SUNDAY MOURNERS
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Dans le clip de “Careers in Acting”, les Sunday Mourners se mettent en scène en rock stars blasées, réfractaires aux injonctions des équipes techniques qui filment leur clip – avant de rompre l’illusion après la fin du morceau et de se montrer obéissant·es et attentif·ves aux consignes. Un énième groupe post-punk en big 2026, des textes cyniques, une posture de tête à claque, un chanteur à la dégaine de Michael Cera qui se réclame de Richard Hell et de Television… On croirait voir revenir les Strokes de 2001, le côté destroy en moins et le côté hipster à mulet en plus (aussi, même si tout indique qu’iels sont New-Yorkais·ses, iels sont en fait de Los Angeles). Avec un tel cumul de tares, les Sunday Mourners ont intérêt à assurer avec de bons morceaux, comme leurs aînés avant elleux. Irritant·es jusqu’au bout, iels y parviennent parfaitement. “Careers in Acting” est le premier tube indie de l’année 2026. “Don’t make it big on the Internet / It won’t help you” |
ITCHY AND THE NITS
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Bb – Eb – F : la suite d’accords martelée pendant la minute et demi que dure “Secrets” n’est pas un secret très bien gardé, mais c’est un ingrédient indispensable des morceaux de garage punk qui donnent le sourire et font remuer les genoux frénétiquement. Les Australiennes d’Itchy and The Nits parlent de plages nudistes et de garçons qui puent, ont l’air de mépriser profondément les chansons qui durent plus de deux minutes et elles ont fait leurs gammes dans le même conservatoire que Thee Headcoatees, The Gories et The 5.6.7.8’s. C’est très crétin, mais comme nous sommes nous-mêmes des gens très simples, nous sommes très ravis. “Hey Beth, guess what I did last night” |
OZZIE HAIR
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On a déjà dit ici tout le bien qu’on pensait du site et label Hot Sounds, à l’occasion d’une critique de la compilation Action Now!, qui avait vocation à récolter des fonds pour la Palestine. Cette fois, Hot Sounds porte son dévolu sur Ozzie Hair, un Australien qui fait partie de tout un tas de groupes punk qu’on ne connaît pas (The Prize, The Judges, The States – on saluera l’originalité de ces choix) et publie son premier album solo sur cassette en février prochain. “Don’t Wanna” est un morceau de garage punk bête et méchant sur lequel Ozzie Hair charbonne en boucle un riff cabossé à quatre accords tel Ron Asheton, parle du refus de se plier aux normes sociales en s’étranglant tel Iggy Pop et finit en déglinguant les haut-parleurs de la Peugeot 205 à coups de solos stridents – on se croirait dans un épisode des Looney Tunes. Les normes sociales ne sont pas respectées, le cahier des charges stoogien, si. “We don’t wanna / So we ain’t gonna” |
CONNIE CONVERSE
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Connie Converse fait partie de ces artistes aux récits de vie captivants, inconnu·es de leur vivant mais dont le nom et la musique, à force de circuler par le bouche à oreille, finissent par devenir des objets de fascination collective. Pour notre part, c’est via l’excellent podcast The Female Bob Dylan que nous l’avons découverte en octobre 2024, mais on a l’impression qu’elle occupe notre paysage mental depuis bien plus longtemps. Ses magnifiques chansons folk, terrassantes de beauté et d’impudeur, ont été publiées pour la première fois en 2009, près de 60 ans après leur enregistrement et 35 ans après la disparition de leur autrice (littérale : elle a pris ses bagages un beau jour et s’est évaporée sans laisser la moindre trace). Le disque reste largement introuvable, mais comme à leur habitude, on peut compter sur Third Man Records pour remédier à ce type d’injustices et de tracas : le label de Jack White réédite l’unique album de la chanteuse en mars prochain, et l’accompagne d’un 45 tours contenant la chanson “House”, restée inédite à ce jour. “To some people, home means a tent / To some people, home means rent |
