PINK FLOYD – The Endless River Vieilles formules

(Parlophone 2014)

On doit vous faire une confidence : chez PlanetGong on adore Pink Floyd. Attention hein, on ne s’arrête pas à la période Barrett – bien qu’on ait causé que de The Piper At The Gates Of Dawn et A Saucerful Of Secrets sur le site : on est capable de s’enfiler les 22 minutes d’ « Echoes » sans ciller, d’apprécier les titres expérimentaux d’Ummagumma à jeun et même d’apprécier la sophistication clinique de Dark Side Of The Moon. Bref, les disques du groupe tournent régulièrement sur notre platine (enfin, jusqu’à The Wall) et lorsqu’en fin d’année 2014 le groupe a annoncé qu’un nouvel album allait sortir, notre curiosité a été piquée. 

Le souffle est retombé rapidement. Il faut dire que les premières infos étaient effrayantes. Quand on a su que The Endless River allait être composé à partir de chutes de studio de The Division Bell, on a commencé à s’inquiéter sérieusement. Le dernier album du groupe, sorti en 1994, était insipide et contenait le genre de musique qu’on entend en arrière-plan des salons de yoga. Idéal pour ouvrir les chakras des sexagénaires en chemisette, mais d’un ennui mortel pour quiconque est indifférent à la production chromée des instrumentaux de David Gilmour.

Malgré tout on a décidé de laisser une chance à The Endless River, dont la pochette à la symbolique un peu lourde n’augurait rien de bon, et on l’a fait tourner (non pas sur la platine mais en mp3, faut pas déconner). Dès les premières notes, difficile de ne pas tiquer. Le premier titre « Things Left Unsaid » refait le coup des dialogues en arrière-plan de « Dark Side Of The Moon » avant que « It’s What We Do », le premier véritable morceau de l’album, ne propose une variation à peine déguisée de « Shine On You Crazy Diamond ». Le groupe s’auto-cite en exhumant une formule qui a bien marché il y a 40 ans. C’est un peu triste – et même un peu risible – car cela donne l’impression que le groupe cherche à rassurer les vieux fans. On sait bien qu’il y a longtemps que Pink Floyd n’a rien produit, et on attendait certainement pas qu’ils proposent un album avant-gardiste, mais on ne les imaginait pas sombrer dans la nostalgie facile. Pour sûr, les fans ont adoré, dans un superbe élan pavlovien, écouter une variation inutile sur un des titres phares du groupe. Pour sûr, ça sonne Pink Floyd. Tellement même que ça vire au pastiche. Un peu plus tard dans l’album – après deux morceaux prétendument planants mais essentiellement composés de vide – le groupe s’attaque à refaire « One Of These Days » (sous le titre « Sum ») avant d’offrir avec « Anisina » un titre inspiré de la face B de Dark Side Of The Moon, et avec « Surfacing » un ersatz d’Animals

Entre chacun de ces morceaux, le groupe n’oublie pas de coller quelques plages avec du synthé qui imite le bruit du vent et des guitares qui évoquent des cris de mouette. A tout moment on s’attend à entendre une voix dire au premier plan « Fermez les yeux… Respirez en cadence... » Outre ces passages zen lénifiants, l’album contient quelques titres simplement irritants, tel le spoken word prétentieux de « Talkin’ Hawkin' » où le célèbre scientifique Stephen Hawking donne une leçon de vie devant des accords appuyés avec grandiloquence. 

Le pire dans tout cela, c’est qu’en proposant cet album bancal Pink Floyd boucle sa carrière sur une courbe ascendante. Malgré tous ses défauts, The Endless River est un bien meilleur album que A Momentary Lapse Of Reason et The Division Bell. On prend même plus de plaisir à l’écouter que l’oppressant The Final Cut, uniquement parce qu’il fait tourner à fond la mécanique de la nostalgie et parvient par ce biais facile à toucher par moment notre coeur de midinette vieux fan aguerri. Il faut toutefois reconnaître qu’avec « Louder Than Words » le groupe propose sa meilleure chanson depuis « Comfortably Numb » (qu’elle calque un peu, il faut avouer). Pas de quoi s’enthousiasmer plus que de nécessaire, mais  au moins Pink Floyd aura réussi sa sortie.

Quel dommage seulement que le groupe n’ait pas été plus aventureux, moins gestionnaire de son patrimoine. On aurait aimé voir Roger Waters impliqué, même symboliquement, en invité, histoire que l’histoire soit plus belle. Il y aurait certainement eu de la tension, quelques étincelles, ce qui aurait rendu cet album bedonnant un peu plus vivace. Car s’il y a presque un demi-siècle, Pink Floyd s’est fait un nom en explorant l’inconnu et s’est attiré ainsi la loyauté de millions de jeunes gens prêts à les suivre dans leurs voyages cosmiques, The Endless River est un album destiné aux fans qui les suivent depuis cette époque mais ont depuis longtemps cessé de chercher l’aventure et préfèrent regarder leurs vieux albums photo. Un disque pour baby-boomers nostalgiques, ces gens prêts à acheter très cher les coffrets onéreux du groupe préféré de leurs années lycée, mais un ajout au canon de Pink Floyd loin d’être indispensable.

 

 

Tracklisting

1.     Things Left Unsaid
2.     It’s What We Do *
3.     Ebb and Flow
4.     Sum
5.     Skins
6.     Unsung
7.     Anisina
8.     The Lost Art of Conversation
9.     On Noodle Street
10.     Night Light
11.     Allons-y (1)
12.     Autumn ’68
13.     Allons-y (2)
14.     Talkin Hawkin’
15.     Calling
16.     Eyes to Pearls
17.     Surfacing
18.     Louder Than Words *

 

 Vidéo

« Louder Than Words »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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