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THE WHITE STRIPES – White Blood Cells

(XL 2001)

Attention album important! White Blood Cells est le disque qui, avec Is This It? des Strokes a sonné le réveil du rock aux quatre coins du monde au début des années 2000. Inutile d’énumérer la liste des groupes qui n’auraient pas eu droit de cité sans eux, laissons cet exercice vain aux statisticiens imbéciles qui jugent le talent d’un artiste aux nombres de disques vendus.

Inconnus avant cet album, les “frère et sœur” White ont remis le rouge et le blanc à la mode, tout en redynamisant le garage-punk et sortant le blues d’un coma profond (cette musique était alors vampirisée par des vieux blancs portant la mullet et masturbant le manche de leur six-cordes à douze guitaristes sur scène). Le génie des White Stripes – au-delà de leur talent indéniable – est d’avoir su sortir son rock primal des bars à putes grâce à un code vestimentaire simple et une mythologie basée sur la nature de la relation entre les deux protagonistes.

On ne sait toujours pas aujourd’hui si Jack White, guitariste teigneux et surdoué, et Meg White, batteuse minimaliste, sont frère et sœur comme ils le clament, ou non. Jack aurait changé son nom de Gillis en White en 1997, après son mariage avec Meg. Peu importe, ce doute persistant a attisé la curiosité de milliers de gens à la façon des séries à suspense et a crée une aura de mystère autour du groupe. Il ne suffisait plus au groupe qu’à écrire des bonnes chansons, ce qu’ils firent avec ce troisième album, sans doute leur meilleur. Le premier The White Stripes était garage-punk et brut de décoffrage, le second De Stijl plus folk et blues, White Blood Cells est la synthèse parfaite toutes les facettes des White Stripes.

L’album contient plusieurs blues, à commencer par l’inaugural “Dead Leaves And The Dirty Ground” dont le surpuissant riff d’ouverture a été pour beaucoup la découverte d’un nouveau monde sonique. D’autres suivent; “I’m Finding Hard to Be A Gentleman”, “Expecting”, “Offend In Every Way”, “Aluminium” sont un bain de jouvence comparable au Blues Boom des années soixante. Les White Stripes ont délivré le blues de son image figée et vieillissante en lui rendant simplicité, authenticité et agressivité. Epuré de tous les poncifs du genre – dont la claptonisation en avait fait une baudruche vide – le blues des White Stripes est mâtiné du son âpre de la Motor City. Amboy Dukes, MC5, Stooges… les White Stripes portent en eux l’héritage sonique de Detroit. La violence et le son lourd de la guitare de Jack White en témoignent. Le blues des White Stripes ne peut qu’être intense, sans compromission.

Ces influences garage se ressentent dans White Blood Cells lorsque le duo décide d’accélérer le tempo et d’explorer l’univers exaltant du punk à trois accords. Le boum-boum binaire de Meg, la voix éraillée de Jack et son jeu de guitare énervé font de “I Think I Smell a Rat” et surtout “Fell In Love With A Girl” des classiques punk. Plus fort encore, l’homme-orchestre démontre qu’il a plus d’une corde à son arc en exécutant des ballades folk d’une beauté éclatante. Si “Hotel Yorba” est parfaite autour d’un feu de bois, “We’re Going To Be Friends” révèle la face cachée de Jack White qui, sous ses gros bras musclés, cache un vrai romantique, genre “inadapté à la vie moderne”.

Les White Stripes sont un anachronisme. Ils ne sonnent comme personne. Leur éthique – pas de basse, minimalisme total, pas de déchets – et leur talent en ont fait les figures de proue du renouveau du rock garage. John Peel a vu en eux la chose la plus révolutionnaire dans le rock depuis Jimi Hendrix. Le DJ possédait tous les 45 tours du groupe, y compris ceux tirés à une centaine d’exemplaires au début du groupe. White Blood Cells restera sans doute leur album le plus accompli, la référence d’une génération à qui il a ouvert non pas les yeux, mais les oreilles.

www.thewhitestripes.com

 

Tracklisting : 

1 : Dead Leaves and the Dirty Ground  *
2 : Hotel Yorba  *
3 : I’m finding it harder to be a gentleman  *
4 : Fell in Love with a Girl  *
5 : Expecting
6 : Little Room
7 : The Union Forever
8 : The Same Boy You’ve Always Known
9 : We’re Going to be Friends  *
10 : Offend in Every Way  *
11 : I think i smell a rat  *
12 : Aluminium
13 : I can’t wait
14 : Now Mary  *
15 : I can learn
16 : This Protector

L’album est en écoute sur Deezer : www.deezer.com/fr/?incr=1#music/the-white-stripes/white-blood-cells-105971

 

Vidéos :

“Dead Leaves & The Dirty Ground”

 
“Fell in love with a girl”
 

 
“Hotel Yorba”

 
 
Vinyle :

Comme toujours avec les White Stripes, la version vinyle de White Blood Cells est magnifique.

Rédacteur en chef, webmonstre, chapeau rond, suiveur de modes, mauvaise foi.

5 Comments

  • Chris 20 mars 2008

    Trés bon album, mais les White Stripes sont quand même trés sur-estimés… Cependant, ils ont au moins le mérite de donner l’envie aux plus jeunes de creuser les greniers ou de prendre une guitare.
    Pour cela je les remercie !

    • jeremy 24 décembre 2015

      merci léo pour le lien mais mon anglais étant assez mauvais…je ne trouve pas de lien pour écouter. Par contre je ne trouve pas que les white stripes soient sur-estimé… les trois premiers albums sont quand même assez exceptionnelles.

    • Léo 29 décembre 2015

      Sur le site de Redd Kross il n’y a plus qu’un seul morceau disponible, j’ai l’impression (à gauche, section “mp3s”), mais j’avais trouvé plusieurs autres extraits en fouillant un peu sur Internet !

      https://www.google.fr/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=redd+blood+cells&tbm=vid

  • Léo 17 décembre 2015

    http://www.reddkross.com/features/RBC/
    Une version de l’album augmenté d’une basse, réalisée par un des leaders du groupe Redd Kross. Marrant

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