JOE GLASS
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En 2025, il paraît que le petit monde des amateur·rices de psych rock ébouriffé (il existe, on me l’a dit) s’est enthousiasmé pour les exploits du jeune Kai Slater, aka Sharp Pins. Celui-ci semble profiter du vent qu’il a en poupe pour faire croquer les copains, en publiant en l’occurrence le deuxième album de Joe Glass avec son label Hallogallo. “Dust on Your Halo” ouvre Snakewards sous les meilleures auspices powerpop : guitares et chant saturés, descentes de basse sautillante, petit pont adroit, mélodie accrocheuse. Comme chez son compère, tout cela a l’air enregistré dans une chambre à coucher, mais frappe par son ingéniosité. Le reste de l’album surprend tout du long, chaque morceau s’écartant audacieusement du précédent et contenant son lot de petites idées le rendant attachant. “Is it your halo ? / I don’t know anymore” |
DURAND JONES & THE INDICATIONS
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En matière de soul élégante, difficile aujourd’hui de faire mieux que le catalogue de Colemine Records. Le label cultive avec soin un roster de groupes dont il publie fréquemment des singles 45 tours. Avec l’inédit “Let’s Take Our Time”, c’est Durand Jones & the Indications qui se prête au jeu. Aaron Frazer chante cette belle chanson avec son falsetto et son phrasé caractéristiques, les arrangements rappellent Curtis Mayfield et The Impressions. C’est doux, magnifiquement orchestré, parfait pour danser un slow – tendrement, à peu près chastement, en prenant son temps. “Mama’s always tellin’ me / ‘Bout the way things oughta be / I paid no mind” |
MITSKI
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Mitski est l’une des chouchoutes de la presse musicale les plus en vue du moment (The Guardian l’a adoubée « best young songwriter » en 2022, elle a été nommée aux Oscars l’année suivante pour sa contribution à Everything Everywhere All At Once). Elle doit probablement ce statut à l’intensité très particulière de sa musique, qui semble encapsuler les tourments affectifs et psychologiques d’une génération. Elle revient cette année avec un nouvel album, dont le premier extrait reprend certains des ingrédients qui ont fait son succès : les paroles qui traitent très ouvertement de traumas émotionnels avec la distance ironique de celleux qui en ont vu des vertes et des pas mûres, un certain talent pour trousser des mélodies tordues mais mémorables, des arrangements évocateurs au service de la chanson. Ici, la production opte pour une sorte de grunge psychédélique (qui rappelle notamment les Pixies, dont Mitski a fait la première partie en 2017) : sous une mélodie guillerette, les guitares s’entrecroisent dans des déluges de distorsion et de fuzz et le producteur s’amuse comme un fou à faire dérailler le morceau toutes les 15 secondes. C’est… décontenançant, mais ça marche. La hype est méritée. “Where’s my phone? Where did I leave?” |
KULA SHAKER
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A l’instar de The Coral, Kula Shaker est revenu il y a quelques années après un long hiatus et semble avoir trouvé depuis son rythme de croisière. La maturité aidant, l’identité du groupe est plus stable qu’autrefois, quand il passait sans transition de la britpop baba cool au space-rock déjanté. Aujourd’hui, le groupe connaît parfaitement ses points forts et peut s’appuyer sur eux pour confectionner des morceaux au classicisme inspiré, dans lesquels tout semble contrôlé. Toutefois, si le chemin est familier, on ne sait jamais trop vers où on se dirige. C’est le cas avec « Lucky Number », petite bombe de glam psychédélico-babos qu’on prendrait presque pour acquise avant de se rappeler que personne d’autre que Kula Shaker ne pourrait produire pareil morceau. La joie communicative qui transpire du morceau fait plaisir à entendre. L’album Wormslayer dont il est extrait sort le 30 janvier prochain.“You’re my lucky number / I’m counting on you girl / To keep me alive” |
