THE BLACK KEYS – Dropout Boogie

Vivants

(Nonesuch 2022)

Surprise ! Un an à peine après les jams de Delta Kream, le duo d’ Akron revient avec un nouvel album et une sérénité retrouvée. 

Quand en 2011 les Black Keys avaient publié Brothers, l’album qui leur a ouvert les portes d’un improbable succès international, Dan Auerbach et Pat Carney avaient choisi ce titre pour affirmer haut et fort leur lien indéfectible après une brouille qui avait failli avoir la peau du groupe. A l’époque Carney ruminait son divorce, Auerbach avait ressenti le besoin de s’évader en solo, le frangins ne se comprenaient plus.
 
Brothers avait été un album de retrouvailles, de mise au point les yeux dans les yeux, et de réinvention soul. Son succès et celui des albums suivants avait fait des Black Keys un groupe sous pression, attendu à chaque tournant pendant une décennie. Chaque disque devait être plus fort et plus ambitieux que le précédent. Après un El Camino aux nombreux tubes pop, l’armure avait commencé à se fendre sur Turn Blue, disque étrangement psychédélique et planant, avant un Let’s Rock! foiré dans les largeurs qui montrait que le groupe était arrivé au bout d’une certaine formule. 
 
C’est à cette époque là que Dan Auerbach a commencé à trouver son épanouissement dans son studio Easy Eye, à produire des artistes chers à son coeur, passant de Sonny Smith et Shannon Shaw à Dr John sans ciller, prenant une position en arrière-plan au sein de The Arcs, préférant la position d’accompagnant aux lumières des spotlights.
 
C’est ains que l’envie est revenue peu à peu, jusqu’à 2001 et ce Delta Kream, album de reprises blues enregistré en trois jours de façon inopinée, à la cool. Un accident heureux (causé par la présence à Nashville de Kenny Brown, guitariste de R.L. Burnside) qui avait beaucoup plu à Patrick Carney et Dan Auerbach qui ont adoré l’expérience car elle montrait une forme de retour aux sources : deux potes qui se retrouvent pour jouer du blues, sans pression, à l’ancienne, avec des invités dans leurs petits souliers, sans interférence des studios aux attentes immenses. Un disque à l’approche live, vivant, imparfait mais who cares ?
 
De cette expérience rafraichissante, le groupe a retrouvé une forme d’enthousiasme, une envie de faire de la musique ensemble. C’est pour cela que Dropout Boogie a été conçu selon la même approche que Delta Kream. L’accent est porté sur le plaisir de jouer, l’envie d’immédiateté, le fun, l’instinct. Evidemment, cela transparait sur l’album qui montre les Black Keys plus décontractés que jamais, invitant des vieux potes à se joindre à la fête, à l’image de Billy Gibbons (“Good Love”) et surtout de Greg Cartwright (de Reigning Sounds et Oblivians, of course) qui intervient sur trois morceaux qui –  hasard ou coïncidence ? – sont les trois meilleurs de l’album. Parmi eux, “Wild Child” qui ouvre l’affaire en mode classic rock avec un riff gras comme le groupe sait les faire. Ça n’invente rien mais c’est bien fichu et efficace. Le reste de l’album s’écoute sans déplaisir. Les mélodies sont bien troussées (pas étonnant, le groupe s’est adjoint les services d’Angelo Petraglia, ghostwriter renommé dans l’industrie du disque qui a notamment co-écrit l’essentiel du premier album des Kings Of Leon, pour quelques chanson ici) et interprétées avec enthousiasme (“For the Love of Money”). 
 
Parfois le boogie est un peu lourd (“Your Team Is Looking Good”), et l’intervention de Billy Gibbons sur “Good Love” n’est pas le moment le plus passionnant de l’album. On a aussi droit à un titre qui flirte avec le plagiat (“Burn the Damn Thing Down”, qui rappelle un peu trop “The Ballad Of John & Yoko”), mais malgré tout (et contre toute attente il faut bien le reconnaître), Dropout Boogie n’est pas un album chiant. C’est tout ce qu’on demande à un album des Black Keys aujourd’hui. Ce n’est pas pour autant qu’on ira dépenser 75€ pour aller les voir, mais on est heureux de voir que la machine tourne toujours. 
 
 
 

 

Tracklisting :

  1. Wild Child *
  2. It Ain’t Over
  3. For the Love of Money
  4. Your Team Is Looking Good
  5. Good Love
  6. How Long
  7. Burn the Damn Thing Down
  8. Happiness
  9. Baby I’m Coming Home
  10. Didn’t I Love You

 

Vidéo :

“Wild Child”

 
 
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