupe n’enchaîne avec le premier morceau, « David Watts » (un ami du groupe qui les hébergeait souvent pendant les tournées du groupe en Angleterre). La chanson décrit avec humour le jeune homme idéal, à qui tout semble réussir: « He is the head boy at the school / He is the captain of the team / He is so gay and fancy free / And I wish all his money belonged to me / I wish I could be like David Watts ». Le rythme est rapide, et l’intro et les refrains minimalistes (« Fa-fa-fa-fa-fa-fa-fa-fa / Fa-fa-fa-fa-fa-fa-fa-fa ») donnent à l’album un départ entraînant et joyeux. L’album alterne les morceaux dynamiques et les morceaux plus lents; les chansons « Harry Rag » et « Tin Soldier Man » ont des rythmes rapides et bénéficient d’orchestrations riches. Sur « Harry Rag », la batterie de Mick Avory est martelée à la manière d’une marche militaire, et la basse de Quaife est énorme en contrepoint. Les voix semblent reproduire ce schéma, les ch?urs encadrent et répondent au chant de Ray Davies, dont l’élocution est ici rythmée de façon très saccadée. Sur « Tin Soldier Man », instruments à cuivre et piano rejoignent le groupe pour une nouvelle chanson « vaudeville », avec encore une fois un début de refrain mémorable « Wickie wa-waddle doo (?) ». Les morceaux de l’album moins rapides sont également remarquables depuis « No Return » et son  rythme de bossa nova, sur lequel Ray Davies fredonne plutôt qu’il ne chante, jusqu’à « Lazy Old Sun » aux arrangements impeccables, les compositions que l’aîné des frères Davies a créées pour cet album sont magnifiques.

Quant à Dave Davies, il a écrit trois excellents morceaux pour le disque: « Death of a clown » et « Love me till the sun shines » (qu’il avait déjà sorti en single, sous son nom seul, au mois de juillet 1967) et « Funny Face ». La première chanson, « Death of a clown », est une sorte de ballade désabusée (inspirée par son futur mariage): « My makeup is dry and it clags on my chin / I’m drowning my sorrows in whisky and gin ». Le titre est un adieu à la vie de dandy hédoniste que Dave Davies menait durant les premières années du groupe, et à laquelle la chanson « Two sisters » fait référence. « Two sisters » est un morceau extraordinaire, où Ray Davies, alors marié et jeune père de famille (et qui habite dans le même quartier de Londres que pendant son enfance), compare de façon imagée son mode de vie et celui de son frère. Comme dans ses meilleurs morceaux, il parvient ici à évoquer un univers entier en quelques mots: « Sylvilla looked into her mirror / Percilla looked into the washing machine / And the drudgery of being wed / She was so jealous of her sister? ».

Souvent considéré comme leur meilleure chanson, « Waterloo Sunset », le dernier morceau de l’album, est en tout cas celui qui définit le mieux l’ensemble des productions des Kinks en 1967. Mélodie imparable, textes soignés (« Dirty old river, must you keep rolling / Flowing into the night / People so busy, makes me feel dizzy / Taxi light shines so bright / But I don’t need no friends / As long as I gaze on waterloo sunset / I am in paradise« ), la chanson bénéficie aussi d’une orchestration parfaite et d’arrangements impeccables (Something Else by the Kinks a été le premier album du groupe produit par Ray Davies).

La réédition de l’album en C.D. offre huit pistes supplémentaires (dont une version alternative du lancinant « Lazy Old Sun »). La qualité des chansons est ahurissante; chacun des morceaux pourrait avoir sa place sur le L.P. original; il apparaît impensable pour n’importe quel groupe de ne pas mettre dans son album des chansons telles que « Act Nice and Gentle », « Autumn Almanac », « Wonderboy », et la dernière ballade « There’s no life without love ». Something Else by the Kinks est un album vital, celui qui a définitivement fait de Ray Davies l’un des plus grands de la scène pop-rock des années soixante.

