GIRLS – Father, Son, Holy Ghost Ambitieux

(Fantasy Trashcan 2011)

Il y a du changement dans l’air chez Girls avec ce second album ambitieux qui sort à peine quelques mois après le superbe EP Broken Dreams Club. Le groupe poursuit son intrigante mutation. Là où le premier opus célébré par la presse témoignait de l’éclosion d’un auteur / compositeur d’exception on la personne de Christopher Owens, l’EP suivant avait révélé un groupe bien en place et prêt à apporter l’écrin délicat que les bluettes d’Owens méritaient. Rien de tout cela ne laissait néanmoins imaginer que la suite serait de l’acabit de ce Father, Son, Holy Ghost dans lequel le groupe se réinvente encore un peu.

Loin de l’album pop-fok mélancolique attendu, Father, Son, Holy Ghost est un album ambitieux, protéiforme, où les morceaux possèdent tous une forte identité, parfois dans des genres totalement opposés. On imaginait mal il y a peu entendre le groupe se lancer dans un titre heavy-rock tel que « Die » par exemple. Owens semble heureux d’être enfin à la tête d’un vrai groupe et en profite pour tester les limites de son nouveau joujou. C’est indéniable, le groupe est taille pour taillé une pop indé classieuse et se délecte des compositions aigres-douces de l’auteur : « Hello Bunny », cavalcade aux chœurs enjoués, la ballade « Saying I Love You », le doo-wop de « Love Like A River » ou encore « Alex », chanson introspective dont la trouvaille réside dans l’utilisation d’un rythme funky en contrepoint d’une mélodie plaintive.

Cette approche expérimentale, cette envie de pousser ses musiciens dans leurs derniers retranchements atteint parfois ses limites. Sur « Die », le groupe se place en mode heavy façon Black Mountain et ouvre la boîte à décibels pour un résultat mitigé. Le morceau cite « Highway Star » de Deep Purple dans son refrain, le groupe a du mal à être crédible dans cet exercice. Par ailleurs, en dehors de ce morceau énervé, Girls ont tendance à trop se laisser entraîner dans des tempos extrêmement lents, sans doute pour appuyer la mélancolie des chansons de Christopher Owens. Il en résulte une impression de pesanteur extrême qui peut provoquer un certain ennui quand le morceau n’est pas fantastique (on pense là à « Forgiveness » par exemple). 

Là où le groupe fait mouche par contre, c’est lorsqu’Owens chante des chansons pleines de désespoir et de solitude où la lumière peine à poindre derrière le rythme pesant et la voix fragile du chanteur. Dans ce registre, « My Ma » est époustouflante, la beauté nue de « Just A Song » émeut et « Vomit » se révèle comme un des vrais chefs d’œuvre de pop dépressive de cette année 2011.

L’identité de Girls réside dans ces chansons déchirantes, dans ces mélodies qui touchent l’auditeur en plein cœur. Comment ne pas être troublé par cette slide plaintive ? Comment ne pas tomber à la renverse devant ces joyaux de beauté pure ? Girls retrouvent ici le degré d’intensité qu’ils avaient atteint sur « Substance » ou « Hellhole Ratrace » des disques précédents. Tant qu’ils écriront des morceaux de cette trempe, on est prêt à les suivre longtemps.

 

  

Tracklisting :

  1. Honey Bunny
  2. Alex 
  3. Die
  4. Saying I Love You
  5. My Ma *
  6. Vomit *
  7. Just A Song *
  8. Magic
  9. Forgiveness
  10. Love Like A River
  11. Jamie Marie

 

Vidéos :

« Honey Bunny »

 
« Vomit »
 
 
« My Ma » (dans une église à Brooklyn)
 

 

Vinyle :

Un double abum vinyle qui possède la particularité d’avoir des disques de différentes couleurs.

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. Très bon disque effectivement. J’aime bien Die et son côté outrancier qui vient apporter autre chose comme Vomit en face B. Ce type de morceau manque en face C et D qui du coup apparaissent à
    tort moins bonnes à la première écoute, car plus mélancolique et nonchalante.

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