AIR – The Virgin Suicides Variations sur un thème

(Record Makers ; 2000) 
 

Bande originale du premier film de Sofia Coppola, The Virgin Suicides est sorti plus de six mois avant que le film n’arrive en salles. Deux ans plus tôt, Godin et Dunckel ont sorti un disque qui a connu un succès immense (Moon Safari), en France et à l’étranger. Ils s’attaquent à l’exercice de la B.O.F. en utilisant un procédé classique, celui des variations autour d’un même thème, que l’on retrouve ici sur « Playground Love » et « Highschool Lover » (mais aussi sur « Bathroom Girl » par exemple), et qui garde une influence plus ou moins évidente sur chacun des morceaux de l’album. Cette technique, véritable exercice de style, leur permet de construire un ensemble homogène, et d’enregistrer ce qui reste à ce jour un de leurs meilleurs disques, et un modèle de B.O.

L’influence de Gainsbourg – souvent revendiquée par Air, est ici évidente : les arrangements des longues suites qui composent The Virgin Suicides rappellent souvent les ambiances évoquées dans L’Histoire de Melody Nelson et L’Homme à tête de chou ; une atmosphère romantique teintée de tragédie, où l’angoisse et la violence sont toujours sous-jacentes. L’ensemble du disque est vertigineux, tour à tour angoissant et fascinant : depuis les envolées étranges de « Dirty Trip », qui semble balayer la chanson. Le duo français a un contrôle total sur sa production, et sait s’entourer de nouveaux venus quand c’est nécessaire ; ainsi, à la demande de S. Coppola, Brian Reitzell tient la batterie (de façon magistrale) sur plusieurs morceaux : « Bathroom Girl », « The Word ‘Hurricane’ », « Dirty Trip », « Dead Bodies » et « Suicide Underground ». La première piste, « Playground Love », le chanteur est un certain Gordon Tracks – en réalité, il s’agit de Thomas Mars, le chanteur de Phoenix, et la partie de saxophone, indissociable de l’univers Virgin Suicides, est assurée par Hugo Ferran. Tous les autres instruments sont joués par Dunckel et Godin, qui affirment avec ce disque un potentiel bien au-delà des prouesses électroniques démontrées sur Moon Safari. Pendant leurs tournées, Air était même accompagné de la section rythmique « classique » d’un groupe de rock, qui assurait une assise et une énergie infaillible aux morceaux les plus rapides, et conservait au groupe une base solide pour les chansons plus lentes, où Godin et Dunckel s’échappaient dans de longues suites instrumentales.

Sur The Virgin Suicides, le groupe démontre un savoir-faire hallucinant, au service d’une créativité indéniable : le travail sur le son est prodigieux sur l’ensemble de l’album ; on pense notamment à « Cemetary Party », mais aussi à « The Word ‘Hurricane’ » et à « Suicide Underground » où des extraits du films sont utilisés – parfois en modifiant la voix du personnage (mais pas toujours). La relation entre film et musique en devient plus forte, et les images du film (excellent, lui aussi) reviennent longtemps après, inlassablement, à chaque écoute de cette B.O.

Pour des disques comme celui-ci, Air gardera toujours une place particulière dans la scène de la musique populaire en France : le groupe est définitivement à classer parmi les grands, au niveau national et international (même si, par la suite, la production du groupe n’a pas toujours atteint ce degré d’excellence).

 

 

Liste des morceaux :

1. Playground Love  *
2. Clouds up    *
3. Bathroom Girl  *
4. Cemetary Party
5. Dark Messages
6. The Word ‘‘Hurricane »  *
7. Dirty Trip
8. Highschool Lover
9. Afternoon Sister
10. Ghost Song  *
11. Empty House
12. Dead Bodies
13. Suicide Underground  *

 

Vidéos :

« Playground Love »

 

 

Vinyle :

AIR - The Virgin Suicides

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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