DANIEL ROMANO’S OUTFIT
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Au rayon des omissions les plus flagrantes de ce site, Daniel Romano figure en excellente position. Depuis des années, le Canadien publie à un rythme segallien une flopée d’albums dont la qualité n’a d’égale que la versatilité. De la country classieuse de ses débuts au rock ‘n’ roll high energy de Too Hot to Sleep en passant par la pop dylanienne de Moses ou de How Ill Thy World Is Ordered, c’est à chaque fois exceptionnel, on ne sombre jamais dans le pastiche, c’est incompréhensible, indécent, limite écœurant. « Auto Poiet », avec son riff à la « I Feel Fine » bourré de trémolo et sa batterie métronomique, ne déroge pas aux standards de qualité du musicien. The Outfit, le groupe avec lequel il s’épanouit depuis plusieurs années et a enregistré l’album live en studio, y apparaît particulièrement affûté et uni. Wikipédia nous dit d’ailleurs que « l’autopoïèse (du grec auto soi-même, et poièsis production, création) est la propriété d’un système de se produire lui-même, en permanence et en interaction avec son environnement, et ainsi de maintenir son organisation (structure) malgré son changement de composants (matériaux) et d’informations (données). » C’est une très jolie façon de décrire l’entité qu’est devenue le groupe au cours des dernières années.“It’s true that I am you / And we’re always becoming new” |
PEARL CHARLES
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L’album Desert Queen est paru au milieu de l’année dernière mais a repoppé sur les plate-formes de streaming au début du mois. L’occasion de réécouter « You Know It Ain’t Right », un titre bonus qui voit Pearl Charles (accessoirement la fille de Larry Charles, le réalisateur de Borat) s’essayer au disco-funk 70s, dégoulinant de synthés vintage en pagaille, section rythmique au taquet (vive les congas) et refrain irrésistible de rigueur. “Dyin’ to knowww“ |
HEAVENLY
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Le 20 juin 1996, Matthew Fletcher, le batteur original d’Heavenly et frère de la chanteuse Amelia Fletcher, se suicidait quelques jours avant la sortie d’Operation Heavenly, dernier album du groupe en date. Un déchirement pour le quatuor, bien sûr, qui a tiré sa révérence peu de temps après. 30 ans plus tard, le groupe est de retour avec l’album Highway to Heavenly. Un titre amusant pour ce groupe anglais dont la musique représentait autrefois la quintessence de la twee pop, une sorte de punk mélodieux, maladroit et mal fagoté, soit l’antithèse revendiquée de la musique testostéronée des groupes poilus à la AC/DC. « Excuse Me » est le premier avant-goût de cet album tant attendu par leurs fans. Amelia Fletcher se remémore avec tendresse un crush adolescent pour un nerd du lycée, dans une vignette punk délicieuse de drôlerie et à la mélodie imparable.“Could you have been less cool? / Your glasses slipping down You were the one at school / Who never went to town” |
UNI BOYS
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Uni Boys fait partie de la vague de jeunes groupes qui, dans le sillage des Lemon Twigs ou de Daniel Romano, portent haut le flambeau de la powerpop (si vous n’avez pas réussi à suivre le train en marche, on vous conseille cette playlist de l’excellent site Raven Sings The Blues). Reza Martin, l’un des deux chanteurs du groupe, paraîtra d’ailleurs familier aux fans des Lemon Twigs, puisqu’il s’agit du grand dadais très chevelu (sosie de Marc Bolan, aussi, on est jaloux) qui les accompagne sur scène depuis plusieurs années. Tant qu’on y est, soulignons que les deux frangins d’Addario apparaissent partout en renfort sur l’album à venir, qui sera publié par Curation Records (les mêmes qui publient les Sunday Mourners) en avril prochain. « I Don’t Wanna Dream Anymore », chanté par le deuxième chanteur-guitariste Noah Nash, annonce la couleur avec panache, avec son boogie en palm mute, ses hooks évidents à la guitare, son synthé new wave en arrière-plan et son refrain qui colle au cerveau. Un petit tube des digne des Raspberries, de Nick Lowe… et des Lemon Twigs. « I used to dream of melodies and guitar parts / But since you left me all my dreams are in your car / Pleased to drive you far » |
