PLACEBO – Meds

Nouvelle déconvenue

(2006) 

On ne remerciera jamais assez Placebo d’avoir existé entre 1996 et 1998. En pleine débandade britpop, dans une triste époque où techno débilitante et punk californien régnaient en maîtres, ce trio fut le seul groupe avec Radiohead à nous donner encore foi en la musique. Malheureusement, ce rôle de sauveurs du rock’n’roll ne sied plus à Placebo depuis longtemps. Après un Black Market Music décevant et un Sleeping With Ghosts putassier adoubé par une génération de teenagers, le groupe semble plutôt ressentir le besoin d’évoluer.

On a encore failli se faire avoir. Les communiqués de presse annonçaient un retour à l’excitation des débuts. On s’est alors mis à rêver d’un album punk/glam/new wave à la hauteur du Placebo qui nous avait sévèrement secoué il y a 10 ans… on se désole de s’apercevoir qu’on reste encore naïf après toutes ces déceptions. Dans Meds, Placebo font illusion à peu près 3 minutes, le temps qu’il leur faut pour retourner dans leur confortable zone de non-risque qui nous inciterait à les placer aujourd’hui dans le rayon variété.

Bonne surprise initiale, “Meds”, chanté en duo avec VV des Kills, est un des meilleurs morceaux de l’album et une ouverture très convaincante même si la mélodie rappelle vaguement celle de “Every Me Every You” et que les paroles sont blindées de clichés chéris par Brian Molko (“and the sex, and the drugs, and the complications », “baby, did you forget to take your meds? », bof…).

La suite de l’album navigue ensuite entre médiocrité et application de vieilles formules. Premier constat : l’énergie promise est plutôt absente de ce disque qui fait la part belle aux ballades et aux complaintes aigres-douces rasoir. Les chansons fonctionnent quasiment toutes sur le même principe : couplets lents puis refrains beuglés avec arrivée massive de lourdes guitares grossières (“Infra Red”, “Blind”, “Broken Promise”,”One Of A Kind”). Cet façon d’écrire, chère aux Pixies, fonctionne assez mal ici. Le groupe nous sort aussi une ou deux ballades déjà entendues dans leurs précédents (“Follow The Cops Back Home”, “Pierrot The Clown” ou plutôt “refaisons ‘Burger Queen’ comme si de rien n’était et en moins bien ») ainsi qu’une resucée de “Lady Of The Flowers  avec “Blind”. Pire encore, Brian Molko, dont on appréciait jadis le timbre particulier et le charisme intrigant nous irrite sérieusement tout au long de l’album. Sa voix, hyper-maniérée, poseuse sur les ballades et perçante dans les aigus sur les refrains rock, est à des milliards de kilomètres de l’élégance et de l’urgence des débuts.

Sur “Space Monkey”, à la grosse production clinquante pleine de violons et de sons formatés MTV, il hurle plus que de nécessaire et envoie des “ooooh” et des “aaaahs” dans tous les sens. Ca pourrait être du Zazie. Quand arrive “Broken Promise” après 9 pénibles chansons, on est tout d’abord ému par une très belle descente de piano et la voix sensuelle de Michael Stipe (de R.E.M.)… jusqu’à ce que Molko arrive pour un refrain martelé proche des groupes emo. A ce moment précis on  passe à la piste suivante…

Dans ce naufrage surnagent quand même quelques morceaux, comme le single “Because I Want You” qui réveille vaguement l’auditeur mais aurait fini en face B il y a quelques années. La pénultième “In The Cold Light Of The Morning” est peut-être la meilleure chanson ici – et ce n’est pas parce que l’album finit peu après elle – parce que Brian Molko y chante sobrement, sans pousser de cri de hyène (hormis un ou deux “tomorrooooooooooooooooow” qui ne parviennent pas à la gâcher) sur une mélodie mélancolique. L’album s’achève sur une “Song To Say Goodbye” correcte mais plombée par des allusions lourdingues dans les textes (“you are a mother’s nature son (…) your needle and your damage done… »).

C’est maigre. On a réécouté Placebo et Without You I’m Nothing immédiatement après l’écoute de ce disque pour se souvenir pourquoi on aimait tant Placebo avant. La réponse est évidente. Placebo à l’époque écrivait des chansons aux mélodies superbes et aux textes provocateurs. Le premier album était un cri adolescent désespéré, le second une affirmation de la part de Molko de sa nature complexe et torturée. Le succès, la reconnaisance, l’argent (et l’amour semble-t-il) aidant, les problèmes de ce dernier semblent s’être résolus. Molko n’est plus le personnage ambigu et fascinant qu’il était en 1998, mais un chanteur bouffi à la recherche de son inspiration. Ecouter “Pure Morning” en 2006 donne les larmes aux yeux, écouter n’importe quel morceau de Meds nous rappelle amèrement que nos amours de jeunesse ne sont plus.

 

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6 Commentaires
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axelle
Invité
axelle
24 mars 2006 7 h 47 min

super critique, je pense exactement le meme chose mais je n’ai pas su l’ecrir comme toi, tu retrenscrit mes (nos) sentiments avec des mots exactes…. fan de ton blog, defenetivly!

Eric (Planetgong)
Invité
Eric (Planetgong)
30 mars 2006 1 h 52 min

Merci beaucoup! Je suis tres touche.

thomas
Invité
thomas
31 octobre 2006 4 h 52 min

Je dois l’avouer la 1ere fois que j’ai écouter ce cd j’ai accrocher à quelques titres ( je devais revenir d’une soirée arrosée) et ensuite ce cd m’a dégouté de placebo (déjà que j’étais pas un grand fan …). Passez votre chemin et allez plutot acheter les dirty pretty things , rhesus , the paddingtons …
Ce blog est génial ^^

ziggypop
Invité
ziggypop
3 janvier 2007 1 h 54 min

oui malheureusement placebo n’est plus! moi qui suis grande fan de la période 96 à 2000 (black market music est selon moi le mieux qu’ils aient pu faire après le superbe without you i’m nothing)…
Brian molko est décevant et il parait qu’en concert c’est pire! pffff… vivement qu’il se fasse larguer ou qu’un malheur arrive dans sa vie pour qu’il revienne au summum!! (c’est horrible ce que je dis!!)
grosses bizzzz

ziggy

Pam
Invité
Pam
12 mai 2007 6 h 19 min

Effectivement, un album sans saveur qui m’a lassé après seulement 4 écoutes, même un an après je n’ai pas l’envie de le remettre dans ma chaine Hi-Fi, grande fan des débuts, je me contenterai des deux premiers albums et des quelques (rares) perles que l’on trouve sur les opus 3 et 4, pour Meds pas grand chose à retenir, un album convenu que l’on oublie sitôt écouté…

Pour ce qui est des concerts, La Cigale en mars et Bercy en octobre m’ont convaincu de ne plus y mettre les pieds…

bokacola
Invité
bokacola
11 décembre 2013 5 h 43 min

Putain c’est marrant à l’époque on comptait sur Placebo pour sauver le rock’n roll

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