NEILS CHILDREN – X.Enc. Le meilleur de l’underground londonien… Acte II

(Structurally Sound 2009)

Après des années d’attente et de délais incessants, les londoniens de Neil’s Children sortent leur premier véritable album. Depuis ses débuts en 1999, le trio du Cheshire (dont la composition a varié[1]) n’avait jusque-là sorti qu’un excellent mini-album, Change/Return/Success, et de nombreux singles qui ont permis aux fans les plus tenaces de patienter, vaille que vaille.

Bonne surprise pour les quelques uns qui suivent le groupe depuis ses débuts, les morceaux de X.Enc sont tous inédits (à l’exception de « I’m ill », sorti en 2008 pour promouvoir l’album), ce qui leur permettra de découvrir la nouvelle approche du groupe. L’aspect regrettable est que de nombreux morceaux grandioses se trouvent ainsi écartés du premier album de Neil’s Children et que la plupart des merveilles écrites par le groupe entre 2004 et 2007 ne verront jamais le jour autrement qu’en single ou dans une compilation que nous pouvons poliment qualifier de ‘bancale’ (Something Perpetual, sortie exclusivement au Japon en 2006). « Another Day », « Something You Said », « Stand Up », « Always the Same », et surtout « Stupid Band » (peut-être leur meilleur morceau) sont autant de pépites garage sous influence post-punk qu’on invite tout le monde à débusquer sur Internet. Ces morceaux figurent parmi les meilleurs de leur époque, tous genres confondus.

Pour en revenir à X.Enc, il apparaît rapidement à l’écoute de l’album que Neil’s Children ont changé d’approche. Les morceaux sont moins mélodiques, plus noisy. Pour schématiser, plus Pornography, et moins Three Imaginary Boys. Le son de cet album, clairement différent – et plus mûr –  que celui des premières années de Neils Children, est définitivement ancré postpunk. L’ambiance est globalement plus ouvertement agressive, mais les morceaux du groupe reposent encore sur l’extraordinaire section rythmique. Dès la première piste, « Motorcar », le jeu de batterie est extraordinaire : le récital se poursuit sur l’ensemble de l’album, dans des registres différents : si « An Exchange » ne dépareillerait pas sur un album des Liars (tout comme la première partie de « The eyes of a child »), des pistes comme « I can’t see you » et « I’m ill » sont celles que Kaiser Chiefs ne parviendront jamais à enregistrer. « Communique », dont l’intro rappelle « Harmonic Generator » des Datsuns, est une piste instrumentale curieuse, qui ne décolle jamais réellement malgré les deux passages différents – on n’ose ici parler de solo – qui la ponctuent. 

Le style du groupe est aisément identifiable, cela en partie grâce à la relative simplicité qui caractérise la construction de leurs morceaux : intro jouée à la batterie, avant l’arrivée de la basse et/ou de la guitare, puis du chant qui martèle à l’envi des paroles relativement simples (« But then what I’m told is no concern of mine » sur « Indifference is Vital » ; « The world is so much different through the eyes of a child » sur  « The eyes of a child » ou «It’s funny how people change their minds / It’s a good thing that I won’t change mine » sur « People change their minds ») Cette simplicité est la garantie de morceaux immédiatement percutants, et le travail sur le son – les solos sont livrés dans une approche bruitiste délibérée – parachève l’ouvrage.  De plus, si chaque morceau est réussi, l’écoute continue de l’album apporte un élément supplémentaire à l’appréhension de l’univers de Neils Children. En effet, les onze pistes de ce disque forment ensemble une remarquable unité, en laissant entrevoir les divers talents du groupe, dans des styles variés.

Depuis la sortie de Change/Return/Success, beaucoup de choses ont changé dans la musique du groupe ; cependant, la conclusion reste la même, après X.Enc : une sensation d’immense gâchis, de rendez-vous raté… et le sentiment que Neils Children ne sera jamais rien d’autre qu’un groupe culte.

 

 

Liste des chansons :

  1. Motorcar  *
  2. Sometimes it’s hard to let go  *
  3. An Exchange
  4. Communique
  5. Interlude  *
  6. I can’t see you
  7. Indifference is vital
  8. I’m ill  *
  9. The eyes of a child
  10. Terror at home  *
  11. People change their minds

Le groupe sur MySpace : www.myspace.com/neilschildren

 

Vidéo :

« I’m Ill »

 

[1] Le poste de bassiste de Neil’s Children semble être voué a n’être que temporaire : après Tom Hawkins (1999-2000), James Hair (2001-2005), c’est Keith Seymour (2005-2009) qui a décidé de quitter le groupe. 

 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

2 Comments

  1. Le débat sur Muse commençant sérieusement à me les briser et si on se mettait enfin à parler de musique et de groupes qui le méritent ?

    Revenons aux Neil’s Childern. Je suis assez surpris de ta chronique Eric au regard de leur prestation à la Flèche d’Or il y a quelques mois. Leur nouveau son, nouvelle attitude et nouveau look avaient de quoi décontenancé.

    J’avoue n’avoir pas eu le temps d’écouter l’album mais pour le coup tu m’as donné envie d’écouter ça.

  2. Personnellement j’ai été un peu déçue par cet album. Bien qu’il soit d’une très bonne qualité, ya quand même des morceaux de remplissage, on en reste un peu sur notre faim. Quand on regarde les morceaux qu’ils ont faits avant, je me dis qu’ils auraient pu faire un album beaucoup plus abouti.

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