LEAH BLEVINS
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A plusieurs reprises en ces pages, on a souligné la qualité du travail de Dan Auerbach avec son studio et label Easy Eye Sounds. Qu’il s’agisse de soul, de pop ou de blues, le leader des Black Keys parvient immanquablement à fournir aux artistes avec lesquels il collabore un écrin luxueux, sans écraser la personnalité des artistes en question sous son classicisme. A l’évidence, Auerbach émule avec ses requins de studio d’autres expériences mythiques des années 60/70, tels que le Muscle Shoal Sounds Studio ou le American Sound Studio, dans lesquels ont été enregistrés les classiques de Dusty Springfield, Elvis Presley, Wilson Pickett ou Aretha Franklin. La dernière recrue d’Auerbach est Leah Blevins, jeune pousse country qui livre avec « Diggin’ In The Coal » une ballade au rythme de cavalcade sur laquelle la troupe de Nashville fait des merveilles aux arrangements.“I guess I found a diamond while I was diggin’ in the coal” |
CUT WORMS
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Avec les années (voilà déjà 10 ans qu’est paru son premier EP !), Cut Worms continue de s’affirmer comme une valeur sûre. Trois ans après son dernier album, Max Clarke revient en mars prochain avec Transmitter, produit par Jeff Tweedy (Wilco). Deux singles en ont déjà été dévoilés, le dernier étant ce « Windows on the World » qui continue de tracer le sillon de la pop traditionaliste minée d’angoisses existentielles dont il s’est fait le spécialiste. Comme chez AC/DC ou les Ramones autrefois, l’artiste semble engagé dans le perfectionnement perpétuel d’une formule qu’on finit par connaître par cœur, mais le résultat est si beau qu’on lui en voudrait de faire les choses autrement. On prête alors attention à tous les détails enchanteurs, des paroles saisissantes qui font s’entremêler constamment les échelles personnelles et collectives à cette façon si particulière de placer sa voix, en passant par l’élégance des arrangements dans lesquels l’influence de Tweedy se fait subtilement sentir. “Can’t shake this feeling that I’ve seen this all somewhere before |
ARBOR LABOR UNION
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Sur Bandcamp, un auditeur décrit ainsi Out to Pasture, le nouvel EP des Géorgiens d’Arbor Labor Union : “Weirdo stoner alt-country with detours into krautrock, post-punk, and Allman-esque jamming.” L’alliage paraît improbable, voire indigeste, mais le résultat est enthousiasmant. Des riffs tournoyants qui se transforment subtilement en entrelacs de guitares, batteur phénoménal qui passe sans sourciller de rythmiques métronomiques à des jaillissements psych et un chanteur à la voix haut perchée (on pense à Alan “Blind Owl” Wilson de Canned Heat) qui fredonne de belles mélopées, pleines de rebondissements. On a choisi de faire figurer ici “Hidden In a Drop of Dew” mais chacune des sept chansons du disque aurait pu faire l’affaire. “Mirror on a leaf /Reflect your mystery |
MOTORISTS
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“Frogman” commence par un riff de guitare “carillonnant”, puis Craig Fahner, le chanteur du groupe canadien Motorists, chantonne gaiement sur des arpèges délicats. On a affaire à un cas typique de “byrdsisme”, de la jangle pop mignonne qui s’en tient aux fondamentaux. 2 couplets, 2 refrains, une mélodie qui reste en tête, l’affaire est pliée – c’est parfois tout ce dont on a besoin. “Only a momentary detour from the plan / Now you’ve become a frogman” |
FULLBLOODS
