QUEENS OF THE STONE AGE – Songs for the Deaf Expérience traumatisante

(2002 Interscope)

Deux ans après la sortie de l’excellent Rated R, qui valut aux QOTSA un succès relativement important, le groupe de Josh Homme et Nick Oliveri revient avec un album qui implique une nouvelle fois de nombreux collaborateurs : Mark Lanegan est là (c’était déjà le cas sur le disque précédent), mais aussi Dave Grohl, qui a fait une parenthèse avec les Foo Fighters pour venir tenir la batterie des QOTSA, pendant environ six mois[1]. Sorti à l’été 2002, Songs for the Deaf est le sommet de la discographie des QOTSA, l’album qui a fait passer le groupe du statut de groupe culte indépendant en une formation rock exceptionnelle, capable de concilier succès populaire en restant fidèle à sa démarche originelle. Le travail effectué sur le son est dément ; et la puissance de certains morceaux est simplement prodigieuse. Eric Valentine (producteur des Dwarves), mais surtout Josh Homme lui-même ont perfectionné le son du groupe jusqu’à en faire un véritable raz-de-marée sonore.

L’impression de maîtrise est frappante, d’un bout à l’autre de ce concept album, présenté comme un voyage en voiture à travers le désert californien. Ce concept est l’occasion pour le groupe d’enregistrer (ou de faire enregistrer par des amis) des introductions originales aux morceaux. C’est aussi une façon pour les connaisseurs des enregistrements de Josh Homme de découvrir de nouvelles versions de quelques pistes issues des Desert Sessions (« You Think I Ain’t Worth a Dollar, But I Feel Like a Millionaire »« Hangin’ Tree »)  ou de sessions diverses. Le disque est aussi chargé de références diverses, parfois explicites (la reprise d’ « Everybody’s gonna be happy » des Kinks, en piste bonus de la version européenne), parfois plus discrète (l’intro de « Song for the dead », jouée à la batterie, reprend ainsi « Slip it in » de Black Flag). Le groupe n’hésite pas non plus à faire référence à un de ses morceaux les plus célèbres et les plus scandaleux, « Feel Good Hit of the Summer », quand il en livre une version abrégée à la fin de « A song for the deaf ».  

Le disque en lui-même est d’une richesse hallucinante. Dans des styles différents, les pistes s’enchaînent comme dans un rêve… Un rêve sombre, oppressant et violent. La rythmique est lourde, et lorsque le tempo ralentit, ce n’est jamais au détriment des morceaux, et souvent pour repartir de plus belle assez rapidement (comme par exemple « The Sky’s a-fallin’ »). « Six Shooter », emmenée par Oliveri, est le témoin des compos du bassiste au comportement scénique spectaculaire : une minute trente de furie, qui font place nette pour un morceau plus lent « Hangin’ Tree », où Lanegan annone le refrain sur une mélodie cyclique parfaitement maîtrisée. Plusieurs morceaux de QOTSA reprennent cet élément de répétition : le groupe continue à jouer, dans une spirale qui semble sans fin, jusqu’à ce que son message soit passé… Cette répétition étant associée à une parfaite maîtrise instrumentale et à un grand talent pour concevoir des structures de morceaux implacables, le résultat est là, indéniable : on ne ressort pas indemne de l’écoute des chansons enregistrées par Queens Of The Stone Age. Le groupe prend le temps de mettre en place ses chansons : « No One Knows » et « God is in the Radio » sont deux illustrations de la parfaite maîtrise du groupe à parvenir à ses fins de manière brillante.  

Malgré cette diversité de styles, l’ambiance globale du disque fait unité : on retrouve plusieurs similitudes de structures (« The Sky is Fallin’ », « Go with the Flow », « Gonna leave you ») et d’orchestration : chœurs, solos distordus, batterie énorme, basse abrutissante qui accompagnent des refrains sans cesse plus percutants. « Do it Again » pousse cette logique un peu plus loin, avec une boucle de guitare qui tourne autour du chant de Josh Homme. Ce disque est une pure merveille, et ne contient aucun mauvais morceau. Au-dessus des autres pistes du disque trônent cependant deux chansons : « No One Knows », démonstration parfaite du style du groupe, dévoué à son rock violent et emmené de main de maître par Homme, et « A song for the Dead », sur laquelle Lanegan pose sa voix démente au milieu d’un déchaînement sonore. Dans une débauche d’énergie et de violence, chaque membre du groupe semble vouloir se mettre en avant sur cette piste exceptionnelle… Le chant apparaît comme le seul élément stable de cette chanson qui est en réalité une démonstration de la précision et de l’efficacité des QOTSA.