  

 

Tracklisting :

1. David Watts   *
2. Death Of A Clown   *
3. Two Sisters    *
4. No Return   
5. Harry Rag   *
6. Tin Soldier Man   
7. Situation Vacant
8. Love Me Till The Sun Shines   
9. Lazy Old Sun   *
10. Afternoon Tea   *
11. Funny Face 
12. End Of The Season   
13. Waterloo Sunset   * 
14. Act Nice And Gentle (Bonus Track)   
15. Aurumn Almanac (Bonus Track)    *
16. Susannah’s Still Alive (Bonus Track) 
17. Wonderboy (Bonus Track)    *
18. Polly (Bonus Track)   
19. Lincoln County (Bonus Track)   
20. There’s No Life Without Love (Bonus Track)    *
21. Lazy Old Sun (Bonus Track)

 

Vidéos :

« Death Of A Clown »

 
« Autumn Almanach »
 
 
« Waterloo Sunset »
 

 

Vinyle :

The Kinks - Something Else by the Kinks

 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

4 Comments

  1. Bravo Remi pour cette critique d’album ! Il me paraissait jusqu’alors impensable qu’un site aussi brillant que Planet Gong n’en fasse pas l’éloge , c’est dès aujourd’hui chose faite et nous t’en sommes tres reconnaissant!!

    En revanche je trouve regrétable de ne pas voir d’avantages de commentaires…Est ce qu’aujourd’hui en l’an 2007 on s’en fout des Kinks?

    hyduc!

  2. Avis aux fans des Kinks – donc logiquement, tous les gens qui ont des oreilles en état de fonctionnement à peu près correct: bientôt (enfin, peut-être bientôt, tout est relatif), un super dossier planetgong entièrement consacré aux groupe des frères Davies. Alors, heureux?

  3. « Avis aux fans des Kinks – donc logiquement, tous les gens qui ont des oreilles en état de fonctionnement à peu près correct: bientôt (enfin, peut-être bientôt, tout est relatif),
    un super dossier planetgong entièrement consacré aux groupe des frères Davies. Alors, heureux? »

     

    Très heureux…  

    (je sais, ce n’est pas très classe de faire ça en ce moment, désolé)

  4. Les Kinks = Le plus grand groupe de pop de l’histoire de la musique . Sans concurrence possible .

    Les seuls qui , à la limite , pourraient prétendre être de leur niveau sans se ridiculiser sont les Velvet Underground et encore ça se discute puisque la discographie des Velvet est assez inégale …

    La discographie des Velvet underground selon moi ( attention , point de vue personnel ) :

    1967 , The Velvet Underground and Nico : Chef d’oeuvre absolu , bijou musical , pop parfaite .
    1968 , White light / white heat : Début de l’album réussi mais aurait été meilleur si ils avaient jeté Sister Ray a la poubelle et auraient utilisé les 18 minutes pour de vraies chansons , 18 minutes de gâchées pour un morceau que meme les fans les plus hardcore n’écouteront qu’une ou deux fois maximum jusqu’au bout c’est malheureux . Surtout quand on voit le bon niveau du début du disque .
    1969 , the velvet underground : A part le très délicat et superbe Candy Says ( premier et meilleur morceau de l’album . ) le reste c’est … ZZZ … ZZZ … ZZZ
    1970 , Loaded : Aussi bon que le premier – ce qui veut tout dire ! – Sauf que c’est leur dernier , on dirait une sorte de pied de nez du genre : « On pouvait faire des chansons comme celle ci depuis le début mais on a décidé d’attendre la fin . » ce qui rend l’album aussi parfait que frustrant .

    Alors que chez les Kinks au meme moment :

    1966 , Face to Face : génial mélange de pop et de psychédélique .
    1967 , Something Else : Baroque , élégant et addictif .
    1968 , The Kinks are the village green preservation society : chef d’oeuvre bucolique .
    1969 , Arthur ( or the decline and fall of the british empire ) : perfection pop à coté de laquelle meme le Sergent Pepper des Beatles passerait pour un jingle pub de M6 .

    Aucune chanson a jeter , on peut piocher au hasard ça sera forcément bon .

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