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Le morceau commence par quelques accords de piano jazzy plaqués abruptement qui vont tourner en boucle pendant tout le morceau, une batterie et une basse métronomiques rejoignent le mix, des synthé qui font blip blip viennent se superposer progressivement sur ce squelette, Ross Blood (l’Américain qui se cache derrière le nom Fulboods) fait monter la tension dans le couplet avant qu’un refrain béat vienne faire exploser la chanson, qui prend alors des airs de générique de dessin animé pour enfants. En face B, la ballade soft-rock “Who’s Left” à la mélodie magnifique complète l’excellent single de ce sorcier de studio attachant. “Hey! It’s a magic machine! Generate a new beginning for me!” |
PARLOR GREENS
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Parlor Greens fait partie de la même écurie Colemine Records que Durand Jones & The Indications, dont on vous a parlé plus haut. Le trio s’inscrit dans la lignée des groupes instrumentaux qui ont fait se dandiner les adolescents des années 50-60 sur les dance-floors, au premier rang desquels Booker T & the M.G.s. Impossible de ne pas penser à ces derniers en écoutant “Eat Your Greens”, dont le titre lui-même semble faire écho au “Green Onions”, classique de la bande du label Stax. Avec son orgue imposant, son solo de guitare survolté et sa batterie conquérante, le morceau permet aux musiciens de faire étalage de leur impeccable science du groove. La suite avec Emeralds, à la fin mars. |
MOD LANG
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Le penchant immodéré de PlanetGong pour le rock ‘n’ roll de Detroit n’est pas un secret pour les lecteurices de longue date du site. Toutefois, lorsqu’on évoque la musique qui vient de la Motor City, on pense plutôt au garage-rock graisseux des Stooges et des Gories qu’à de la power pop à la Big Star. C’est pourtant dans la lignée de ces derniers que s’inscrivent les jeunes musicien·nes de Mod Lang – qui rejoignent ainsi toute la troupe des Lemon Twigs, Uni Boys et compagnie. (A noter, on retrouve à la basse Ava East, qui faisait partie des prodigieuses Deadly Vipers dont Mauvaise Foi Records avait publié le premier EP en 2015 !) L’excellente “What I Can’t Have”, avec ses harmonies beatlesiennes et son riff jangly, est le deuxième single de l’album à paraître en février, après “TV Star” qui était déjà un modèle d’efficacité. Si les mélodies priment ici, on retrouve dans ces morceaux l’énergie typiquement rock ‘n’ roll de leur ville d’origine (“TV Star”, à bien y regarder, n’est pas si éloignée dans l’esprit des débuts de The GO). De quoi ravir les aîné·es – et nous avec. “What I can’t have / Oooohooohoooh / Is tearing me apart” |
KEYS
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On pense rarement au Pays de Galles comme terre promise de la pop psychédélique, et pourtant… Entre Super Furry Animals, Gorky’s Zygotic Mynci ou El Goodo, les Gallois·es semblent avoir trouvé la recette d’une potion magique redoutable, probablement composée d’ingrédients très parfumés. Le groupe KEYS, actif depuis une trentaine d’années, fait partie de cette clique. Il a publié l’an dernier un excellent album intitulé Acid Communism, sur la pochette duquel figurent des signes hippies, Karl Marx, une faucille et un champi – soit exactement les grandes lignes du programme politique qui régit la PlanetGong. 6 mois après la sortie du disque (on sent les génies du marketing à l’oeuvre), le groupe ressort en single “What Do I Have to Do”, le dernier morceau de l’album qui sonne comme du Queens of the Stone Age période Songs for the Deaf, mais avec des solos de saxo déglingués (c’est mieux). Un spectre hante le Pays de Galles… celui du Communisme Acide. “What do I have to say / To make you see me the same way?” |
HOT FACE
