THE VELVET UNDERGROUND – The Velvet Underground & Nico Le son de New York

(Verve , 1967)

Il y a ceux qui pensent que Beatles et Stones sont surestimés, ceux qui trouvent les Beach Boys niais, ceux qui détestent la voix de Dylan, ceux qui en ont marre des solo interminables d’Hendrix ou de Led Zep, ceux qui pensent que Clapton n’a rien apporté au Blues… On peut poursuivre la liste avec tous les artistes et les groupes « majeurs » : chacun est la cible de critiques (plus ou moins) justifiées. Pour réconcilier tout le monde, un disque fait l’unanimité…
 
L’histoire du premier album du Velvet Underground mérite que l’on s’y attarde… Aujourd’hui le groupe new-yorkais est considéré comme le groupe alternatif de référence, évoluant à l’écart de la scène pop-rock, méprisant le monde du disque et le grand public. D’une certaine manière, cela est justifié : le son expérimental d’avant-garde (principalement dû à John Cale), les références et la qualité des compositions de Lou Reed, la noirceur des thèmes abordés dans l’album placent le groupe très loin de ses contemporains. Cependant, le Velvet Underground était également un groupe pop ; des mélodies sucrées imparables (« Sunday Morning » ; « I’ll be your mirror ») aux riffs rocks implacables (« I’m waiting for the man » ; « Run Run Run »), l’écriture de Lou Reed est d’une efficacité immédiate. De plus, le groupe bénéficie du soutien total d’Andy Warhol, l’artiste d’avant-garde le plus médiatique de l’époque. Depuis le mois de janvier 1966, celui-ci les a hébergés dans sa Factory, puis les a mis au centre de son spectacle, « The Exploding Plastic Inevitable », et a enfin réalisé la pochette de leur album (dont la complexité technique a retardé de plusieurs mois la sortie du disque). Crédité en tant que producteur, Warhol a en réalité permis au groupe d’enregistrer l’album, fournissant les locaux et l’argent nécessaires, mais ne s’est pas occupé de la réalisation du disque (il n’était que très rarement en studio pendant les sessions du groupe). John Cale et Lou Reed étaient donc totalement libres dans leurs choix musicaux et l’élaboration du son. Celui-ci, devenu la référence du son rock de la côte Est U.S., a marqué les meilleurs groupes new-yorkais. Des Modern Lovers de Jonathan Richman jusqu’aux Strokes, en passant par Television, chacun des premiers albums de ces groupes doit beaucoup au Velvet Underground (et curieusement, pour chacun de ces groupes, le premier disque a été le meilleur)…

Les chansons de ce disque, chantées tour à tour par Lou Reed et Nico (une top-model allemande, à la voix grave et triste) s’enchaînent à merveille… La musique de ces chansons est variée : ballades, plans rock adaptés (ou parfois ouvertement piqués, comme l’adaptation des Stones de la version de « Hitch Hike » de Marvin Gaye pour « There She Goes Again »), alors que certaines chansons sont parcourus d’accords inattendus et stridents (dûs au violon de Cale ou à la guitare de Sterling Morrison). La popularité du Velvet Underground provient de ce mélange de genres pop et avant-garde, mais également de nombreux autres facteurs : le groupe a une fille derrière la batterie, un mannequin étranger pour chanteuse, le soutien de Warhol. La formation classique de Cale, passionné d’expérimentations sonores, et les thèmes abordés dans l’album, qui vont de la dépendance à la drogue (« I’m waiting for the man »; « Heroin »; « Run Run Run ») aux rituels sado-masochistes (« Venus in furs »), ajoutent encore à la singularité du groupe, qui détonne dans la scène pop-rock des années soixante.
 
Quant à Lou Reed, il impose dès cet album une classe incroyable. Dès 1958 avec les Shades, Lou Reed chantait « Je me fiche de l’océan, je me fiche de la mer / Peu m’importent le ciel bleu et les arbres en fleur ». A une attitude distante et méprisante (qui a depuis fait école chez les chanteurs de rock), il ajoute ici des textes extraordinaires, imposant un style urbain agressif et ultra-réaliste (« I’m waiting for the man »), puis se livrant totalement dans des ballades désarmantes: « I’ll be your mirror / Reflect what you are, in case you don’t know / I’ll be the wind, the rain and the sunset / The light on your door to show that you’re home » ( « I’ll be your mirror »).

L’enregistrement et le mix de l’album furent réalisés en quatre jours au printemps 1966, Tom Wilson se chargeant de la version stéréo et de la production de « Sunday Morning ». The Velvet Underground & Nico resta trois mois dans les deux cents meilleurs ventes du Billboard américain (meilleure position: # 171)… Bide commercial pour un disque référence. Quelques années plus tard, Bowie, alors au sommet de son art, allait reprendre en concert les chansons du Velvet, puis faire de Lou Reed une vraie star en produisant (avec Mick Ronson) l’album Transformer.

