(Strangefolk 2022)
Le temps de la britpop est bien loin. Les disques de Kula Shaker ne sont plus distribués en France, et ce groupe conquérant qui caracolait en tête des charts est désormais un groupe de niche, pour nostalgiques des 90s et amateurs de chansons pop psychédéliques à l’ancienne.
C’est sans doute la raison qui avait poussé le groupe il y a six ans à revenir au son de ses débuts. On les comprend : une décennie passée à produire des albums magnifiques dans l’anonymat peut finir par lasser, surtout si on a connu un succès immense à un moment de sa carrière. Tentative de renouer avec les sonorités qui avaient valu au groupe ses plus grands succès, K 2.0 se voulait un retour aux sources mais avait été une déception car il montrait le groupe mené par Crispian Mills un peu dépourvu d’idées et allant chercher l’inspiration dans une étrange auto-parodie.
Il va sans dire que ceux qui ont défendu becs et ongles le groupe derrière Strangefolk et Pilgrim’s Progressont un peu déserté le groupe au moment de K2.0 mais espéraient un retour a plus de sobriété pour le prochain album. A voir la pochette surchargée et le titre à rallonge du nouvel opus, nul doute qu’ils ont du déchanter. Avec son titre baba cool, 1st Congregational Church Of Eternal Love (And Free Hugs) véhicule un message positif d’amour et de calins sur une vingtaine de morceaux.
Autant dire que c’est un trip qui occupera une bonne partie de votre après midi si jamais l’envie vous vient de l’écouter à l’heure de la digestion, d’autant que le groupe y insère quelques passage narratifs théâtraux dans lesquels Mills joue le rôle d’un prêtre en pleine messe (dont on aurait vraiment pu faire l’économie). Dès les premières minutes de “Whatever It is (I’m Against It)”, on retrouve le son typique du Kula Shaker dans sa version rock (celui de “Hush” ou “Great Dictator Of The Free World”) avec un riff rock très 70s dans l’approche et un solo du même aloi. Le vieux fan est dans ses petits souliers, d’autant que le groupe est plutôt inspiré côté compositions.
Succession de titres rock, d’autres plus contemplatifs et de ballades introspectives, l’album est extrêmement typique de Kula Shaker, au point d’être prévisible au possible. Très agréable, bien joué, bien interprété, empli de moments qu’on mémorise rapidement, mais un peu long il faut l’avouer. Alors pourquoi cette sensation de légère déception ? Peut-être faut-il envisager l’album différemment : combien de titres au programme de 1st Congregational Church Of Eternal Love (And Free Hugs) pourraient ils figurer sur les meilleurs albums du groupe ? Pas tant que ça : “Gingerbread Man” avec sa mélodie emballante et ses chœurs so 90s, la dylanienne “Where Have All the Brave Knights Gone” (qui rappelle ce que Mills faisait avec The Jeevas), le tryptique morriconien “After The Fall”.
C’est peu mais c’est déjà pas mal. Ça montre que le groupe est encore pertinent. Le gros problème de cet album finalement, c’est que Kula Shaker en a un peu trop mis et que l’album aurait grandement gagné à être un peu raccourci. Le désir d’avoir à son tour son double-album était sans doute trop grande, mais près de trente ans après ses débuts, Kula Shaker est toujours en vie et plein d’idée. Rejoice !
Tracklisting
1.Intro
2.Whatever It is (I’m Against It)
3. Hometown *
4. Burning Down
5. Love in Separation
6. Let Us Pray
7. Gingerbread Man *
8. Farewell Beautiful Dreamer
9. Where Have All the Brave Knights Gone *
10. Rai ing Buckets
11. 108 Ways to Leave Your Narcissist
12. After the Fall, Pt. 1
13. Don’t Forsake Me
14. 303 Revisited
15. The Once and Future King
16. Shattered Bones
17. After The Fall, Pt2 & 3 *
18. Closing Words
19. Bumblebee
20. Coda
Vidéos
“Whatever It Is (I’m Against It)”