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Curieux disque que cet Automated Response du trio londonien de “psych punk” Hot Face. Le texte de promo raconte que ses membres auraient convenu avec le producteur à succès Dan Carey (qui a travaillé avec des artistes aussi divers que Kylie Minogue, Franz Ferdinand ou Wet Leg) d’enregistrer le disque en une journée dans les prestigieux studios d’Abbey Road, 3 prises max. Le pari est tenu : 25 minutes de bordel garage-punk très bien mixé, avec quelques très bonnes chansons au milieu – dont ce Red Fuzz à la mélodie crétine à souhait, qui promet de beaux pogos en concert. “I don’t want to / Take chunks out of you / Under full moon / Or [couvert par le bordel]” |
SPECIAL FRIEND
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Special Friend (duo francilien composé d’Erica Ashleson et de Guillaume Siracusa) reviennent bien entouré·es pour leur troisième album : on retrouve Alexis Fugain de Biche et Margaux Bouchaudon d’En Attendant Ana à la production, ainsi que Syd Kemp (Thurston Moore, The Horrors, Ulrika Spacek…) au mixage. Le premier extrait disponible, “Breakfast”, est un petit bonbon acide irrésistible qui exploite à fond les dispositions minimalistes du groupe. Les deux musicien·nes s’amusent à superposer leurs voix sur un riff de guitare pressé et un clavier qui a depuis porté plainte pour maltraitance, tandis que la chanteuse déplore le sentiment de confusion et d’urgence qui la tourmente quotidiennement. TDAH, tmtc. “I. Don’t. Want. To. Hu. rry. Anymore!” |
COURTNEY BARNETT feat. WAXAHATCHEE
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Durant les 5 ans qui séparent son dernier album de Creature of Habit, annoncé pour mars prochain, Courtney Barnett a déménagé de son Australie natale pour Los Angeles et s’est confrontée aux difficultés du changement. “Site Unseen” porte la trace de tout cela, que ce soit musicalement avec sa pedal steel qui évoque les grands espaces américains, dans les paroles qui témoignent des interrogations qui la traversent, ou bien encore de la présence de sa camarade américaine Waxahatchee, qui lui vient en renfort en ornant le morceau de belles harmonies vocales. “Site unseen, I promise babe / Let’s figure out the rest another day” |
GUS ENGLEHORN
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Un an après la parution du double LP The Hornbook, l’ex-star du snowboard Gus Englehorn annonce la sortie d’un nouvel album avec le single “Better Watch Your Step”. On le retrouve tel qu’on le connaît, une sorte de Syd Barrett grunge qui grimace comme un sale gosse avant de nous cueillir sans avoir l’air d’y toucher avec une mélodie gracieuse. “Ah ouh crrr tshh kptch I FEEL IT” |
LA LUZ
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Avec News of the Universe, La Luz nous a offert l’un des plus beaux albums de pop psychédélique de la décennie. La promotion du disque insistait à l’époque sur la passe difficile dans lequel il avait été conçu : la leader Shana Cleveland avait été diagnostiquée avec un cancer du sein peu de temps après la naissance de son premier enfant, et plusieurs membres de longue date avaient quitté le groupe pour être remplacées par d’autres (notamment la productrice et musicienne Maryam Qudus, qui semble avoir enrichi la palette sonore du groupe). Les traces de cette période trouble se faisaient sentir dans le disque, empreint d’une gravité que le groupe transcendait par la douceur de sa musique. Deux ans plus tard, après avoir joué les morceaux des dizaines de fois en tournée, les quatre musiciennes reviennent sur certains d’entre eux et les réinterprètent à l’aune de l’énergie positive accumulée sur les routes, comme pour conjurer les mauvais souvenirs. On retrouve avec plaisir des morceaux dont on est tombé amoureux instantanément, en particulier cette “Poppies” qui nous embrume les yeux à chaque écoute. Cette nouvelle version, d’abord largement acoustique avant de d’être enrichie par une basse bien ronde et des claviers acides, opte pour la sobriété et fait ressortir la beauté aérienne de sa mélodie. “All this year, I thought I’d disappear / Under the weight of troubles stacking end to end |
KING TUFF
