SYMPATHETIC SOUNDS OF DETROIT Bible garage-rock

(Sympathy For The Record Industry 2001)

Attention disque important, fondateur même. Si vous possedez ce disque, vous tenez entre vos mains la Bible de la scene garage-rock de Detroit de ces dernieres annees, l’indispensable compilation des meilleurs groupes actuels de la Motor City, la preuve ultime de sa richesse inépuisable.

Jack White sait partager. En 2001, a l’approche de la sortie de son nouvel album White Blood Cells (disque qui allait faire des White Stripes d’improbables rock stars), il répétait à qui voulait l’entendre qu’il n’avait nul besoin de sortir de Detroit pour entendre de la bonne musique, tous genre confondus. Pour prouver sa bonne foi, il décida d’enregistrer la crème des groupes de la ville dans ses propres studios Third Man en quelques jours, à armes égales sur le même materiel, et de compiler les meilleurs moments de ces sessions. Il en resulte une des plus grandes claques recues ces dernieres années, un dictionnaire du rock garage moderne qui a ouvert les yeux (ou les oreilles, c’est selon) d’une génération empétrée dans le misérabilisme Radioheadien et en manque de solides références rock’n’roll.

L’éventail de groupes presentés ici est impressionnant : on trouve les Dirtbombs, groupe séminal mené par Mick Collins (ex-Gories et parrain de la scene locale) avec un « I’m Through With White Girls » écrit et chanté par le bassiste Jim Diamond, les Detroit Cobras de Rachel Nagy font une apparition remarquée. « Shout Bama Lama » emprunte a Otis Redding qui demontre leur talent a reprendre des vieux classiques. Les Soledad Brothers jouent un de leurs meilleurs morceaux jamais gravé sur vinyle avec le blues nerveux de « Shaky Pudding » tandis que les vétéans de la scene comme les Bantam Rooster et les Hentchmen montrent qu’ils respirent le rock’n’roll.

Quelques uns des meilleurs moments sont assures par la jeune classe comme les Von Bondies avec le marecageux « Sound Of Terror » ou Whirlwind Heat avec l’etrange « Decal On My Sticker » (qui sera plus tard rebaptise « Tan » pour leur premier album). Ko & The Knockouts, groupe ephémère, tire egalement son epingle du jeu avec la bluette pop « Black & Blue » (Ko est desormais une des deux bassistes a temps complet des Dirtbombs) tandis que les Paybacks donnent le ton en ouverture avec un « Black Girl » terrassant hurlé par la chanteuse à voix rocailleuse Wendy Case. De quoi donner des frissons.

Les veritables tubes de ce disque sont indubitablement ce « Whiskey & Women » des Clone Defects qui nous fait regretter un peu plus chaque jour que ce groupe n’est plus (le chanteur Timmy Vulgar officie desormais au sein de Human Eye) ainsi que l’hilarant « High Class » des Buzzards, groupe hétéroclite composé de membres des autres groupes de la compilation et d’un chanteur fofotant. La derniere piste est evidemment devouée aux White Stripes qui concluent ce magnifique disque avec l’inédit « Red Death At 6:14 ».

L’album est quasi parfait et cohérent, meme si on peut regretter l’absence d’excellents groupes tels que The GO (mes préférés), The Sights (les Small Faces locaux), Demolition Doll Rods ou meme Electric Six (pour la deconne). Evidemment, comme l’a dit Jack White, il y avait tellement de possibilités qu' »on aurait pu faire un triple album« . Un choix a du se faire, au détriment de certains on s’en doute, mais certainement pas à celui de l’auditeur qui se retrouve désormais en possession d’une merveille de compilation, une de celles qui créent des légendes. Dans la grande histoire rock de la ville, chacun des groupes ici presents merite sa place aux cotes des Amboy Dukes, Stooges, MC5 et Alice Cooper Band – sans discussion possible.

Ce disque a servi de tremplin a la quasi-totalite des groupes ici presents, certains signant meme sur une major (Von Bondies, Detroit Cobras), leur permettant de sortir de l’anonymat des salles de concert de Detroit et des disquaires pointus pour venir embraser l’Europe de leur rock’n’roll sans concession et signant là le premier acte du retour de ce genre en décrépitude. Les Strokes n’avaient plus alors qu’a finir le boulot.

Malheureusement, ce bel enthousiasme et cet esprit communautaire ont disparu aujourd’hui entre disputes de bar (White Stripes vs Von Bondies), procès (White Stripes vs Dirtbombs), aigreur et jalousie devant le succes de certains (White Stripes vs tout le monde). Le seul heritage qu’il nous reste de cette epoque bénie demeure donc cet album indispensable, en attendant le documentaire It Came From Detroit, prevu pour le courant de l’année et qui devrait à son tour traumatiser pas mal de monde.

 

 

Tracklisting :

01-The Paybacks – Black Girl *
02-The Paybacks – Payback Blues
03-The Dirtbombs – Dirtbomb Blues
04-The Dirtbombs – I’m Through With White Girls
05-The Henchmen – Accusatory *
06-Ko & the Knockouts – Black and Blue *
07-The Come Ons – Come On Blues
08-The Come Ons – Sunday Drive
09-The Soledad Brothers – Soledad Blues
10-The Soledad Brothers – Shaky Puddin’ *
11-Von Bondies – Sound Of Terror *
12-The Buzzards – High Class *
13-Detroit Cobras – Shout Bamalama
14-Bantam Rooster – Banty Rooster Blues
15-Bantam Rooster – Run Rabbit Run
16-The Clone Defects – Whiskey ‘n’ Women *
17-Whirlwind Heat – Decal On My Sticker *
18-White Stripes – Red Death at 6.14 *
19-Buzzards – Buzzard Blues

 

Vidéos :

The Soledad Brothers – Shaky Pudding

 
Bantam Rooster – Run Rabbit Run
 
 
The Buzzards – High Class (live)
 

 

Vinyle :

Sympathetic Sounds Of Detroit

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1.  Ce disque est extraordinaire et j’engage tous ceux qui ne le connaissent pas à se le procurer d’urgence… L’investissement ne sera pas inutile.

     Une remarque cepandant: "les Sights, les Small Faces locaux"… Serait-ce une boutade? Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas tellement déploré leur absence sur ce disque! "The Go", en revanche, aurait fait merveille.

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