THE BLACK ANGELS – Directions To See A Ghost

Monstre psychédélique

(Light In The Attic 2008)
 
Lourd, puissant, trippant, ce deuxième album des Black Angels n’a rien à envier à son prédécesseur. Directions To See Ghost apporte la confirmation que tout le monde espérait : les Black Angels sont bel et bien le monstre que Passover, vaisseau de nombreux fantasmes, laissait entrevoir. Leur space-rock psychédélique, qui emprunte autant au free-form freak out de Red Krayola qu’au shoegazing de Spacemen 3 est sans équivalent aujourd’hui.
 
Extrêmement bien construit, l’album commence par mettre l’auditeur à l’aise sur les premiers morceaux en le ramenant dans les sonorités familières du précédent opus. « You On The Run », « Doves », morceaux à l’identité très forte, portent la griffe inimitable du groupe – ce groove psychédélique qui s’appuie sur un mur du son colossal et la voix hantée du chanteur Alex Maas. Une fois les retrouvailles effectuées et le décollage réussi, le groupe décide d’aller explorer des territoires inconnus et s’engage dans une phase plus abstraite, plus contemplative. Un voyage intérieur.
 
L’angoissant « Science Killer », démarre comme un trip-hop tribal, sans jamais s’envoler, avant d’être envahi de voix fantomatiques. Il est rapidement suivi de « Mission District » qui marque un tournant important dans l’album. Ce morceau floydien, à classer entre « Astronomy Dominé » et « Careful With That Axe, Eugene », possède une construction lente dans laquelle un mur de guitare s’assemble couche après couche. Quand à 3’29 » une Stratocaster vient fendre l’édifice pour lancer un solo barrettien, la maîtrise des Black Angels apparaît à son apogée.
 
Dès lors, tout semble évident. Du clavier intrigant de « 18 Years » – morceau sublime – aux scintillements de sitar de « Deer-Ree-Shee », on est estomaqué par le talent des Black Angels. Ils ont le son, les morceaux et l’attitude. Le plus beau arrive avec « Never/Ever », morceau épique de plus de huit minutes qui tourne à la démonstration de force – et sur lequel on jurerait entendre une jarre électrique1. Les amateurs de punk concis ne vont pas aimer. 
 
Directions To See A Ghost s’achève dans un lit de fuzz et de reverb, porté par un morceau imparable (« You In Color ») qui rapproche toujours plus le groupe de ses aînés mystiques (The 13th Floor Elevators, dont l’aura rode tout au long de l’album). L’ultime morceau de l’album, « Snake In The Grass » dure la bagatelle de 16 minutes. Guitares inversées, refrains scandés, échos et expérimentations diverses sont jetés sur une rythmique répétitive, hypnotique. Un délire psychédélique qui n’a d’autre but que d’exploser les formats, d’achever l’album sur un morceau de bravoure, et de mettre l’auditeur à genoux. Ce morceau augure des prestations scéniques des plus fascinantes.
 

 

  Tracklisting :

  1. You On The Run  *
  2. Doves
  3. Science Killer
  4. Mission District  *
  5. 18 Years  *
  6. Deer-Ree-Shee
  7. Never/Ever  *
  8. Vikings
  9. You In Color  *
  10. The Return
  11. Snake In The Grass

1 Ce qui serait une référénce – ou plutôt un hommage appuyé – aux 13th Floor Elevators, le groupe psychédélique originel, légendes locales d’Austin.