ART BRUT – Art Brut vs. Satan Retour en forme

(Cooking Vinyl 2009)

La trajectoire d’Art Brut est de nouveau à la hausse ! Après un second album en demi-teinte, le groupe d’Eddie Argos avait incontestablement besoin d’un coup de fouet. Il est vrai que le départ de Chris Chinchilla (compositeur de la plupart des morceaux de Bang Bang Rock’n’roll), remplacé au pied levé par Jasper Future avant l’enregistrement de It’s Complicated avait modifié l’équilibre du groupe. Art Brut s’est ainsi exilé à Salem (dans l’état de Washington, près de Seattle), pour enregistrer son troisième album avec Frank Black et tenter de se retrouver une identité en tant que groupe et non en tant que backing-band d’Eddie Argos.

Art Brut vs. Satan bénéficie grandement de la production punk assurée par la légende vivante des Pixies qui a su saisir l’essence du groupe. Soudé et dynamique, Art Brut semble ainsi avoir retrouvé de son allant et renoue avec l’énergie communicative de ses débuts, qui faisait défaut sur l’album précédent. En pleine confiance, c’est un Eddie Argos en verve qui braille sur les nouveaux morceaux du groupe et livre des aphorismes plus drôles les uns que les autres. Pour le meilleur et pour le pire, il continue de parler de sa vie quotidienne et de s’exposer sans honte, avec toujours ce côté un peu exhibitionniste.

Plusieurs chansons traitent des soirées de débauche et d’éthylisme – un sujet récurrent dans le rock’n’roll s’il en est – qu’Eddie Argos démystifie avec humour, comme l’excellente « Alcoholic Anonymous » (avec ce drôlissime « there’s so many people I might have upset / I apologize to them all with the same group text »), et surtout « What A Rush », un des meilleurs moments de l’album, avec son riff agressif, ses choeurs étranglés, et quelques idioties telles que « I can’t believe those things we did, especially now I’m sober ».

Adulescent revendiqué, Argos chante des choses désuètes comme son amour des comics et des milkshakes, ses meilleurs compagnons en période de crise (dans « DC Comics & Chocolate Milkshakes »), mais tombe quelque fois dans le piège de la chanson-anecdote. C’est le cas pour « The Passenger », dans laquelle Argos se présente comme un observateur amusé du monde qui l’entoure, avec un texte peu inspiré (« some people hate the bus, not me, I can’t get enough ») ou « Summer Job » inintéressante aussi bien musicalement que dans le texte. On le préfère quand il se met à nu et livre ses petites lâchetés (comme lorsqu’il explique le stress qui lui procure la parade amoureuse dans « Am I Normal ? » : « deep breath, stay calm, try to hide those sweaty palms ») ou lorsqu’il narre ses déboires nocturnes dans « Mysterious Bruises ».

Un des aspects intéressants de l’album concerne son côté revendicatif. Argos y explique ce qu’il aime dans le rock, notamment dans « Slap Dash For No Cash »[i] dans laquelle il entonne « Slap dash for no cash / those are the records I like /… / when something doesn’t sound quite right » (on est d’accord avec lui). Cette même chanson pose une question essentielle concernant la scène rock britannique actuelle (« Why is everybody’s trying to sound like U2? It’s not a very cool thing to do »), à laquelle Argos n’arrive pas à répondre plus que nous. Plutôt que de s’arrêter sur ce mystère, il enchaîne sur une chanson dédiée aux Replacements dans laquelle il s’étonne de ne pas avoir découvert ce groupe plus tôt  (« I can’t believe I’ve only just found out about the Replacements / Some of them are nearly as old as my parents! ») et distille un conseil en filigrane : achetez des vieux disques d’occasion, c’est toujours mieux que les groupes actuels sans intérêt.

Son dédain envers le grand public qui écoute de la soupe en masse atteint son sommum sur « Demon’s Out » qui donne son titre à l’album. Argos y fait une déclaration de foi fracassante : « the record-buying public / we hate them / this is Art Brut vs. Satan ». Ce morceau fait un peu écho au « Don’t buy your records in the supermarkets » de « Formed A Band » et sonne un peu comme un aveu d’impuissance pour Art Brut. En 2005 Argos se voyait à Top Of The Pops et annonçait avec grandiloquence (et humour bien sûr) « I’m gonna write a song as universal as Happy Birthday ». Ses illusions perdues (« a lesson learned, and learned hard »), il lève deux doigts en direction des acheteurs d’albums populaires, avec une certaine amertume (« How can you sleep at night when nobody likes the music we like  / How am I supposed to sleep at night when no-one likes the music we write »), présentant Art Brut comme les défenseurs d’une musique de qualité. Il va sans dire que ce discours sonnerait creux et imbécile si Art Brut vs. Satan était un mauvais disque. Heureusement pour son génial leader, cet album est à la hauteur de ses prétentions.

 

 

Tracklisting :

1. Alcoholics Anonymous  *
2. DC Comics and Chocolate Milkshake   *
3. The Passenger
4. Am I Normal?
5. What a Rush   *
6. Demons Out!
7. Slap Dash for No Cash   *
8. The Replacements   *
9. Twist and Shout
10. Summer Job
11. Mysterious Bruises

Le MySpace du groupe : www.myspace.com/artbrut
Le blog officiel d’Eddie Argos (très drôle) : http://the-eddie-argos-resource.blogspot.com/

 

La vidéo de « Alcoholic Anonymous » :


[i] Dont le titre signifie en gros « Fait à l’arrache pour pas un rond »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. il suffit de regarder le nombre de caractère en italique dans cet article (les citations) pour comprendre a quel point les textes sont importants pour bien apréhender un disque d’Art Brut, car même sans être toujours spécialement bons ou poétiques (loin de là) il contribuent incroyablement a l’interêt des chansons, c’est indéniable. En tout cas ce nouvel album fait terriblement plaisir aux oreilles! Un morceau d’Art Brut se reconnait en a peu près 12 secondes chrono, la preuve que même s’ils n’ont pas écrits tellement de chef-d’oeuvre, ce groupe a su se fabriquer une identitée extremment forte et marquée, et ne pas se noyer dans la masse, et ca, c’est vraiment fort.

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