THEE OH SEES – Drop Acte 3

(Castleface 2014)

C’est la révolution chez les Oh Sees : John Dwyer – comme tant d’autres – a fui les loyers inabordables de San Francisco pour s’installer à Los Angeles. Un déménagement qui n’a pas été sans conséquences puisque le chanteur en a profité pour se séparer de son groupe et d’entamer une nouvelle phase de l’histoire des Oh Sees. Exit donc Petey Dammit, Mike Shoun et Brigid Dawson, Thee Oh Sees sont de nouveau le projet solo de Dwyer, qui emmènera avec lui en tournée cet automne un groupe bien différent de la machine de précision qui a fait notre bonheur ces dernières années.

C’est ici la raison derrière ce fameux « hiatus » qui a fait les choux gras de Pitchfork et des médias en ligne qui ont du mal à se mettre des scoops sous la dent et font grand cas de peu de choses : ceux qui connaissent bien Thee Oh Sees savaient de toute façon que le groupe ne pouvait pas splitter parce qu’il a toujours été le projet personnel et solitaire de John Dwyer. Comme Mark E. Smith est The Fall, comme E est Eels, John Dwyer est Thee Oh Sees.

Drop est ainsi l’acte fondateur de Thee Oh Sees Mk III (en admettant que la Mk I représentant la période lo-fi folk des débuts), le premier disque que la Mk II « classique » du groupe n’interprétera pas sur scène. Enregistré dans le nouveau studio de Chris Woodhouse à Sacramento avec des amis (notamment Mikal Cronin qui vient jouer du saxophone), The Drop voit Dwyer renouer avec un environnement plus calme que les frénétiques Carrion Crawler / The Dream et Floating Coffin.

En dehors de l’ouverture « Penetrating Eye », aux sonorités presque heavy, l’album est d’un calme assez typique des productions solitaires de Dwyer (« Castlemania » , « Putrifiers II » ) où mélodies prennent le pas sur l’énergie. Les seules titres typiques du « son » Oh Sees (rythmique incessante aux confins du krautrock, guitares insistantes, refrains scandés) tels « Encrypted Bounce » sont, de façon assez notable, moins furieux que ceux conçus en groupe. Le producteur Chris Woodhouse, qui tient ici la batterie et la basse sur l’essentiel des morceaux, ne possède pas la puissance de frappe de la paire Shoun / Dammit.

Drop est ainsi un album de pop psychédélique inspiré par la musique de la fin des années 60. « Savage Victory », avec ses nappes de mellotron évoque « 2000 Light Years from Home » des Rolling Stones. En fin d’album, Dwyer continue d’explorer ses obsessions pour la pop baroque (qui se manifestaient déjà sur l’album précédent avec « Minotaur »). « The Lens », avec son violoncelle et son solo de trompette à la « For No One » des Beatles, et « King’s Nose » avec son clavecin précieux, témoignent de ses envies de classicisme. 

Comme son morceau-titre en témoigne, Drop est un album porté sur les mélodies et les textures psychédéliques. John Dwyer y tente de nouvelles approches et réussit son coup la plupart du temps. Il en résulte un album plaisant, quoique mineur dans le canon du groupe.

  

 

Tracklisting 

01 – Penetrating Eye *
02 – Encrypted Bounce (A Queer Song)
03 – Savage Victory
04 – Put Some Reverb on My Brother
05 – Drop *
06 – Camera
07 – The Kings Nose
08 – Transparent World
09 – The Lens *

 

 

Vidéo

« The Lens »

« Drop » 

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. « Il en résulte un album plaisant, quoique mineur dans le canon du groupe ». C’est ça : j’aime bien écouter un titre ou deux comme ça. Parfois je me fais une face, rarement le disque en entier.

    J’aime beaucoup « Put Some Reverb’ on My Brother » et sa fuzz.

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