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Avec The Other en 2018 et Small Town Stardust en 2023 (ainsi qu’un album sorti en catimini en septembre dernier, sur lequel on n’a pas encore réussi à mettre la main), King Tuff s’était éloigné du glam pour revenir à ses premières amours acid-folk. “Twisted on a Train”, premier single de l’album Moo prévu pour fin mars, signe le retour inattendu de Kyle Thomas au rock ‘n’ roll flamboyant et tubesque. On est content de le voir sortir de sa retraite de hobbit benoîtement foncedé aux champis avec ce morceau rutilant qui nous fait attendre la suite avec impatience. (Erratum : on vient de lire le texte de présentation du morceau rédigé par KT dans lequel il confesse qu’il était “ripped outta [his] gourd on gummies”. On y apprend par ailleurs qu’il a enregistré le morceau sur le même Tascam 338 avec lequel il avait enregistré Was Dead, son fabuleux premier album. “It very much felt like a full circle moment. A return to form, a return to myself, a return to Rock & Roll.”) “Getting worse in dyin’ lights / Lost old U.S.A. / Twisted on a train” |
BILL CALLAHAN
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Soyons honnête, on n’a jamais vraiment été pris de passion pour Bill Callahan. On l’aime bien, sa voix chaleureuse nous rappelle celle de Kevin Ayers, c’est un bon parolier, il semble incapable de fautes de goût… Mais on n’a jamais réussi à écouter un de ses albums en entier, c’est comme ça, c’est pas de sa faute, on a juste rarement assez de concentration en stock pour les morceaux lents et littéraires dont il est coutumier. Ici, il teste à nouveau notre patience avec un morceau de 7’30, mais celui-ci avance en effectuant de discrètes métamorphoses tout au long du chemin, rompant ainsi la monotonie qui nous saisit souvent à l’écoute d’autres morceaux de son auteur. Le groupe s’amuse, nous aussi. Les 7’30 paraissent presque courtes. “Funny how the same landscape / Looked beautiful yesterday |
SPENCER CULLUM’S COIN COLLECTION
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Le discret Spencer Cullum est l’auteur de deux albums (Volume 1 et 2, parus respectivement en 2021 et 2023) qu’on affectionne particulièrement. Né en Angleterre mais Américain d’adoption, il revendique ses origines en s’inscrivant dans l’héritage de la scène de Canterbury de la fin des années 60 dans son versant le plus pop. Avec ce “Rowan Tree” aux allures de vieux standard du folk britannique arrangé à la mode Caravan (motif répétitif à la guitare, section rythmique jazzy, choeurs féminins), il se montre plus ombrageux que sur ses albums précédents pour un résultat tout aussi convaincant. “Bury my body long out at sea / Cuz I wage my war on the rowan tree” |
NICK WHEELDON
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On peine à croire que cela fait seulement 7 ans qu’est paru l’album des Necessary Separations sur notre label Mauvaise Foi Records. A l’époque, la sortie du disque s’était faite discrètement (on a du nez mais on n’est pas de très bons businessmen, disons les choses ainsi) et Nick Wheeldon n’était pas encore reconnu comme l’un des artistes les plus originaux, talentueux et prolifiques du pays par une large partie de la presse française. Sa fructueuse collaboration avec The Living Paintings (avec lesquels il avait enregistré le somptueux Waiting For The Piano To Fall en février 2024) continue sur Tadpoles, dont “You Can’t Have It All” est le premier extrait. 7 ans plus tard, on aime toujours autant. “You can’t have it all / Until you’ve shed each wicked skin / That broke the both of us” |
ROBERT LESTER FOLSOM
