CHARLOTTE GAINSBOURG – 5:55

Musique d'ambiance

(Because 2006)

5:55 de Charlotte Gainsbourg est de loin l’album dont on a le plus entendu parler en cette fin d’année 2006, celui qui s’est le plus vendu en France et que la presse, dans une belle unanimité, a porté aux nues.

Pourtant, malgré son pedigree parfait (composé par Air, textes de Jarvis Cocker et Neil Hannon, production de Nigel Godrich, filiation avec Serge Gainsbourg), la vérité qui se cache derrière l’énorme machine publicitaire est celle d’un album écrasé par le poids des noms qui y figurent, un disque plutôt dans le haut du panier de la production hexagonale mais loin d’être un chef d’œuvre.

En fait, le principal problème de ce disque demeure son interprète elle-même. C’est un fait, Charlotte Gainsbourg n’a pas de voix. Remarquez, cela n’a jamais empêché sa mère de faire une admirable carrière… mais Serge Gainsbourg savait faire briller ses interprètes. Ici Air, grands admirateurs de ce dernier, semblent pétrifiés par la tâche qui leur incombe. Leurs chansons souffrent d’un problème de taille : ils n’arrivent que rarement dans cet album à sortir de l’univers musical de Serge Gainsbourg, comme si l’album de Charlotte devait s’inscrire dans la lignée de l’œuvre de son père. On retrouve ainsi dans la plupart des chansons de cet album des accointances avec le répertoire familial. « AF607105 » rappelle « La chanson de Slogan » chanté par Jane Birkin, et puis surtout le single « The Songs That We Sing » et la chanson « Jamais » portent en eux la marque d’Histoire De Melody Nelson. Coincidences?

L’autre problème de cet album concerne les chansons qui ne sont pas toutes bonnes, loin de là, comme la chanson-anecdote « Beauty Mark » ou « Tel que tu es ». « Little Monsters » ressemble à un morceau de Talkie Walkie – ce qui n’est pas un compliment –, mille fois entendu. « Night-Time Intermission », « Everything I Cannot See », « Morning Song » n’éveillent que peu d’intérêt.

Si la production sonore est léchée, très travaillée, on a du mal à adhérer aux chansons et à trouver cet album attachant. A vrai dire, seul la chanson-titre « 5:55 », le single « The Songs We Sing » ainsi que l’excellente « The Operation », où Air prennent des risques au niveau sonore et où on les retrouve dans leur splendeur électronique et mélodique, méritent qu’on s’y arrête.

Ce qu’il faut voir ici, c’est qu’au-delà de l’interprète, cet album est en fait un véritable album d’Air (ils écrivent ici tous les morceaux) et encore une fois, le duo Versaillais n’arrive pas à nous convaincre en nous livrant un album à moitié réussi, sans grand éclat. L’album prévu début 2007 aura un enjeu énorme car il répondra à une question simple pour le groupe français : Air comptent ils encore?

 

Tracklisting :

1  5:55     *
2  AF607105
3  The operation    *
4  Tel que tu es
5  The songs that we sing    * 
6  Beauty mark
7  Little monsters
8  Jamais
9  Night-time intermission
10  Everything I cannot see
11  Morning song