LE NOUVEAU ROCK’N’ROLL FRANCAIS… L'honneur de la patrie

(V2 / Chronowax 2005)

Vive la France! Voici résumé ce qu’on est sensé penser à l’écoute de cette compilation supposée représenter la crème de la crème des artistes héxagonaux. Supposée seulement car si ce disque contient de nombreuses perles – et des groupes qu’on a envie de réécouter – il est loin d’être parfait et représentatif.

Comme toute compil, il y a des choses à redire évidemment, à commencer par l’inclusion de morceaux franchement pas terribles. Evitez donc les irritants Prototypes (« Je Ne Te Connais Pas » est insupportable!), Steeple Remove (comment ce morceau a-t-il pu plaire aux compilateurs?) et une Lili Z vraiment fatigante qui usurpent un peu la place de groupes bien meilleurs et prometteurs tels les lyonnais des Purple Lords, les Hatepinks ou les Neurotic Swingers. On pardonnera des petits défauts car l’auteur passionné de cette compilation, Sean McLusky a fait un vrai travail de recherche – aidé en cela par Ludovic Merle – dénichant quelques perles cachées tout au fond de l’underground français. La plupart des morceaux sont excellents et envoient du lourd, décomplexant ainsi l’auditeur français en manque de crédibilité rock.

Le début du disque est très bon, le garage stoogien des Cheeraks lançant les débats à merveille avec un « I’m A Guinea Pig Killer » énervé. Le « Canapé » de Blutt, un brin poseur, s’écoute agréablement grace à une production inventive – riffs gras, clavier inspiré, guitare western… – qui sauve la faiblesse des paroles.

Placé en troisième position, « I Need Somebody To Love » annonce un grand groupe : les Men In The Moon. Fuzz en toile de fond, rythmique sixties (cette ligne de basse!), nos oreilles réjouies ont droit à un freakbeat de premier ordre, digne de Pebbles. Opération S – malgré le phrasé maniéré et exaspérant d’un Daniel Darc qu’on a connu plus inspiré – réussit à emporter l’adhésion de l’auditeur grâce à une ligne de synthé accrocheuse.

Changement de ton avec Volt, groupe sous influence KraftwerkSuicide à l’avenir doré qui livre un excellent « Testbild » chanté en allemand. Après les navrants Prototypes et les excellents – et incontournables désormais – A.S. Dragon, on est emballé par The Film et son entêtant « Can You Trust Me? » (on ne doit pas être les seuls; la chanson passe dans une pub télé désormais)  puis par la classe monumentale d’un Fancy autoproclamé « King Of The World ». La suite comporte moins de surprises. Les morceaux de Temple Temple, Electronicat, Genau, DVLagadam Smack The Tarmak et Boy From Brazil s’écoutent sans pour autant mettre à genoux (ça manque de spontanéité tout ça!) tout en soulignant que cette nouvelle scène rock utilise énormément d’électronique (trop?).

On se réveille enfin avec Barth qui signe une mélodie parfaite avec « I Got You Into My Dream », ressuscitant French Touch façon Air pré-Barrico. Gomm et ses gros riffs relancent ensuite le disque avec un « Organic Unity » plutôt bien vu (quoiqu’un peu léger question paroles) pour une fin de disque enlevée entre punk stoogien (« Tell Me Why » de The Magnetix), rock crétin décharné (Thundercrack et « Big Fat Lady »), garage sous influence sixties (« Soul Fantasy » de Flytrap sonne comme du Seeds avec un saxo) avant de finir sur une note plus calme avec Mono Taxi, groupe post-Radiohead, tendance Grandaddy.

Bilan : un bon disque dans l’ensemble qui réussit son entreprise initiale, c’est-à-dire démontrer qu’il y a du potentiel en France. On est loin de Sympathetic Sounds Of Detroit ou Nuggets mais on sort de ce disque rassuré. La scène française ne se limite pas à  l’insipide « nouvelle chanson » incarnée par Bénabar et autres Delerm ou à des sous-Noir Désir (Saez, Luke et les horribles Kyo).

Ce nouveau rock’n’roll, outre une pochette pompeusement moche, a une couleur plutôt électronique et des gros bouts de Stooges en lui. Un mélange détonnant que les meilleurs alchimistes de cette compilation maîtrisent à merveille. Men In The Moon, Cheeraks et Fancy pourraient aller très haut. On leur souhaite en tous cas.

 

  

Tracklisting : 

01. The Cheeraks – Guinea Pig Killer *
02. Blutt – Canapé *
03. Men in the Moon – I need Somebody Else (to love) *
04. Operation S (featuring Daniel Darc)- Jeunesse éternelle
05. Volt – Testbild
06. Prototypes – Je ne te connais pas
07. AS Dragon – Spank on me *
08. The Film – Can you trust me *
09. Fancy – King of the world
10. Temple Temple – Bring your Passion
11. Electronicat – Frisco Bay
12. Genau – The Tape
13. Dvlagadam Smack the Tarmack – Naive Hore
14. Boy from Brazil – Pocket Rocket Queen
15. Barth – Got you in my dream *
16. Gomm – Organic Unity
17. The Magnetix – Tell me why *
18. Steeple Remove – Banana
19. Thundercrack – Big Fat Lady
20. Flytrap – Soul Fantasy
21. Lili Z – I wanna make noise
22. Mono Taxi – Nothing wrong with us

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. J’ai aussi acheté cette compile, dans sa version vinyl.

    En effet, la pochette est à chier. Avec sa face de drapeau tricolore qui prend la forme volutueuse de la gitane de la Seita, elle sait donner une touche faf la plus gerbante possible à tout appartement dans lequel tu la laisses trainer.

    Mais bon, l’attrait principal de l’objet ne réside pas là.
    J’ai découvert plein de choses à l’écoute de ce disque. A boire et à manger, c’est vrai. J’ai même été surpris de découvrir que certains groupes (The Film, par exemple) étaient hexagonaux. Par contre je reprocherais au compilateur d’avoir trop post-produit les chansons à sa sauce, donnant ainsi à cet album un aspect uniforme qui nuit à la mise en valeur des morceaux, pourtant plutôt eclectiques.

    Un double-disque que je n’écoute pas souvent, mais avec un réel plaisir à chaque fois. Quand même. Mon morceau préféré : celui de DVLagadam Smack The Tarmack (introuvable en disque). Désolé.

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