THE CRIBS – The New Fellas Brouillon

 (Wichita 2005)

Cela fait un an que le NME essaie de nous vendre le second album des Cribs comme un des meilleurs de 2005. Il a presque fini par nous convaincre après plusieurs mois de doutes… car ce disque ne révèle sa beauté brute qu’après des dizaines d’écoutes.

Au premier abord, ce disque bordélique – bien que plus cohérent que le premier disque du trio – possède certes un charme indubitable avec ses références appuyées à Is This It ? des Strokes et son ambiance do it yourself eighties mais il ne tient pas la route sur la longueur. Le problème majeur tient à l’attitude même du groupe qui consiste à se saboter volontairement en bâclant ses propres chansons. Les Cribs écrivent des belles mélodies mais semblent avoir du mal à les assumer, à dévoiler trop de leur face sensible en les chantant au premier degré. Pour résoudre ce non-problème, ils ont choisi de se planquer derrière une image de fêtards irresponsables et d’enregistrer leur album en le salissant soigneusement. Voix fausse sur certains morceaux, son de guitare tournant à la bouillie, micro qui sature, refrains braillards, tout est ici fait pour sonner authentiquement amateuriste… la première victime en est l’album lui-même. Les Cribs avaient les chansons pour faire un disque magnifique, ils ont choisi de se tirer dans le pied…

Ce travail d’orfèvre pour obtenir une image crade a en tout cas fait son effet : les Cribs sont un groupe très populaire en Angleterre et leur réputation de hooligans leur vaut assez de publicité pour passer toutes les semaines dans les pages du magazine cité plus haut. Leur rejet de la branchitude londonienne – manifesté dans le très bon single d’ouverture « Hey Scenesters » -, leur célébration de la culture pub (cf. la pochette) et leur spectacle live dangereux, limite inquiétant (il ne se passe pas un concert sans que le chanteur Ryan Jarman ne pisse le sang), en font LE groupe des lads britanniques. Un groupe de mecs pour les mecs. Est-ce que ça vaut mieux que de la musique pour minettes? On en est pas sûr…

Si les Cribs sont impressionnants en concert, lors de ces grandes messes débauchées qui célèbrent une certaine idée de l’Angleterre, sur disque, ils sont moins éclatants. Erreur. Ils auraient dû savoir que seuls les disques restent, et The New Fellas ne leur rend pas vraiment justice. Tout au long du disque, on entraperçoit plus un potentiel, des pistes intéressantes, que des chansons achevées. Comme si le groupe avait couché ses morceaux sur enregistrement au plus vite, pour recommencer à tourner. Quelques titres fonctionnent vraiment. « Hey Scenesters » est le tube du groupe, deux doigts tendus aux londoniens par ces Bee Gees du nord (les Cribs sont trois frères, dont deux jumeaux). Le sing-along de « Martell » et ses ho-hé-ho passe très bien entre deux pintes de bitter et « Mirror Kissers » possède une ligne de basse qui claque et une énergie punk bubblegum brouillon contagieuse.

Le véritable créneau des Cribs, c’est le refrain qui tue. La plupart des morceaux fonctionnent sur le même principe. Le morceau type est à l’image de « The New Fellas ». La mélodie commence, plutôt perdue dans le son inégal des instruments, jusqu’à ce qu’explose un refrain imparable, un de ceux qu’on reprend en choeur dans les stades de foot. Toutes les chansons de l’album possèdent un passage marquant qui reste ancré dans un coin de la tête. Ce qui frappe aussi dans The New Fellas, c’est l’influence manifeste des Strokes sur les Cribs. « I’m Alright », « The New Fellas » et « We Can No Longer Cheat You », entre autres, font énormément penser à une chanson comme « Hard To Explain ». C’est peut-être l’ombre des new yorkais qui a poussé le trio à se diriger vers ce son cheap qui caractérise l’album.

Cette quète du lo-fi gâche plus ou moins certains morceaux. Le chant désintéressé de « It Was Only Love » empêche d’apprécier une mélodie rétro agréable, on est frustré à l’écoute de « We Can No Longer Cheat You » où la guitare est étouffée au lieu de claquer et d’emmener le morceau plus haut (on ne compte pas les morceaux où les guitares électriques sont placées à l’arrière plan dans le mix, en fait, elles sont quasi-absentes du disque, à l’exception des meilleurs morceaux).

Au final, on est déçu. Les Cribs ont la capacité innée d’écrire des bonnes chansons pop mais s’en foutent allègrement. Ils préfèrent emmerder tout le monde et continuer à faire les singes avec leurs copains. A l’image de l’album de Babyshambles, The New Fellas est un magnifique catalogue de démos. Certains y trouveront une beauté crue, un dépouillement  admirable. On aurait préféré que les Cribs prennent le risque d’être ambitieux. On a du mal à revenir à un disque brouillon, aussi bons soient les morceaux. Heureusement pour les Cribs, cet album contient assez de chansons pour qu’on y revienne de temps à autre, aux prix de quelques efforts…

 

 

Tracklisting :

1. Hey scenesters! *
2. I’m Alright me
3. Martell *
4. Mirror Kissers *
5. We Can no Longer Cheat you
6. It Was Only Love
7. New Fellas
8. Hello? oh…
9. Wrong Way to be
10. Haunted
11. Things Aren’t Gonna Change

 

Vidéos :

« Hey Scenesters »

 
« Mirror Kissers »
 
 
« Martell »
 

 

Vinyle :

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. Toujours du même avis à propos de ce disque? Parce que cette phrase, par exemple : « On a du mal à revenir à un disque brouillon, aussi bons soient les morceaux. » (il y en a quelques autres qui
    signifient la même chose) me fait penser par exemple à Harlem. Je veux dire par là que ce sont tous les deux des groupes avec de superbes mélodies pop qui se cachent derrière un mur lo-fi. En
    l’occurrence, ce mur ne nuit pas à Harlem. Mais à ce disque des Cribs, nuit-il? Les deux groupes sont comparables ou pas?

  2. moi aussi je le trouve mortel ce disque, et c’est marrant parceque personne n’en parle en france…

    après je comprend le point de vue de l’auteur aussi c’est vrai que le son est crados, mais bon ça me choque pas plus que ça

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