THE MODERN LOVERS – The Modern Lovers Le son de New York

(sortie Etats-Unis : 1976 ; sortie Europe: 1977)

Au moment de sa sortie, ce disque était déjà vieux de plus de quatre ans. En effet, en 1972, Jonathan Richman (chant, guitare) et les autres Modern Lovers (Jerry Harrison à l’orgue, Ernie Brooks à la basse et David Robinson à la batterie) avaient enregistré quelques démos sous la direction de Kim Fowley. Les bandes furent ensuite confiées à l’ancien membre du Velvet Underground John Cale, qui va finalement produire cet album. Le disque n’est sorti qu’en octobre 1976 aux U.S.A. (et un an plus tard en Europe), à cause de nombreuses difficultés avec plusieurs maisons de disques (Warner, qui possédait les droits du disque, a refusé de le sortir, et après un court passage chez United Artists pour qui les Modern Lovers vont enregistrer un single, le groupe va finalement signer chez Beserkley, un label de la Côte Ouest qui va racheter les droits de l’album et – enfin – le publier).

Dès les premières mesures, le son de l’album rappelle immédiatement celui des premiers Velvet. Fan inconditionnel de Lou Reed, Jonathan Richman semble lui emprunter son phrasé distant et ironique. Richman bénéficie en outre de la production impressionnante de John Cale, qui insuffle dans chaque chanson une tension et / ou une intensité comparable à celle(s) qu’on retrouve dans The Velvet Underground & Nico.

La première chanson, « Roadrunner », pose les bases de l’album: batterie saccadée, guitares cinglantes, orgue assurant le fond sonore (ou la contre-mélodie), et le chant de Jonathan Richman, déclamant à la manière d’un Lou Reed nasillard. The Modern Lovers contient quelques morceaux extraordinaires; son Rock’n’Roll urbain accompagne des textes souvent excellents – et parfois minimalistes: « Some people try to pick up girls / And get called ‘asshole’ / This never happened to / Pablo Picasso »… Dans la chanson « Old world », Richman se laisse aller à la nostalgie d’une époque révolue: « I had a New York girlfriend / And she couldn’t understand / How I could still love my parents / And still love the old world ». Cette chanson est aussi remarquable pour son pont qui survient à mi-chanson, joué à la guitare et à l’orgue, et dont la réalisation est absolument improbable.

« She Cracked » est sans doute le meilleur morceau de l’album : sur une rythmique enlevée (la batterie martèle le tempo, la ligne de basse est extraordinaire de simplicité et d’efficacité), deux guitares balancent des séries d’accords tranchants, s’entremêlent et accompagnent le chant. Un peu plus loin dans l’album, « Someone I care about » semble faire écho à ce morceau; la chanson est elle aussi excellente, son rythme est aussi élevé, et la formation emmenée par Jonathan Richman est impressionnante de maîtrise. Après « Girlfriend », un morceau qui ne paraît pas indispensable – et qui est malheureusement annonciateur de quelques-unes des futures créations de Richman – l’album se termine avec l’excellent « Modern world », qui fait écho à « Old world » de la face A: « Put down your cigarette and share the modern world with me ».

Les chansons proposées en bonus tracks de la réédition CD sont également très bonnes: « Dignified and old », un morceau lent imparable, et surtout « Government Center », une chanson aux textes amusants (le groupe doit jouer pour empêcher les employés de bureau de déprimer) sur laquelle la partie d’orgue est tout simplement géniale.

Ce disque – le premier et le meilleur des Modern Lovers – est un excellent album, méconnu et à (re)découvrir d’urgence.

  


Tracklisting :
 

1. Roadrunner   *
2. Astral Plane *
3. Old World *
4. Pablo Picasso 
5. She Cracked *
6. Hospital 
7. Someone I Care About 
8. Girlfriend 
9. Modern World 
10. Dignified & Old 
11. I’m Straight 
12. Government Center *
13. I Wanna Sleep in Your Arms 
14. Dance With Me 
15. Someone I Care About [Alternative Version][Alternate Take] 
16. Modern World [Alternative Version][Alternate Take] 
17. Roadrunner [Alternative Version][Alternate Take] 

 

Vidéo :

« Roadrunner »

 
« Pablo Picasso »
 

 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

2 Comments

  1. suis enfin rentré dedans, incroyable disque, tout en langueur et raideur, une sacrée personnalité,

    ça me fait penser aux Clean tiens d’ailleurs (ou c’est l’inverse plutôt),

    grand album !

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