  

 

Liste des chansons :

  1. You Think I Ain’t Worth a Dollar, But I Feel Like a Millionaire * (Homme, Lalli)
  2. No One Knows * (Homme, Lanegan)
  3. First It Giveth  (Homme, Oliveri)
  4. A Song for the Dead * (Homme, Lanegan)
  5. The Sky Is Fallin’ (Homme, Oliveri)
  6. Six Shooter (Oliveri, Homme)
  7. Hangin’ Tree * (Johannes, Homme, Lanegan)
  8. Go with the Flow * (Homme, Oliveri)
  9. Gonna Leave You (Oliveri, Homme)
  10. Do It Again (Homme, Oliveri)
  11. God Is in the Radio * (Homme, Oliveri)
  12. Another Love Song * (Oliveri, Homme)
  13. A Song for the Deaf * (Homme, Lanegan, Oliveri)
  14. Mosquito Song (Homme, Oliveri)
L’album sur Deezer : www.deezer.com/#music/album/212376

 

Quelques vidéos :

« Go With The Flow »

 
« No One Knows » 
 

 

« First It Giveth »

 


[1] Dave Grohl a joué pour la première fois avec Queens Of The Stone Age le 7 mars 2002 à Los Angeles, et pour la dernière fois au Fuji Rock Festival, le 28 juillet de la même année.

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

12 Comments

  1. Un album extraordinaire, un album générationnel… Mais quelle serait votre liste des meilleurs albums des années 2000 justement ? On est en 2009, on manque peut être e recul encore, mais y a quand même moyen d’en trouver quelques uns (histoire de penser aux futur top à poster sur les 4 coins du web le 1/1/2011 :D).

    E

  2. bon je vais tempéré, c’est bien fichu intéressant, ça soulève de bonne question, mais je pense quand même que l’analyse est un peu biaisée et manque de recul sur les 00s (en tout cas j’arrive pas du tout aux mêmes conclusions)
    anyway, même si je suiis pas tjs ok, c’est un blog qui a le mérite de proposer un vrai truc!

  3. C’est étonnant mais c’est mon album des QOTSA que j’aime le moins. Je n’arrive pas à rentrer dedans, ou plutôt à rester dedans. Je le trouve trop décousu, et je n’arrive pas à suivre l’ensemble comme un tout avec ses logiques de transition, etc. 
    Surtout, certains morceaux un peu ballades cassent trop fortement le rythme, parce que trop intimistes et pas assez porteuses de la lourdeur inquiétant que ces même « ballades » portent en elles et font ressentir dans Rated R ou Lullabies.

    Est-ce aussi une sophistication excessive pour moi, alors que j’aime le stoner et ses racines (depuis Led Zep et Black Sabbath jusque QOTSA en passant par Monstermagnet) une approche plus baroque et revêche ? Mon explication est assez bancale, mais c’est surtout du ressenti. Écoutant QOTSA depuis le premier album (je suivais les larrons dans Kyuss et autres), Song for a deaf s’est trouvé par trop décalé dans l’ensemble, et Lullabies m’a ramené dans le giron des deux premiers albums avec une telle joie qu’il en est devenu mon album fétiche du groupe (peut-être pas le meilleur dans l’absolu, amis indubitablement mon alpha et mon oméga de QOTSA, l’album que je garderai sur une île déserte pour tout le rock dur de tous les temps, sans problème).

  4. il faut que vous fassiez un article sur le premier album des QOTSA, qui et je ne comprend toujours pas pourquoi, et souvent éclipsé lors des discussions sur le groupe. Pourtant Mexicola et Avon font parties des classiques en concert. Pour ma part c’est mon album préféré des stoners.

  5. Et bientôt le retour du duo Homme/Grohl !
    A venir apparemment en Octobre le disque de Them Crooked Vultures qui vu les feedbacks de leur concert à rock en seine s’annonce assez furieux

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