THE SONICS – Boom Eternel

(Etiquette 1966)

Un an après avoir publié avec leur premier album un des grands disques du garage-rock des années 1960, les Sonics sortent chez le même label ce Boom. Ce disque, qui sera leur dernier disque studio pour Etiquette, a été enregistré comme (Here are the Sonics) sous la direction de Buck Ormsby, le bassiste des Wailers. Dès les débuts des Sonics, le modèle musical et stylistique à suivre était les Wailers ; de l’aveu des membres des Sonics, le groupe-phare de Seattle était pour eux plus qu’une influence : un véritable exemple à imiter.
 
Le disque s’ouvre sous les meilleurs auspices : « Cinderella » est un grand morceau de rock’n’roll, sur lequel les Sonics livrent un récital impressionnant : riff de guitare dévastateur, orgue envoûtant et chant hurlé de Roslie… Un album qui contient une telle chanson ne peut être un échec. Un peu plus loin sur le disque, et bien que le morceau soit assez réussi, « Skinny Minnie » et ses « hey » apparaissent un peu scolaires sur un rythme rock’n’roll qui manque de folie. Le même reproche peut être fait à plusieurs des morceaux de cet album : « Let the good times roll », voire même à «Donbe afraid of the Dark ». Boom contient malheureusement trop de reprises sur lesquelles les Sonics peinent à se démarquer des autres groupes de la scène dont ils faisaient partie et qui a été regroupée bien plus tard sous l’étiquette « garage-rock ». Bien sûr, Here are the Sonics était lui aussi largement composé de reprises, mais la différence entre ces deux albums studio des Sonics tient au fait que le second ne possède pas de compositions originales aussi exceptionnelles que « Psycho », « The Witch »« Boss Hoss » et « Strychnine ».
 
Il est indispensable de relativiser ces quelques critiques ; Boom reste un disque primordial : si Here are the Sonics a gravé pour toujours l’essence d’un rocknroll sixties typiquement américain et délibérément brutal, le second LP des Sonics présente de nouveaux aspect de cette musique : le son d’orgue de « Donyou just know it », l’utilisation du saxophone, la reprise de « Jenny Jenny » qui montre avec assez d’évidence tout ce que le groupe doit aux grands allumés du rock’n’roll – Little Richard en premier lieu. Le saxophone hurle ses solos, l’orgue habille le fond sonore, la base rythmique est puissante et rapide, et le chant de Gerry Roslie finit le travail… Les Sonics restent un très grand groupe, et leur deuxième album possède des qualités qui le rendent indispensable.
 
Le début de la face B fait la part belle aux attaques de guitares : celle de « Hewaitin » est tout simplement parfaite ; par la suite, les Sonics s’acquittent plutôt bien de la reprise de « Louie, Louie », la chanson emblématique du rock 60s US – le son de guitare est particulièrement agressif. Sur « Itall right »et « Hitch Hike » comme sur « Jenny Jenny », le saxophone et l’orgue se rejoignent pour bâtir un ensemble massif ; de temps à autre, un solo de guitare vient compléter le tableau. Sur « Shot Down », c’est la rythmique qui surprend dans les premières mesures, avant que Roslie ne retrouve quelques accents du chant de « Strychnine ». Au jeu des ressemblances, il faut noter que « The Hustler » partage quelques aspects avec l’extraordinaire « Psycho ». Aux antipodes d’un tel morceau, « Since fell for you» est une ballade aux accents doowop étonnants pour le groupe qui a enregistré quelques-uns des rocks les plus sauvages. 
 
La réédition de Norton a ajouté à l’album original trois pistes : une prise alternative de « The Witch », absolument fabuleuse – il s’agit là d’une des plus grandes chansons du groupe, pour laquelle l’épithète « indispensable » est une risible litote. Les deux autres pistes, enregistrées en concert en 1972, ont davantage d’intérêt pour leur aspect documentaire, tant il apparaît que la magie qui faisait office entre 1964 et 1966 avait disparu quelques années plus tard. Les treize pistes de l’album original permettent heureusement de constater avec bonheur que le statut quasi-légendaire des Sonics n’est pas usurpé : ce groupe a écrit l’histoire.
 
  

  

Tracklisting :

  1. Cinderella *
  2. Don’t be afraid of the dark
  3. Skinny Minnie *
  4. Let the good times roll
  5. Don’t you just know it *
  6. Jenny Jenny
  7. He’s waitin’ *
  8. Louie, Louie
  9. Since I fell for you
  10. Hitch Hike
  11. It’s all right
  12. Shot down
  13. The Hustler

Chansons présentes sur la réédition Norton (1999) :

  1. The Witch * (alter.)
  2. Psycho (live ; 1972)
  3. The Witch (live ; 1972)

 

Vidéos :

« Cinderella »

 
« Skinny Minnie »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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