WAVVES – King Of The Beach Dommage

(Fat Possum 2010)

Au sein de la scène garage lo-fi américaine qui fleurit en ce moment (Ty Segall / Thee Oh Sees / Fresh & Onlys à San Francisco, Soft Pack à San Diego, Strange Boys et Harlem à Austin, entre autres…), Wavves font figure de moutons noirs. Signés sur Fat Possum (qui s’éloigne décidément de plus en plus du blues), et cibles de la rancœur de personnalités telles que les Black Lips ou Waylon  Thornton (qui décrit régulièrement le chanteur Nathan Williams comme étant un poseur carriériste à la personnalité insupportable), Wavves créent la controverse… et suscitent la curiosité. L’un des épisodes les plus médiatiques de la carrière du groupe en dit long sur Williams : l’an dernier à Barcelone, lors du festival Primavera Sound, il s’est pointé défoncé sur scène et a saboté ses morceaux avec désinvolture devant des spectateurs mécontents. En guise d’excuse, le chanteur a d’abord accusé l’ingé son – classique – avant finalement d’insulter ouvertement le public (qui répondit par jets de projectiles), ce qui a exaspéré son batteur Ryan Schreiber au point que celui ci lui a vidé une bouteille de bière sur la tête. S’ensuit une fin de concert consternante où Williams et son batteur en sont venus aux mains sur scène, dans la confusion générale.

Cet incident a provoqué l’annulation de la tournée européenne du groupe et le départ de Schrieber. Qui  Nathan Williams a-t-il alors choisi pour relancer Wavves ? Deux autres musiciens à la réputation douteuse : Billy Hayes et Stephen Pope qui eux-mêmes avaient quitté Jay Reatard en pleine tournée (ce qui leur avait valu de se faire traiter de tous les noms sur MySpace par le chanteur dans un post resté célèbre : « Band quit! Fuck them! They are boring rich kids who can’t play for ahit anyways … Say hello to your ugly and boring wifes opps I mean lifes guys suck it. »). Un trio de malfrats donc. Le rôle de méchants semble taillé pour Wavves, c’en est presque trop beau.

Le nouvel album du groupe devrait permettre de tirer tout cela au clair et révéler l’éventuelle supercherie. Après tout, s’il s’avérait que Nathan Williams était un connard génial, il ne serait pas le premier (l’histoire du rock egorge d’exemples fameux, de Dylan à Lou Reed). La pochette de King Of The Beach donne déjà une première indication : hideuse à souhait, elle serait parfaite si elle n’affichait de façon aussi ostentatoire le dessin d’une feuille cannabis. Arborer ce genre de symbolique puérile n’a de sens que pour les moins de 15 ans en phase de rébellion. Un mauvais point que le titre de l’album rattrape un peu. En se proclamant roi de la plage, Williams envoie un gigantesque « fuck you » à ses détracteurs. On apprécie le panache, même si la volonté de faire polémique apparaît encore une fois un peu puérile.

L’album commence par le morceau du même titre, le meilleur de l’album, avec sa mélodie tubesque et sa production intelligente. Les angles sont assez arrondis pour que ça passe sur MTV, sans qu’on puisse trop accuser son auteur de compromission. Un vrai truc malin. La suite de l’album s’écoute plutôt bien, mais finit vite par lasser. Après un début d’album tonitruant, on s’aperçoit assez rapidement que la plupart des morceaux sont conçus selon le même moule. Si « Super Soaker », morceau punk distordu plait, ses succédanées « Post Acid » et « Linus Spacehead » moins.  « Idiot » sonne comme du Ty Segall sans les griffes, « When Will You Come » endort véritablement et l’album pêche rapidement par manque de mélodies marquantes (« Take On The World », prévisible, « Baseball Cards », simplement chiante).

