BRIX & THE EXTRICATED – Part. 2 Après la chute

(Blang Records 2018)

Mark E. Smith est mort. Le dernier des véritables punk, bien plus misanthrope que tous les Johnny Rotten du monde, bien plus prompt à se mettre en danger et à se saborder pour mieux renaître, a fini par payer ses années d’excès et d’autodestruction. Ses reins et ses poumons ont fini par le lâcher – sans surprise – et le monde du rock a perdu un de ses héros.

S’il lègue à ses fans une œuvre immense et d’une profondeur parfois effrayante, son héritage et son influence se manifeste dans des recoins insoupçonnés. Le dernier exemple en date est cet album de Brix & The Extricated, sorti fin 2017, soit quelques semaines avant le décès de Smith. Quel rapport avec ce dernier ? Tous les membres du groupe  (ou presque) sont des ex-The Fall. Brix Smith, la chanteuse vamp du groupe, en fut la charismatique guitariste durant la majeure partie des années 80. Elle fut aussi l’épouse de Mark E. Smith à cette même époque.

Brix est ainsi une légende dans l’imaginaire Fallien, un personnage clef de l’histoire du groupe (qui a par ailleurs livré un magnifique éloge du disparu dans le quotidien anglais The Guardian). Une Courtney Love avant l’heure qui revient de nulle part après des décennies d’absence et livre un album étonnant. 

Soyons clairs : on ne s’attendait pas à ce que ces aimables quinquagénaires qui n’avaient pour pedigree que celui d’avoir croisé quelque temps la trajectoire d’un génie avaient quoi que ce soit d’intéressant à raconter. Au vu de la pochette, on avait même des envies de zapper le dossier. On espérait au mieux ne pas avoir droit à une pâle copie de The Fall. On ne se doutait pas que Brix et ses Extricated proposeraient une powerpop lumineuse et finement ciselée. 

Porté par la section rythmique formée par les frères Hanley – le bassiste Steve est d’ailleurs co-auteur de certains des morceaux les plus emblématiques de The Fall –, le groupe possède une assise solide qui donne toute latitude à Brix Smith d’envoyer ses textes vachards avec une morgue certaine. Quant au seul non-Fall Jason Brown, son jeu de guitare sur des titres tels que « Pneumatic Violet », « LA » ou « Feeling Numb »est d’une précision admirable. C’est simple, catchy et extrêmement bien foutu. On est bien loin des groupes de vieux rockers qui se croient rebelles parce qu’ils jouent deux fois par mois dans des bars et sortent pour l’occasion leur chemise paisley et leurs lunettes de soleil. Certes, les membres de Brix & The Extricated ne sont pas frais, mais ils ont encore des choses à dire.  

Brix & The Extricated ne révolutionnent rien ici mais proposent onze chansons qui, grâce à l’habileté des musiciens et la personnalité de leur interprète ne sonnent jamais balourdes. Mieux, le groupe parvient même avec « Moonrise Kingdom » à pondre une vraie chanson pop planante (digne du Temples des débuts, celui qui était intéressant) et un vrai titre digne de The Fall (« Something To Lose »). Le groupe propose d’ailleurs (forcément) quelques reprises de Mark E. Smith dans son tour de chant. On y entend les meilleures versions sur le marché de « Totally Wired », « 2 x 4 » et « Big New Prinz ».

 

Tracklisting

  1. Pneumatic Violet *
  2. Feeling Numb
  3. Something to Lose *
  4. Hotel Bloedel
  5. Damned for Eternity
  6. Moonrise Kingdom *
  7. Teflon
  8. Valentino
  9. LA
  10. Time Tunnel
  11. Hollywood

 

Vidéo

« Something To Lose »

 

« Moonrise Kingdom »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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