RAZORLIGHT – Razorlight Concessions

(Vertigo 2006)

On ne peut s’empêcher, à l’écoute du second album de Razorlight, de penser au récent album des Strokes. On se souvient avoir été déçu par le tournant new-wave pris par les « sauveurs du rock » new-yorkais sur First Impressions Of Earth. Razorlight, l’album éponyme du quatuor mené par la grande gueule Johnny Borrell provoque la même réaction mitigée devant la direction surprenante prise par un groupe qu’on apprécie.

Comme c’est souvent le cas, si Razorlight ont choisi de ne pas donner de titre à cet album, c’est qu’ils estiment qu’il les représente, qu’il définit leur son à la perfection. Il faut donc désormais voir en Razorlight un groupe de britpop dans la grande tradition britannique – des Beatles à Coldplay. Toutes velléités punk ou new-wave étant oubliées, pop est aujourd’hui l’adjectifs le plus qualifiés pour définir ce groupe attiré par le mainstream et la reconnaissance du grand public.

Le seul problème ici, c’est que si ce Razorlight possède quelques mélodies accrocheuses, celles-ci ne font jamais tomber à la renverse. Aucun titre n’est proprement poignant ni terrassant. Vous ne trouverez pas de « Golden Touch » n°2 sur cet album au son propret. Il semble que le groupe ait choisi de prendre la direction pop de son single à succès « Somewhere Else » sorti en 2005 et décidé d’arrondir les angles pour toucher une plus large audience. Les guitares sont moins acérées, la rythmique insignifiante et la voix largement mise en avant dans le mix. Tout est mis en oeuvre pour  rendre le son du groupe plus accessible à la majorité, le fan de rock ne peut que s’en désoler. Les chansons perdent en personnalité et s’enlisent dans un son pop creux idéal pour Europe 2, à l’image de « Who Needs Love », une ballade poussive portée par deux accords de piano martelés pendant 3’30 », « Los Angeles Waltz », un morceau verbeux et laborieux ou « Back to The Start, » un reggae FM taillé pour les radios. Insulte suprême : on pense à Toto en écoutant ce morceau.

Dans cet univers poli et gentillet, quelques morceaux nous rappellent quand même que Razorlight sont un groupe de talent, à commencer par le premier single « In The Morning », une grosse scie – qui rappelle étrangement « You Only Live Once » des Strokes et qui sonne très années 80 – mais qui réussit à trotter en tête de l’auditeur. « Pop Song 2006 », malgré son côté braillard, est très bien écrite et ressemble à un vrai morceau rock, mais le meilleur morceau de l’album demeure sans doute l’excellente ballade folk-rock « Kirby’s House » déjà entendue sur la compilation caritative Help: A Day In The Life. Du réchauffé donc, mais que faire d’autre quand l’inspiration nous fuit?

Ce ne sont pas des morceaux comme « America » à la mélodie accrocheuse mais aux paroles sans interêt (où est le poète que prétend être Johnny Borrell?) ou ce « Fall To Pieces » dont le riff de guitare est calqué sur le refrain de « Like A Rolling Stone » qui démontreront le contraire : Razorlight a raté son deuxième album. Oh bien sûr, un après-midi ensoleillé, si vous êtes de bonne humeur, vous vous surprendrez à trouver cet album léger et sans aspérité tout à fait à votre goût… mais si vous cherchez de l’exaltation et de la passion de la part d’un chanteur qui se prétend poète et qui affirme être un génie meilleur que Dylan, vous pourrez retourner écouter Up All Night ou la quinzaine de faces B qui accompagnaient les singles de cet excellent premier album. Razorlight est d’ores et déjà une des plus grosses déceptions de 2006… et un succès massif en Grande-Bretagne. Que dire de plus?

 

 

Tracklisting :

1. In The Morning
2. Who Needs Love
3. Hold On
4. America
5. Before I Fall To Pieces
6. I Can’t Stop This Feeling I’ve Got
7. Pop Song 2006
8. Kirby’s House
9. Back To The Start
10. Los Angeles Waltz

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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