THE RACONTEURS – Help Us Stranger

Comeback réussi

(Third Man 2019)

C’est vraiment la dernière chose à laquelle on se serait attendu : un bon album de Jack White.

On l’a aimé, on l’a chéri… On lui doit tant ! Et son travail en tant que patron de label avec Third Man est formidable (même si les têtes pensantes du catalogue vinyle, Ben Blackwell et Dave Buick, en sont sans doute bien plus responsables). Mais il faut reconnaître que ça fait une paye que Jack White ne nous a pas ému sur disque, avec n’importe lequel de ses projets et groupes.

On ne sait pas vraiment ce qui est le pire de sa carrière solo ou de The Dead Weather, avec lesquels il rivalise de nullité, mais Jack White traverse un tunnel d’inspiration depuis quelques années. Il aura tout essayé, jusqu’à s’isoler du monde complètement, afin de retrouver sa muse, mais celle-ci se refuse à lui depuis la fin des White Stripes.

Et puis un jour les raconteurs se sont rappelés à notre souvenir. On avait presque oublié leur existence mais une récente réédition de Consolers of the Lonely a réveillé notre mémoire. On les avait rangé au rayon des bons souvenirs, mais ce rappel à l’ordre cachait en réalité un projet bien plus intéressant : le retour du groupe après dix années de pause.

On l’avoue sans détour : ce come-back qui a fait la une de tous les magazine de presse rock ne nous a pas ému plus que ça, et on a longtemps boudé ce Help Us Stranger. On avait, croyait-on, d’autres chats à fouetter et de bien meilleurs groupes à écouter. Quand on s’est finalement décidé à le passer sur notre platine, la surprise n’en fut que plus grande : ce disque est excellent. Brendan Benson était-il ce binôme dont Jack White avait désespérément besoin pour produire à nouveau une musique enthousiasmante ? Il semblerait car pour la première fois depuis longtemps on retrouve un Jack White passionné et passionnant. Heureux, on a presque envie d’écrire.

Toutes les chanson ici (à l’exception d’une reprise de “Hey Gip (Dig The Slowness)” de Donovan) sont co-écrites par les deux compères, accompagnés bien évidemment de la section rythmique des Greenhornes (Patrick Keeler à la batterie et le binoclard Jack Lawrence à la basse. On retrouve même Dean Fertita (des regrettés Waxwings, devenu depuis un des piliers des Queens Of The Stone Age et de Dead Weather) au claviers.

Help Us Stranger est ainsi un disque de rock, à l’ancienne serait-on tenté de dire, car le groupe y propose la même approche que pour ses albums précédents. Celle d’un rock empli de classicisme, où les structures des chansons surprennent peu mais où le savoir-faire est impressionnant. On retrouve avec joie des mélodies emballantes aux refrains explosifs, où White se montre totalement décomplexé du solo de guitare (et vient nous rappeler quel soliste il peut être quand il se fond dans un groupe).

L’album s’ouvre sur un titre enlevé qui témoigne immédiatement de l’envie que le groupe semble avoir retrouvée : »avec son riff cinglant, son refrain powerpop gagnant, « Bored And Razed » séduit immédiatement. Le jeu de mots de titre (sur l’expression born and raised) montre même que le groupe retrouve un côté joueur, qu’on sent par ailleurs à divers endroits, à l’image de ce faux saut de disque situé au début de « Help Me Stranger ». La suite n’est qu’une succession de chansons pop enrobées de guitares, pour la plupart excellentes, à l’image de la tubesque « Help Me Stranger » ou de « Shine A Light On Me ». Certes, le groupe s’enlise parfois dans une lourdeur qu’il aurait pu éviter (« Don’t Bother Me », la reprise pas futée de « Hey Gip », le pastiche stonien de « Sunday Driver », « What Is Yours Is Mine » qui sonne comme un inédit de Dead Weather) mais brille dès que les chansons respirent et son portées par des harmonies subtiles. On retrouve bien évidemment quelques ballades bien fichues (« Only Child », « Somedays (I Don’t Feel Like Trying », l’ultime « Thoughts And Prayers ») qui s’approchent dangereusement de l’americana mais apportent des respirations bienvenues.   

Contrairement à son dernier album solo, Jack White paraît focalisé sur des choses simples – une mélodie, des harmonies, des solos de guitare – et n’essaie jamais d’en faire trop ou de réinventer la roue. Less is more. C’était son mot d’ordre il y a vingt ans avec les White Stripes, et ça faisait une éternité qu’il ne l’avait pas mis en pratique. Le mérite en revient sans doute à Brendan Benson, qui n’est pas du genre à s’éparpiller. En retrouvant son vieux complice, White est ainsi redevenu pertinent sur disque. Qui l’eut cru ?

 

Tracklisting

  1. Bored and Razed *
  2. Help Me Stranger *
  3. Only Child
  4. Don’t Bother Me
  5. Shine The Light On Me *
  6. Somedays (I Don’t Feel Like Trying)
  7. Hey Gyp (Dig the Slowness)
  8. Sunday Driver
  9. Now That You’re Gone *
  10. Live A Lie
  11. What’s Yours Is Mine
  12. Thoughts And Prayers *

 

Vidéos

« Bored And Razed »

« Somedays (I Don’t Feel Like Trying) »

« Now That You’re Gone »