THE FRATELLIS – Costello Music Euphorisant

(Polydor 2006)

Que les choses soient claires : si vous n’aimez pas T-Rex, vous pouvez passer votre chemin. Les Fratellis, power trio écossais, se font un devoir depuis le début de l’année 2006 d’exhumer le fantôme de Marc Bolan avec leur boogie-woogie dansant. La voix et le physique même du chanteur sont bluffants de ressemblance avec l’idole seventies (surtout quand on le voit arborer dans ses clips vidéos un chapeau haut de forme qui renvoie immanquablement à la pochette de The Slider et au film Born To Boogie de T-Rex). Le son, l’écriture du groupe aussi tendent au mimétisme au point que The Fratellis peuvent passer pour un tribute band sans âme, des clones vains comme les Beatles en possèdent des centaines.

Il serait dommage de s’arrêter là car Costello Music est un album d’excellente facture, blindé de bonnes chansons et possédant un véritable souffle rock’n’roll. Les Fratellis se sont forgé un succès grâce à leurs singles, de véritables perles, notamment « Chelsea Dagger » qui semble tout droit sorti d’Electric Warrior et possède un groove monstrueux et des « la-la-la » d’une évidence pop immédiate. Cette chanson incroyablement mélodique paraît couler de source et entre sans difficulté dans le crane de l’auditeur. Il en va de même pour la plupart des morceaux ici.

« Henrietta », un autre boogie-woogie bolanien bondit dans tous les sens et touche au sublime quand des « ouin-ouin-ouin-ouin » digne de Donald Duck qui viennent ponctuer le refrain. C’est cette excentricité qu’on trouve chez les Fratellis qui fait qu’on leur pardonne leur pastiches de T-Rex : ces mecs ne se prennent pas au sérieux et cherchent juste à envoyer un rock’n’roll dynamique qui leur permette d’exprimer leur fantaisie.

Rien d’étonnant alors à ce que la plupart des chansons ici rivalisent de créativité. « Cuntry Boys & City Girls » – qui contient un calembour affligeant dans son titre – est incroyable d’aisance : rythmique chaloupée, trompettes buccales, refrain évident… toute résistance est inutile. On retrouve dans le même genre (avec plus de « la-la-la » et un tempo plus speed) « For The Girl », une ritournelle punk crétine proche des nursery rhymes comme seule la chanson britannique sait en produire. L’exceptionnelle « Creepin Up the Backstairs », au riff génial, jongle entre rockabilly, garage sixties et Famille Adams. Le groupe se permet même une excursion rock fifties avec « Vince The Loveable Stoner », plus proche du Muppet Show que de Gene Vincent.

Toujours dans le délire, on trouve même des traces de calypso (oui oui, comme dans Beetlejuice au moment du repas) dans certaines de leurs chansons. Le refrain « palam-pam-palam » de l’excellente « Flathead » est à ce titre surprenant, tout comme ce « Everybody Knows You Cried Last Night » chaloupé qu’aurait pu chanter Harry Belafonte. Les Fratellis semblent incapables d’écrire une chanson dans les normes. Il faut toujours que ça serpente, que ça passe par des cases étranges, et rien ne se déroule jamais comme prévu.

Les Fratellis se montrent aussi dans Costello Music porte-drapeaux d’une certaine culture, celle du pub-rock et des hymnes à chanter saoul. Le trio est connu pour son penchant pour la boutanche – surtout son batteur nommé Mince (« viande hachée »), prototype de l’homme de cro-magnon écossais, capable de faire un concert avec plusieurs côtes cassées tout en crachant du sang et en s’imbibant de Jack Daniels au goulot. « Baby Fratelli » propose ainsi le refrain parfait pour s’égosiller en fin de soirée bras dessus-bras dessous et le groupe tente deux incursions acoustiques très efficaces dans ces situations de franche masculinité. « Ole Black’n’Blue Eyes » est du genre à calmer les bagarres, tandis que « Whistle For The Choir » est une chanson d’amour à tendance balloche où tout le monde se balance de gauche à droite avec un sourire béat. Une chanson pop qui rappelle Slade à son meilleur. Mélodie sifflée, solo de mandoline italienne, on a droit à tout un éventail de détails savoureux.

Evidemment, Costello Music fait figure d’ovni dans le paysage d’un rock qui a tendance à trop se prendre au sérieux en 2006. Vous ne trouverez aucune déprime, aucune pose affectée dans cet album. Juste un rock’n’roll léger, bondissant, frais, sans complexes et diablement accrocheur. De quoi passer une infinité de bons moments sans se prendre la tête avec du good ol’ rock’n’roll.

 

 

Tracklisting :

1  Henrietta    *
2  Flathead   
3  Whistle For The Choir   
4  Chelsea Dagger    *
5  For The Girl    *
6  Doginabag   
7  Creepin Up The Backstairs    *
8  Vince The Loveable Stoner   
9  Everybody Knows You Cried Last Night   
10  Baby Fratelli   
11  Got Ma Nuts From A Hippy    *
12  Ole Black’n’ Blue Eyes  

 

Vinyle : 

The Fratellis - Costello Music

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. ah j’aime beaucoup ce disque ainsi que The Long Blondes d’ailleurs, voir même The Magic Numbers …. je les auraient bien echangé contre tout Muse et tout Placébo, si je les avaient …. entierement d’accord, qu’elle idée d’achetr ça ….

    Par contre la C gainsbourg, ça je ne peux pas …. c’est au dessus de mes forces ….

  2. Merci beaucoup de m’avoir fait découvrir ce groupe , et en écoutant ce disque j’ai retrouvé les choses dites dans la chronique ^^
    Ca faisait longtemps que j’avais pas eu une aussi belle découverte en rock indé ^^

  3. J’ai été très déçu par cet album, j’attendais beaucoup de ce groupe après avoir entendu des chansons comme "Cigarello". Ovni par rapport aux autres groupes de 2006, je trouve pas.

    Celui de Dirty Pretty Things était mon album de l’année, sans aucun doute

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