CHEAP RIOT – Ballroom Portraits Punks de luxe

(Requiem Pour Un Twister 2015)

L’air de rien, le label Requiem Pour Un Twister est en train de se construire un catalogue consistant, empli de petits disques indie très attachants. Ainsi, des groupes aussi divers que Triptides, Halasan Bazar ou Departure Kids (pour ne citer que nos préférés) ont chacun publié un album sur la structure dirigée par les frères Gimenez. Le dernier en date s’appelle Cheap Riot, et l’album qu’ils ont publié en fin d’année dernière est probablement celui qui, entre tous, a le plus régulièrement tourné sur notre platine.

Cheap Riot est un groupe parisien formé autour d’une des plus fines lames de la scène garage française, Antoine Hue (The Dadds, Les Spadassins). Ce dernier a rassemblé à ses côtés trois jeunes gens à la personnalité forte, érudits et talentueux. Cette association enfante d’un groupe haut en couleur : trois hommes (chant, guitare, basse) et une femme (batterie), un sens de la formule et de la présentation accompli, et de bonnes chansons à la pelle.

Alors que nombre de leurs compatriotes louchent principalement sur le garage sixties ou contemporain, Cheap Riot a jeté son dévolu sur une période quelque peu délaissée par les musiciens du pays : le punk 77 et ses rejetons les plus directs. Leur album, qui succède à un premier 45 tours publié chez le label jumeau Croque Macadam, fut enregistré dans le studio toulousain de Lo’Spider (un producteur réputé dans le milieu du rock’n’roll français, puisqu’il a déjà mis en boîte des albums de Magnetix ou des Skeptics, parmi tant d’autres). Ce dernier – suppléé par Paul Rannaud de Volage, chargé du mastering – leur a concocté un son dépouillé mais dynamique, entièrement dédié à la rondeur et la simplicité. Aussi, bien que le groupe se réclame ouvertement de l’influence des Television Personalities (« Part-time Punks », inscrit sur la bannière de leur Bandcamp, est le titre d’un morceau culte écrit par le leader dudit groupe, Dan Treacy), sa musique est en vérité moins approximative et plus nerveuse que celle de ses modèles. De ceux-là, on retrouve en revanche l’aptitude à trouver la mélodie qui fait mouche en dépit d’une simplicité presque effarante. Cet écrin que Lo’Spider offre au groupe, qui ne semble précisément jurer que par l’efficacité, est donc idéal.

L’album est en outre composé de 10 morceaux qui vont droit au but et semblent atteindre tous ceux que Cheap Riot s’est fixé. Malgré un dénuement courageux qui constitue leur signature (les silences qui ponctuent les morceaux sont exceptionnellement nombreux, la distorsion sur les instruments est minimale), les grands moments se succèdent sans qu’on voie les 30 minutes du disque défiler. On compte ainsi plusieurs sommets à ce disque, parmi lesquels la bondissante « Illness », la grandiose « Next Election » ou bien encore la surprenante reprise d’ « Electricity » d’Orchestral Manoeuvres in the Dark, qui rappelle un peu les derniers disques de King Tuff (nul synthé douloureux ici, Dieu merci).

Tout au long du disque, les trois instrumentistes jouent les notes qu’il faut au bon moment, sans jamais trop en faire : le jeu de guitare et la batterie sont minimalistes mais très justes, en accord avec l’idéal philosophique du garage rock, et la basse pulse à tout va tout en offrant sa royale charpente mélodique à l’édifice. La précision avec laquelle tout cela est exécuté, sans pose vaine et sans superflu mais avec une conviction éclatante, est en tout point remarquable.

Le chanteur Manu Cier, enfin, fait preuve d’un charisme et d’une emphase enthousiasmants, supportés par une voix atypique qui participe pour beaucoup à la personnalité du groupe. Seule ombre au tableau : son accent français – ou tchétchène, on ne sait plus – à couper au couteau, qui rend parfois inconfortable l’écoute de certaines chansons (« Yasmine », par exemple). Pour un hypothétique deuxième album, le groupe osera-t-il se risquer à la langue de Dutronc et Ferrer ? On l’espère, d’autant plus qu’on se souvient des fantastiques paroles des Dadds, modèles du genre dont Antoine Hue fut probablement en partie responsable. Quoiqu’il en soit, ce Ballroom Portraits demeure en l’état un disque particulièrement réussi, figurant parmi les meilleurs que le rock’n’roll français a engendrés au cours des dernières années. Vous le savez peut-être : ce n’est pas peu dire. 

 

 

Tracklisting :

  1. Illness *
  2. Night Bus *
  3. Yasmine
  4. In Between
  5. The Next Election *
  6. Blackout
  7. Harry
  8. Electricity *
  9. Blow *
  10. Boredom

Le disque est en écoute intégrale sur Bandcamp :

 

Vidéo :

« Yasmine »

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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