CAN – Tago Mago Incontournable

(Spoon 1971)

CAN était un groupe allemand (sans doute le plus célèbre du mouvement Krautrock) qui a livré au début des années 1970 quelques disques prodigieux : ce Tago Mago, mais aussi Ege Bamyasi et Future Days (dont l’intro de la chanson-titre a été allègrement pillée par Air sur Moon Safari). Pour composer et enregistrer ses morceaux, le groupe s’enfermait en studio pour une durée indéterminée ; puis, en s’appuyant sur un début de mélodie ou sur un rythme prédéfini, le groupe se lançait dans de longues improvisations : le travail de découpage et de sélection était fait dans un second temps. La musique enregistrée par CAN n’est donc jamais évidente ; plusieurs écoutes sont parfois nécessaires pour appréhender la richesse de chacun des morceaux. Les rythmes hypnotiques martelés par Jaki Liebezeit évoluent au cours des morceaux, et sont rejoints à l’envi par les autres instruments (Holger Czukay à la basse, Michael Karoli à la guitare et Irmin Schmidt aux claviers).

L’incroyable réussite du disque réside aussi dans le fait qu’aucun des membres du groupe ne cherche à se mettre en avant : chacun participe à l’ensemble de façon inspirée, mais sans se lancer dans d’interminables solos. Le dernier élément qui fait de CAN un groupe unique est sans conteste la présence de l’extraordinaire chanteur, Damo Suzuki, qui utilise sa voix comme un instrument : il dépasse en effet les limites du chant pour pousser des hurlements, tantôt en improvisant (en plus des paroles) d’incompréhensibles suites de sons (de mots ?) souvent inattendues, mais toujours efficaces et touchantes. Autour de cette voix d’aliéné s’organisent des constructions musicales implacables (comme sur « Mushroom « , qui reste peut-être le meilleur morceau enregistré par le groupe).
 
Tago Mago, projet pharaonique sorti dans un ambitieux double LP, est un disque opulent et inclassable : les premiers morceaux (« Paperhouse », « Mushroom » et « Oh Yeah ») sont habités par une force incroyable, qui peut même devenir oppressante et douloureuse, tant la rythmique impitoyable assénée par Jaki Liebezeit s’oppose au hurlements déments de Damo Suzuki. « Halleluhwah », qui s’étire sur plus de dix-huit minutes, est un monument de maîtrise et d’inspiration, hanté par une ligne de basse irrésistible. Les deux morceaux suivants sont plus ouvertement expérimentaux : les multiples découpages, les bandes inversées, les ruptures de rythme et les incantations oppressantes évoquent par certains aspects les Mothers of Invention (sur des morceaux tels que « The Return of the son of Monster Magnet » ou « The Chrome plated megaphone of Destiny ») et Pink Floyd (période Live At Pompei). Après ces deux morceaux, « Bring me coffee or tea » semble presque évidente : cette chanson est la piste plus facile d’accès du disque, après une intro assez calme, le rythme (sous l’impulsion de Liebezeit, batteur absolument extraordinaire) va s’accélérer et permettre à Suzuki de partir dans des envolées impromptues, tandis que la guitare et la basse sont une nouvelle fois impressionnants.
 

Les expérimentations musicales et la démarche choisie par le groupe (Czukay avait expliqué que les trois lettres « C.A.N. » signifiaient « Communism, Anarchism, Nihilism ») font de CAN un groupe culte, et de ce Tago Mago un disque incontournable.

 

 

Liste des chansons :

  1. Paperhouse * 
  2. Mushroom *
  3. Oh Yeah * 
  4. Halleluhwah *
  5. Aumgn 
  6. Peking O 
  7. Bring Me Coffee or Tea *

 

Vidéo : 

« Paperhouse »

 
« Mushroom »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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