HIGH FIDELITY

Bande originale de vie

Réalisateur : Stephen Frears ; 2000

High Fidelity est à l’origine un livre de l’écrivain britannique Nick Hornby, grand pourvoyeur de scénarii pour le cinéma, paru en 1995. L’adaptation à l’écran signée Stephen Frears (My Beautiful Laundrette, The Van, The Queen) date de 2000 et transplante le décor de Londres à Chicago car les scénaristes connaissent parfaitement le paysage musical de Windy City, de ses disquaires à ses salles de concert. Affichant une distribution princière (John Cusack, Jack Black, Catherine Zeta-Jones, Tim Robbins ou encore … Bruce Springsteen), le film reçut un accueil critique plutôt bienveillant (“an extraordinarily funny film, full of verbal and visual wit” pour le pas toujours commode Philip French du Guardian) et a peu à peu acquis un statut tout particulier chez les geeksdu vinyle et autres dénicheurs de galettes.

Rob Gordon (John Cusack) tient une boutique de disques sobrement baptisée “Championship Vinyl”. Pas franchement du genre ambitieux, il a abandonné ses études (la comparaison avec le Dante de Clerksne semble pas inadéquate sur ce plan) et passe ses journées à dresser les plus improbables top 5 musicaux avec ses  deux phénomènes de vendeurs que sont Barry (intenable Jack Black) et Dick (Todd Louiso), en attendant qu’un non moins improbable client franchisse le pas de la porte. Sa rupture avec Laura, sa compagne depuis plusieurs années, déclenche chez Rob un processus d’introspection et de questionnement. En même temps qu’il réorganise son impressionnante discothèque selon un principe “autobiographique” (quelle chanson ou album est associé à tel ou tel moment), il cherche à revoir les quatre femmes qui ont compté dans son passé pour y voir plus clair dans le fatras sentimental qu’est devenue sa vie.

La plupart du temps, la musique sert d’accompagnement à un film. Elle est là pour installer une atmosphère, créer l’euphorie, appuyer un moment particulièrement poignant ou refléter une époque. Dans High Fidelity, elle n’est ni plus ni moins qu’un sujet central: non pas un moyen, mais une fin en soi. Les morceaux chers à Rob, véritable encyclopédie du rock, sont totalement indissociables de son parcours personnel et de ses souvenirs. Ils ont contribué à le construire et à le façonner autant que ses relations amoureuses ou ses années sur les bancs de l’école. Les chansons ne sont pas de simples illustrations sonores dans le film, pas plus qu’elles ne tiennent de l’anodine toile de fond à l’existence de Rob, à qui les mélomanes passionnés s’identifient du coup le plus facilement du monde. La musique est la raison de vivre des personnages: ils l’écoutent sans cesse, la respirent, la suent, en parlent avec emphase. Elle vient s’entremêler avec le réel au point de brouiller les frontières et d’aiguiller leur rapport au monde, de former une véritable grille du lecture du passé et du présent. En un mot, High Fidelity n’est pas un film pour ceux qui pensent que David Bowie, c’est bien pour faire la vaisselle.

Les discussions musicales sont bien sûr un enchantement pour les zonards des disquaires, et les joutes verbales entre Rob et Barry franchement poilantes. Les vrais fondus de musique ont tous avec leurs potes ces débats totalement vains mais terriblement jouissifs (parce que vains, précisément) du type “les cinq meilleurs premiers morceaux de face A”. Les références se multiplient et donnent à l’ensemble un côté “nudge to the happy few” assez osé pour un film somme toute assez grand public, des Clash en passant par Marvin Gaye, Massive Attack ou le Beta Band. La BO est évidemment somptueuse: Belle and Sebastian, Dylan, Kinks, Velvet, Al Green, Harry Nilsson, Love, Aretha Franklin et bien d’autres. Deux grands moments d’anthologie: lorsque Barry met littéralement à la porte un client venu acheter “I just called to say I love you” pour l’anniversaire de sa fille, et  le passage où il exprime sa compassion profonde à un client qui souffre d’une grave maladie heureusement curable, ignorer Blonde on Blonde de Dylan.

High Fidelity mérite la plus haute estime car le film redonne à la musique la place prépondérante qui devrait être la sienne dans tout séjour terrestre vaguement digne d’être vécu, à l’heure où la soupe en sachet FM envahit le moindre espace de ses rythmes abêtissants. Les autres films tirés des livres de Hornby valent également le coup d’oeil: Fever Pitch, starring Colin Firth, est un petit bijou d’anglicité (une relation amoureuse mise en parallèle avec une saison d’Arsenal), About a Boy se laisse tranquillement regarder et An Education, sorti en février 2010, s’il n’est sans doute pas le chef d’oeuvre annoncé, s’avère une histoire classiquement initiatique plutôt bien menée.

 

Quelques extraits vidéo : 

Discussion snob : le top des meilleurs morceaux placés en ouverture d’album

 
Un client essaie d’acheter “I Just Called To Say I Love You” de Stevie Wonder
 
 
  1. le film n’est pas grandiose, c’est regardable, mais quand on a lu le livre d’abord, ça reste une mignonette adaptation, pas un chef d’oeuvre, juste un film de série b sympathique

    pour les GEEKS le livre est indispensable bien sûr

  2. Et Jack Black y est quand même monstrueusement drôle!!

    Je suis pas non plus de ceux qui crient au chef-d’oeuvre, mais il se détache quand même du lot ce film.

  3. Le film est un trésor de montage, un défi de mise en scene assez incroyable consistant à respecter les regles du classicisme tout en utilisant des effets généralement en contradiction avec elles
    (elipses, faux raccords, adresses, etc). Et ça marche, on obtient cette transposition efficace et jamais rebutante d’un “stream of consciousness” au cinéma.

    Alors face au bouquin qui n’est jamais qu’une histoire érudite, ça fait un gros, un tres gros plus. D’ailleurs je n’ai pas lu le bouquin depuis sa parution en poche, alors que le film compte
    parmi mes dvd de chevet, vu au moins une fois tous les cinq ou six mois depuis la premiere fois au cinéma. A noter, un film un peu moins “fin” mais qui me fait retrouver beaucoup du plaisir de
    High Fidelity, transposé dans le monde des lettres, le Wonder Boys de Curtis Hanson.

  4. Ah, j’avais pas vu celle-ci! J’ai découvert le livre complètement par hasard, je l’ai dévoré, et – hasard du calendrier, comme dit Roland Courbis – le film est passé quelques trois
    semaines après sur arte. Moi avoir été content, moi avoir eu envie être disquaire.

     

    Moi finir disquaire de toute façon. Moi avoir été déprimé par grammaire aujourd’hui.

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