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Le label Archive Recordings continue son travail d’exhumation de l’œuvre de Robert Lester Folsom avec un troisième (!) volume d’archives / démos. Cet illustre inconnu n’a publié qu’un unique album sur ses propres deniers (les fameux private press que s’arrachent les collectionneurs à des prix délirants) en 1976, lequel a depuis acquis, comme beaucoup de ses semblables, un petit statut de disque culte auprès des amateur·rices d’AM rock. A l’occasion de la réédition de ce Music and Dreams il y a 15 ans, Mark Richardson questionnait les raisons pour lesquelles on aime à se plonger ainsi dans les archives d’artistes oublié·es : “We’re left with the youth and the beauty and the early creative energy. Which means we get to experience this old music as new music, we get to be the first to hear it, and we get a chance to turn other people onto it. The music skipped a generation, maybe even two, and the aura of its original release is still intact, its sepia glow more vibrant than ever.” On pourrait arguer qu’avec ce troisième volume de démos d’un artiste qui n’a jamais véritablement publié un album officiel, on pousse le vice à son paroxysme, mais l’éclat sépia d'”I Don’t Know” brille suffisamment fort pour qu’on comprenne l’envie de la partager. “I feel blue cuz I don’t know just what to say” |
CATHY HAMER
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Il y a deux ans, la jeune chanteuse Kate Bollinger sortait une petite merveille de pop-folk kaléidoscopique avec Songs from a Thousand Frames of Mind, qui voyaient se croiser les influences des groupes d’Elephant 6 Recordings, de Françoise Hardy et des chanteuses de Laurel Canyon. En ce début d’année, elle revient avec un single qu’elle partage avec Cathy Hamer, qu’on a vu apparaître sur une compilation du label (toujours très recommandable) Numero Group. Il se trouve que Cathy Hamer est la mère de Bollinger, et qu’elle a brièvement gravité autour de la scène de Laurel Canyon alors qu’elle entrait dans la vingtaine, au début des années 70. Le single qui nous intéresse est l’occasion pour Bollinger de faire connaître l’une des compositions de sa mère datant de cette époque, qu’elle réinterprète en face A, tandis que l’originale occupe la face B. Une idée touchante, qui donne envie de creuser davantage dans les petits trésors d’Hamer qui refont surface ces temps-ci sur les plateformes de streaming. “You are mine in those golden days / In those memories / You’re still close to me” |
ANNA TIVEL
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Notre première rencontre avec Anna Tivel fut à l’occasion d’une vidéo de la chaîne Western As Fuck, grande pourvoyeuse de vidéos d’artistes country dont ils arrivent à tirer le meilleur en les captant dans des cadres intimistes. Lors de son passage sur la chaîne l’an dernier, Anna Tivel a livré une interprétation bouleversante du titre “Animal Poem”, qui donne son nom à l’album dont il est extrait. On a depuis réécouté l’album plusieurs fois pour y retrouver le même frisson, sans y parvenir tout à fait. C’était sans compter sur l’apparition de “Memphis” en début de mois, présentée comme une B-side d’Animal Poem. Tivel raconte la genèse du titre sur sa page Bandcamp : “J’ai écrit “Memphis” dans un avion après avoir rencontré un ancien détenu aux yeux électriques qui se rendait à un rassemblement évangélique dans le Tennessee. Il était magnétique, extatique, possiblement maniaque et éperdument amoureux de la vie. Il m’a fait réfléchir aux choses auxquelles nous aspirons quand la réalité est trop douloureuse pour qu’on l’accepte.” La chanson qui émerge de ces réflexions est sublime : Anna Tivel y confirme ses talents de parolière et de mélodiste, le groupe qui l’accompagne arrange magnifiquement le morceau et le travail de production regorge d’inventivité. Quand le refrain se déploie après les couplets ténébreux et que Tivel chante “Everything is beautiful now” en faisant monter haut sa voix, notre gorge se serre – elle a peut-être raison, tout a l’air lumineux. “Turbulent takeoff, you’re finally free |




























![FRESH] King Tuff - Twisted on a Train // announces new album 'MOO' (out March 27th via MUP / Thirty Tigers) : r/indieheads](https://external-preview.redd.it/fresh-king-tuff-twisted-on-a-train-announces-new-album-moo-v0-0Eppf0ANrexxMryg-zivJOvj8vENWj-8sJdtRcXyedM.jpeg?auto=webp&s=f955ff730cd9385703cc25b59a21800601bff9a9)






