BRIMSTONE HOWL – Guts Of Steel Instinct sauvage

(Alive Records 2007)

Brimstone Howl ont à peine vingt ans – leurs gueules de blancs-becs en attestent –, ils viennent du Nebraska, région plutôt sinistrée en matière de rock. Après deux albums sortis sur le petit label SPEED!, le groupe vient de passer chez Alive Records, sans aucun doute la meilleure boîte à rock’n’roll au monde. Produit par Dan Auerbach des Black Keys, Guts Of Steel est un monstre d’album blues-rock énervé, porté par un son garage comme on n’en avait pas entendu depuis la démission des Soledad Brothers et des 22-20s.

La maîtrise du groupe est apparente dès le premier riff bluesy de « Bad Seeds ». La machine à groove se met en place – batterie sèche à la Charlie Watts, guitare virtuose, basse vrombissante –, le groupe envoie quelques ruptures bien senties, le chanteur John Ziegler hurle avec la classe de Jim Morrison, un solo d’harmonica dément s’intercale. C’est un classique instantané. La suite n’est qu’une succession de merveilles. Dans « In The Valley », envolée à l’ambiance country-garage, la batterie pressante évoque le tumulte généré par le passage les caravanes des premiers colons américains. On est dans une Amérique peuplée de cow-boys et de hors-la-loi. Un morceau intense et explosif, suivi d’autres, tel « Red Glare », « The Moment And The Hour », l’extraordinaire « Cyclone Boy » ou l’ébouriffante « Damned To Judge ». Guts Of Steel est proche de la perfection.

On croise au cours du voyage quelques rock’n’roll nerveux de premier ordre, comme le boogie saturé de « Heart Attack ». Tous les compteurs dans le rouge, cette perle digne des Richmond Sluts voit le chanteur disserter sur la façon dont il va mourir par un refrain mémorable : « Heart attack/Heart attack/I’ll get a heart attack/oooooh I’m gonna die of a heart attack« . Parfois le groupe baisse d’intensité, mais jamais il ne se dépare de son aura sulfureuse – son patronyme l’oblige, n’est-ce pas – et s’en va brailler joyeusement autour de la rengaine old-school de « Luck Of The Spade » ou du blues de saloon de « Six & Seven ». Deux moments d’introspection qui évoquent inévitablement les Soledad Brothers de The Hardest Walk (« I am cracked / I am insane / What kind of rot / Do I have on my brain ? »). Six minutes de répit dans une demi-heure de folie furieuse.

La fin d’album est exceptionnelle, la face B s’achève par les cinq morceaux les plus violents de l’album. Dès « Cyclone Boy » (imaginez B.R.M.C. sous speed, avec Julian Casablancas au chant), les choses deviennent véritablement dingues, le groupe accélère encore sur « I’m A Man », dans lequel le guitariste Nick Waggoner démontre qu’il transpire le blues par tous ses pores, avant d’enchaîner sur « Tomahawk », un des grands moments de l’album. Après une succession de riffs tranchants et de hurlements, le groupe arrête le temps dans un passage groovy qui évoque le pont de « You’re Gonna Miss Me » des 13th Floor Elevators. Ziegler se lance alors dans une déclamation théâtrale, avec des paroles en forme de confession : « I’m twenty years old / And the tribe is done / I may not live to see twenty-one« . Alors qu’on s’interroge sur le sens cryptique de ces paroles, la conclusion tombe : « I’ll still at least get my tomahawk« . Pas le temps de s’arrêter sur ces considérations absurdes, c’est juste du putain de rock’n’roll babe. Une seconde pour reprendre son souffle, Brimstone Howl repartent dans une attaque frontale digne de Radio Birdman. Deux minutes trente plus tard « Damned To Judge » est déjà terminée et laisse place au single « One Quick Minute », placé en dernière position. On est à genoux.

Guts Of Steel est l’album rock’n’roll le plus spectaculairement bon qu’il nous ait été donné d’écouter depuis des lustres. Le garage-rock vient de se trouver des nouveaux héros. Après les Black Lips, Brimstone Howl viennent réveiller vos instincts primaires. Laissez parler le sauvage qui est en vous et succombez à la tentation Guts Of Steel, vous risquez de ne jamais vous en remettre.

 

 

Tracklisting :
 
1. Bad Seed   *
2. In The Valley
3. Luck of the Spadeundefined
4. Red Glare
5. Heart Attack   *
6. The Moment and The Hour
7. Six and Seven
8. Cyclone Boy  *
9. I’m a Man
10. Tomahawk  *
11. Damned to Judge  *
12. One Quick Minute

 

 

Vidéos :

« One Quick Minute »

 

« Bad Seed » sans bassiste

 

 

Vinyle :

Brimstone Howl - Guts Of Steel

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

6 Comments

  1. tant qu’il y aura de la zique comme celle-là on pourra tout affronter !
    je vais en tout cas me pencher serieusement sur cet album, quitte à en avoir le vertige…lol
    sinon j’ai trouvé ue compil, « In the red Records », sur Itunes..simpa…pour une compil
    @+

  2. Je me suis procuré cet album en version CD, et j’ai une piste en plus, placée en nuémro 13 donc, qui est horrible quand t’as écouté l’album en entier à fond les ballons.

    Ca fait très mal aux oreilles, est-ce normal, ou est-ce une errreur?

    Je pense que c’ets normal, et qu’ils se sont bien amusés à perforer certains tympans lors de soirées.

  3. Ben c’est pas un morceaux, c’est des grésillements, du bruit, comme quand on capte plus la radio, mais en pire, avec des sons dignes des anciennes connexions internet.

    Donc quand tu te tapes l’album à un niveau sonore assez élevé et qu’arrive la dernière « piste », ça fait très mal aux oreilles, surtout quand tu t’y attends pas. Et cette pseudo piste dure 3’54;
    l’album complet fait 40 min’ et 7 secondes pour être précis.

    Ca doit être une anomalie de fabrication, je détiens donc un objet rare, dans 30 ans je le revendrais sur eBay pour financer ma retraite.

  4. « des sons dignes des anciennes connexions internet. »

     

    C’est toujours très actuel.

     

    C’est mon morceau préféré, en fait, je le connais par coeur. « Dzooooïng DING tchoucoutchoucou DING zzzzz plomg plomg graORrrrdziiiii » – ça swingue.

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