SHAPES HAVE FANGS – Dinner In The Dark La relève d'Austin

(The Reverberation Appreciation Society 2011)

A l’instar de San Francisco, Austin est la ville la plus active du moment en matière de rock’n’roll. La scène y est riche, variée, la compétition acharnée. Deux compilations témoignent ainsi de la bonne santé de la production locale (Casual Victim Pile vol. 1 & vol.2 dont le nom est une anagramme de Live Capital Music, le surnom donné à la capitale du Texas), et de nombreux groupes figurent parmi les têtes d’affiche du rock underground américain : Harlem, Strange Boys, Woven Bones, Bad Sports, Black Angels, la liste est longue.

Parmi les groupes emballants viennent Shape Have Fangs qui savent conjuguer beat psyché et racines bluesy, dans la lignée des Strange Boys et Black Lips des débuts. Dès les premières secondes l’album, on ne peut qu’être à genoux devant le talent du groupe : « Dinner In The Dark », qui donne son titre au disque, possède à la fois le son, l’énergie, l’originalité et la classe. Les fantôme des Shadows Of Knight et des Seeds1 flottent sur ce morceau fantastique qui démarre Dinner In The Dark de la meilleure des augures. Peu d’albums en 2011 ont flanqué une telle gifle en début de rotation.

Par la suite malheureusement, le groupe s’épuise un peu vite. Il apparaît rapidement que le groupe est très doué dans l’art délicat du revival, mais qu’il manque un peu de ce grain de folie qui fait les grands groupes garage. Ainsi, les quelques exercices de style que sont « The Desert » ou « Rattle & Confuse Me » sont interprétés avec brio mais ne génèrent aucune excitation irrationnelle chez l’auditeur. C’est bien foutu, mais c’est bien trop sage.

Comme le démontrent les bombinettes garage-punk que sont « Dead Wait » et « Ghost In The Mirror » c’est souvent l’énergie qui vient sauver la mise des groupes en manque de génie. « Cry Baby » en est l’exemple-type : ça vient relancer le disque, et ça doit surement bien fonctionner sur scène, mais peu de chances qu’on s’en souvienne dans un an. Le groupe touche quelque chose de plus intéressant lorsqu’il s’affranchit des structures classiques et s’aventure dans l’errance de cowboy de « Cryin’ Eyes » ou dans la country déglinguée de « Shapes Theme ». On y entend le groupe tenter des choses, se planter un peu aussi, mais cette ouverture salutaire est porteuse de beaucoup d’espoirs pour l’avenir.

Ce que démontrent Shape Have Fangs sur Dinner In The Dark, c’est qu’ils possèdent le son et l’attitude, cette science précieuse du rythme beat, mais aussi que leurs chansons manquent un peu d’originalité pour le moment. Maintenant qu’ils ont prouvé qu’ils avaient la maîtrise du son et des codes du genre, il ne leur reste plus qu’à écrire des grands morceaux. S’ils y parviennent, on tiendra là un des meilleurs groupes de garage-rock du pays.

  

 

Tracklisting : 

1         Dinner In The Dark *
2         Rattle & Confuse Me        
3         The Desert (Has A Place For You)        
4         Terlingua *
5         Cry Baby        
6         Ghost In The Mirror        
7         The Spoils        
8         Shapes Theme/Only Blood        
9         Dead Wait        
10       Sulphur & Mercury        
11       Cryin Eyes*

1 Pas de hasard : le groupe officiait avec Sky Saxon peu avant sa mort

 

Vidéos :

« Rattle & Confuse Me »

« The Desert »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

7 Comments

  1. je me decide enfin à laisser un commentaire aprés plusieurs années de lecture assidue de ce magnifique blog, pour me permettre un conseil amical, c’est-à-dire l’écoute de l’album de Pangea
    « Living dummy » sur Burger Record . Longue à vie Planet Gong !

  2. Et il est pas mal placé dans le CDB, ce Shapes Have Fangs, 15° à égalité… oui, c’est une manière même pas déguisée de te demander, comme chaque, année, tes notes, parce que là, on est dans
    la dernière semaine !

    Tu as aussi ton titre de « psycho du CDB » à défendre… et tu étais bien parti, en début d’année, avec une flopée de mauvaises notes… tu as déjà noté Radiohead, The Dirtbombs, The
    Kills, Cascadeur, Anna Calvi… et Tim Cohen pour ta seule bonne note.

    (bien entendu, tous ceux qui veulent participer peuvent aussi le faire, c’est par là que ça se passe : http://classementdesblogueurs.fr/WordPress3/2012/01/21/cdb-2011-episode-41/#comment-2758 )

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