THE 13th FLOOR ELEVATORS – The Psychedelic Sound of… Punks originels

(International Artists 1966)

1966. Austin, Texas. Roky Erickson chante et joue de la guitare dans un groupe qu’il a monté avec ses potes. Cette idee lui est venue apres avoir vu une dizaine de jeunes anglais prendre possession de sa radio et emmener le rock’n’roll au sommet des charts. Beatles, Rolling Stones, Yardbirds, Kinks, Who ont alors un impact considérable sur la jeunesse américaine. Des groupes adolescents éclosent alors dans le monde entier, en particulier aux Etats-Unis. Dans des milliers de garages resonnent l’intro de « Can’t Explain » ou « Louie Louie ». Le garage-rock est né et va s’emparer de toutes les territoires américains.

Le Texas aura les 13th Floor Elevators, groupe séminal jouant une musique sauvage et expérimentant avec les drogues à l’époque ou tout le monde récite son « She Loves You » de facon scolaire. Premier groupe a placer le mot psychédélique sur une pochette – ou un titre – d’album, les 13th Floor Elevators sont des précurseurs. Au delà des diverses références au LSD au dos de cette pochette restée mythique, leur son est sale au delà du respectable, leur chansons teigneuses et un de leurs membres utilise une jarre comme instrument. Une jarre rendue électrique par un micro glissé à l’intérieur et un type qui éructe dedans. Le resultat est stupéfiant, un bruit étrange qu’on entend sur tous les morceaux du groupe, un dougoudougoudou lancinant qui sert de décorum aux agressions punk d’Erickson. Punk, c’est ainsi qu’on nommait alors ces jeunes gens aux cheveux trop longs et a l’attitude désinvolte, ces pionniers qui seront la principale influence chez les groupes anglais de la génération 77.

Les 13th Floor Elevators méritent ce dénominateur plus qu’aucun groupe des années soixante. De « You’re Gonna Miss Me » – un des meilleurs morceaux de tous les temps, aux paroles exceptionnelles de mysogynie et de méchanceté – à « Tried To Hide », il règne une ambiance malsaine, menaçante, qui fascine. « Rollercoaster », « Don’t Fall Down », « Fire Engine », sont autant de pépites rock primitives et décharnées.

Cet album connaîtra une poignée de successeurs qui ne parviendront jamais – à l’exception du second et exceptionnel Easter Everywhere – à saisir l’essence de ce The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators, la faute à un sale destin qui décida en 1969 de s’acharner sur Erickson. Le groupe avait pris à l’époque certaines habitudes sur la côte ouest et San Francisco. Celle de fumer des joints ostensiblement ne plaisait pas chez les cowboys. Arrêté en possession de cannabis, il se vit menacé d’une peine de prison de plusieurs années. Pour éviter cela, il plaida la folie auprès du tribunal.

Placé en hopital psychiatrique, il reçut un traitement quotidien d’electrochocs et de thorazine, comme le personnage de McMurphy dans le livre Vol Au Dessus D’un Nid De Coucou de Ken Kesey (l’écrivain visionnaire qui introduisit des centaines de hippies au LSD dans son Magic Bus itinérant). Erickson en sortit trois années plus tard, changé à tout jamais, dans un état proche de la démence, et produit plusieurs albums terrifiants de noirceur et de violence sous son propre nom, devenant de fait une figure culte de l’underground américain.

 

 

Tracklisting :

  1. You’re Gonna Miss Me
  2. Roller Coaster
  3. Splash 1
  4. Reverberation (Doubt)
  5. Don’t Fall Down
  6. Fire Engine
  7. Thru The Rhythm
  8. You Don’t Know
  9. Kingdom Of Heaven
  10. Monkey Island
  11. Tried To Hide

  

Vidéo :

« You’re Gonna Miss Me »

 

Vinyle :

The 13th Floor Elevators The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

7 Comments

  1. merci pour toutes ces infos, j’ignorais le passage electrochoc…c’est fou cette histoire!

    apres avoir fait un album aussi enorme, ça donne envie de voir l’effet des electrochoc sur la musique…je vais de ce pas chercher les albums solo du monsieur

    vive le psychedelisme

    PS : vous qui aimez les electrochocs, lisez "Retour a Brooklyn" de Hubert Sleby Jr, vous ne serez pas déçus…

  2. Je suis justement en train d’écouter "Easter everywhere"… Fabuleux, dommage qu’il soit resté dans l’ombre du premier album. Je bloque particulièrement sur la chanson "Baby blue" (où justement, on n’entend pas la jarre…)… je crois que je vais faire un petit article dessus justement !

  3. il y a aussi Lou Reed qui a eu des séances d’électrochocs pendant sa jeunesse … pour "guérir" ses tendances homosexuelles. un traitement de choc visiblement répandu à l’époque (mais qui ne semble pas bien marché finalement). ça lui a inspirer une chanson mais le nom m’échappe pour l’instant.

  4. Les électrochocs ne se sont malheureusement pas contentés de faire des ravages dans le milieu du rock mais aussi dans le jazz.

    Le grand pianiste de jazz Bud Powell a lui aussi subit des électrochocs…. La raison : essayer de lui faire passer une migraine chronique qu’il subissait depuis qu’un flic lui avait tapé sur la tête un peu trop fort lors d’une arrestation…

    Et le saxophoniste Charlie Parker a lui aussi failli subir le même traitement (cf le film Bird de Clint Eastwood sur la vie de Charlie Parker).

  5. Bonjour

    C’est mon premier commentaire sur ce site, et je tiens tout d’abord à remercier l’équipe de Planetgong pour m’avoir fait découvrir un nombre impressionnants  de chefs-d’œuvre de la musique.

    Ma question peut sembler idiote, mais j’aurais aimé savoir si on retrouve dans certain album de la carrière solo de Roky Erickson, la même qualité que celle que l’on a dans « The Psychedelic
    Sounds Of The 13th Floor Elevators » et dans « Easter Everywhere »?

     

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