GRAHAM COXON – Love travels at illegal speed Trésor caché

(Transcopic 2006)

Le dernier Coxon surprend au premier abord. Rythmique punk lourdingue façon Green Day, chansons basées sur trois accords martelés rappelant les Sex Pistols… on est quelque peu déboussolé. Si Happiness In Magazines en 2004 avait laissé entrevoir une émancipation intéressante de la part du timide ex-guitariste de Blur après plusieurs années de bruitisme lo-fi et de nombrilisme acoustique, Love Travels At Illegal Speed va encore plus loin et dévoile un musicien décomplexé par le succès de morceaux tels que « Freaking Out » et assumant enfin ses influences punk/hardcore.

Graham Coxon incendiaire? Certains avaient regretté cette approche mercantile sur le précédent album, déplorant la perte d’une figure culte se prostituant pour plaire aux kids – qui en ont fait le parrain de la nouvelle scène punk-rock. Coxon s’en fout et enfonce le clou. Son album sera punk ou ne sera pas.

Après plusieurs écoutes, le verdict est indiscutable : le binoclard avait raison. Sous leurs dessous un peu rustres, les chansons révèlent des mélodies magnifiques et le talent de Coxon scintille partout. Il ne fait aucun doute que cet album est son meilleur à ce jour – le fan ultime de Blur de mauvaise foi sera même obligé d’avouer qu’il surpasse l’initial The Sky Is Too High aux tonalités acoustiques envoûtantes.

Etonnamment, l’album s’ouvre sur un des morceaux les plus faibles de l’album, le single « Standing In My Own Again ». On y retrouve déjà les ingrédients du Coxon 2006 : du punk direct délivré par un groupe compact avec cette voix toujours aussi peu assurée, au bord de la rupture à tout instant. La suite de l’album oscille entre l’excellent et l’extraordinaire : Coxon enfile les morceaux teigneux comme des perles et revisite l’histoire du punk anglais (« I Can’t Look At Your Skin » digne des Sex Pistols, les magnifiques « Don’t Let Your Man Know » et « Gimme Some Love » qui indiquent un penchant pour les Buzzcocks), histoire de montrer à tous les crétins californiens qui a inventé ce genre intemporel.

Quand le tempo tombe, on se trouve face à une évidence : Graham Coxon est un mélodiste surdoué. Toutes les chansons de l’album possèdent un passage terrassant, un enchaînement d’accords qui flingue, un moment de pur génie. « Just A State Of Mind », « Don’t Believe Anything I Say », « Flights In The Sea (Lovely Rain) »… l’origine de ces mélodies à tiroir semblent émaner de la fascination très documentée de Coxon pour Syd Barrett et du rock psychédélique des années soixante en général. « You & I » et « You always Let Me Down » en sont une autre illustration, version Cream cette fois, tandis que le refrain de « Tell It Like It Is » et ses « oooh aaaah » sonne finalement très Blur, à l’époque où le groupe britpop se prenait pour les Kinks.

L’ultime « See A Better Day » achève l’album de la meilleure des façons. Cette ballade classieuse pourrait bien être la meilleure chanson écrite par un ancien membre de Blur. Une chanson qui prend aux tripes, portée par la voix troublante d’un Coxon écorché vif qui apprend à aimer à nouveau.

Ce disque lui permettra-t-il de sortir de cette image de « guitariste le plus doué de sa génération » (le compliment vient de Noel Gallagher) qui désespère tout le monde en refusant de rejoindre Blur? On l’espère vraiment car Coxon vaut plus que ce rôle de sidekick de Damon Albarn. Cet album devrait le conforter dans ses choix. Certains journaux anglais commencent à parler de lui comme un trésor national en Angleterre. Comme ils ont raison. 

www.grahamcoxon.co.uk

 

 

Tracklisting : 

1. Standing On My Own Again
2. I Can’t Look At Your Skin
3. Don’t Let Your Man Know *
4. Just A State Of Mind *
5. You & I
6. Gimme Some Love
7. I Don’t Wanna Go Out
8. Don’t Believe Anything I Say
9. Tell It Like It Is *
10. Flights To The Sea (Lovely Rain)
11. What’s He Got?
12. You Always Let Me Down *
13. See A Better Day *

L’album sur Deezer : www.deezer.com/en/music/result/all/clor#music/graham-coxon/love-travels-at-illegal-speeds-301066

 

Vidéos :

« You & I » (live chez Jonathan Ross)

 
« Standing On My Own Again » (live à Top Of The Pops)
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. Pas un morceau à jeter sur cet album à mon sens. Beaucoup plus cohérent que ces premier album et même que Happiness In Magazine qui l’avait ramener sur le devant de la scene. J’aime aussi What’s He Got aux accents country et donc les paroles sont définitivement excellentes. D’ailleurs on prend vraiment conscience ici que Graham Coxon est un songwriter à part entière si on en avait pas été convincu par ces percées dans blur.

    Au risque d’être redondante "Love Travels at Illegal Speed" déchire! Go on Graham!

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