Au fur et à mesure des morceaux, on se range doucement aux côtés du gros Waylon et on cherche à comprendre pourquoi cet ersatz de bon groupe récolte autant de lauriers auprès des magazines branchés. Quelques polémiques débiles et une attitude déplaisante sont sans doute plus faciles à suivre et à traiter que l’avalanche d’albums que les artistes majeurs de cette scène sortent avec une régularité effrayante. Si Wavves ne méritent pas notre haine – d’autant qu’ils font mouche sur plusieurs morceaux – ils ne sont pas un groupe aussi passionnant que leur leader aimerait le penser. Dommage.

 

  

Tracklisting : 

01 King of the Beach *
02 Super Soaker *
03 Idiot
04 When Will You Come?
05 Post Acid
06 Take on the World
07 Baseball Cards
08 Convertible Balloon
09 Green Eyes
10 Mickey Mouse
11 Linus Spacehead *
12 Baby Say Goodbye

Le MySpace du groupe : www.myspace.com/wavves

 

Vidéos :

« Post Acid »

 
« King Of The Beach »
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

11 Comments

  1. Tu me devances sur ce coup là (ma chronique du disque traîne sur un coin de mon bureau…) mais je partage entièrement ton point de vue.

    Ce qui m’a le plus frappé sur ce disque c’est le son assez typique des années 90. Un petit coup de Nirvana ici, de Pavement par là et surtout une grosse louche de Pixies période Bossanova auquel
    ce disque m’a tout de suite fait penser. Auquel on ajoutera sur certains titres un peu de punk bubblegum façon Blink182…

    Le mélange avec des vélléités surf s’avère à la première écoute curieux et à la longue assez indigeste. Reste ce morceau titre, King Of The Beach excellent morceau (qui au passage concentre en
    quelques minutes tout ce qu’il y avait de bien sur leur précédent disque), qui démontre que si le gaillard passait moins de temps en polémiques et plus à composer il serait au même niveau que les
    groupes que tu cites en début de chronique.

    Pour moi une belle supercherie ce groupe…

  2. concernant la pochette elle est « génialement » moche si je puis dire

     

    disons qu’elle est très second degrès et pleine de mauvais gout et moi je trouve ça assez marrant, après les joints c’est pas du tout ma tasse, mais je crois pas que ce soit à lire au premier
    degrès tout à fait

     

  3. Trés bonne chronique qui donne envie d’écouter pour vérifier ce qui tu dis et qui est entièrement confirmer àprès écoute . Merci

     

    Le gros son de guitar sur l’extrait « King of … » est vraiment horrible. Dommage car le riff de la seconde guitare est pas mal

  4. j’ai enfin écouté l’album en entier, je le trouve super, comme quoi?

    après je vais peut être m’en lasser, mais Wavves a clairement un potentiel crossover que n’ont pas des Soft Pack ou des Jacuzzi Boys

  5. j’aime bien le son de l’album, il garde un coté noisy tout en étant plus claire et moins brouillon

    j’aime bien le fait qu’il est beaucoup de sons de machine entre autre chose

    sinon les chansons je les trouve vraiment cool, au contraire je trouve le disque plutôt inspiré, y compris dans les moments calmes

  6. même avis qu’éric même si je trouve les parti pris rigolo, ça manque de grands morceaux qui nous permettraient de passer outre tous les autres débats annexes (son, prod, style,…),

    bref même si c’est intéressant, c’est pas indispensable non plus

  7. Dans le même style et avec les mêmes défauts les Smith Westerns sont infiniment plus talentueux… et authentiques !

    En tout cas au moins j’attends leur deuxième avec impatience alors que pour Wavves…

  8. bon en réécoutant il y a quand même 4/5 morceaux mortels, du coup ça donne d’autant plus de frustration pour le reste de l’album pas à la hauteur!

  9. smith westerns c’était pas top en live, Wavves lui a mis une raclé

     

    Smith Westerns c’était mou du gland, propret et ça manquait de morgue et de hargne

    dommage car l’album est vraiment cool même si la prod est « trop » lo-fi (saturé en permanence) mais en live c’était trop propre sur soit, ça manquait vraiment d’un truc

    à l’inverse Wavves c’était vraiment cool, et les chansons faisaient un autre effet sur le public, dans le genre hymne pour teenagers déchainés

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