 

 

Liste des chansons :

1    Sunday morning  *
2    I’m waiting for the man
3    Femme fatale  *
4    Venus in furs  * 

5    Run run run
6    All tomorrow’s parties  *
7    Heroin  *
8    There she goes again
9    I’ll be your mirror  *
10    The black angel’s death song
11    European song

 

Vinyle:

Velvet-Underground.jpg

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

18 Comments

  1. merci pour ces infos sur un de mes vinyles de chevet (j’ai la chance d’avoir un connaisseur chez moi qui ferait enrager les collectionneurs de chefs d’oeuvre rock’n’roll)
    Les « bides commerciaux » profitent à certains malgré tout !

  2. Kesako cette histoire de  "la complexité de la pochette ayant retardé la sortie du disque" ! c un pur joke ou y a un fond de vérité ? Andy Warhol a-t-il conçu d’autres pochettes de disque à part "Sticky Fingers" des Stones ?

    • Le design original de cette pierre angulaire du rock new yorkais etait assez particulier. La peau de banane etait en fait un sticker colle sur la pochette.
      Quand on suivait les instructions (« peel slowly and see » – « epluchez lentement et voyez »), le fruit lui-meme se revelait dans toute son outrance rose vif. Plutot revolutionnaire, oui.

      L’edition cd de The Velvet Underground & Nico qu »on trouve a cinquante balles un peu partout perd un peu de poesie avec son boitier plastique tristounet. Par contre, l’edition collector – un double cd indispensable si on est veritablement fan de musique et de beaux objets – qui coute trois fois plus cher, se presente en digipack luxueux et possede une peau de banane decollable a laquelle on n’ose toucher. Magnifique (j’ai l’impression de bosser pour le tele-achat la)

      Pour etre complet sur la question, Andy Warhol s’est illustre a plusieurs reprises dans l’art du design de pochettes de disques, ayant commence cet exercice des les annees 50 avec des disques de jazz du label Bluenote. Il s’est ensuite un peu vautre avec les Stones (Love You Live), Diana Ross et Paul Anka.

      On peut voir plusieurs exemples de ses travaux sur ce site : http://www.geocities.com/Vienna/Strasse/8599/warhol.html

  3. Super album rien à dire.
    Mais si je laisse un com’ ici c’est pour te remercier, car sans cet article je n’aurais peut être pas autant cartonné sur un ratrapage que j’ai passé la semaine dernière. (et ouais le compliment improbable n’est ce pas?).

    • Ouais, je l’ai déjà écrit et réécrit 12 fois Is This It, mais j’arrive pas à mettre les mots dessus. Si je tombe dessus dans ma pile de brouillons…

    • Oh, je le conçois bien. Le Velvet n’est pas vraiment un groupe agressif dans les standards d’aujourd’hui. Loaded et l’album au canapé reposent essentiellement sur des comptines de Lou
      Reed, il y a un côté sucré, sans aucun doute…

  4. Ah non, je suis d’accord sur le fait que le velvet underground à partir de leur troisième album soit devenu mou du genou mais les deux premiers albums restent très agressifs.
    Le premier est violent conceptuellement et textuellement. Le second est violent musicalement, textuellement et conceptuellement.
    2 bombes en puissances.Cela dit, je préfère le disque à la banane!

  5. Squeeze ? Je ne le trouve pas si mauvais que ça. Le problème c’est que les mecs aient osé utilisé le nom du Velvet, mais sinon il n’est pas spécialement affligeant, un gentil petit disque pop…

    • Je suis d’accord, j’aime bien Squeeze, c’est Doug Yule qui se prend pour Paul McCartney, il y a des bonnes chansons.

      Ca emmerde les puristes parce que c’est un album de pop enjouée, sans la noirceur apportée par Lou Reed et ses textes. Ca ne colle pas avec l’image über-cool du Velvet.

    • Moi aussi j’ai apprécié Squeeze qui est un album vraiment sympa .
      J’ai un peu plus de mal avec White light White Heat ( 68) et avec the velvet underground ( 69) qui me paraissent un brin plus ennuyeux et moins pop …

      Mes préférés resteront :

      1) The velvet underground and Nico ( le premier album de pop qui n’est pas des Kinks et qui m’a complétement fait planer …Un de mes albums favoris qui me suivrait sur une ile déserte . )
      2) Loaded ( aussi bon que le premier , j’adore !!! )
      3) Squeeze ( vraiment agréable et avec de la bonne humeur , il ne mérite pas sa mauvaise réputation . )

      Ces trois là font partie de mes indispensables auxquels je suis addict , les deux autres je ne les écoute que de temps en temps .

  6. bon ben squeeze est excellent messieurs, pas du niveau de densité de loaded (qui pour moi est le meilleur album du velvet), mais de bonnes chansons pop!

  7. J’avoue que Loaded est vraiment pas mal, peut-être bien supérieur à l’album au canapé. Par contre pour moi les deux premier sont vraiment les chefs-d’oeuvres du groupes… Je dois être trop
    orthodoxe 🙂

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