PLASTICINES – LP1 Léger

(Virgin 2007)

Le premier album des Plasticines fait illusion pendant 1 minute 29, soit la durée de l’excellent morceau d’ouverture « Alchimie ». Un riff de guitare sec et concis fait tourner la machine, la mélodie accroche, un refrain à tiroirs envoûte. Ce morceau est véritablement excellent. On est bluffé. On avait aimé le morceau « Shake » dans la compilation Paris Calling sortie en 2006, on commence à penser qu’on tient quelque chose.

Malheureusement les choses se corsent dès la seconde piste, à l’instant précis où Katty Besnard decide de chanter en fait, alors qu’elle parlait, haletait et criait même avec brio dans « Alchimie » et « Shake ». Les Plasticines y perdent leur côté animal, leur côté rock’n’roll et deviennent un girl-band commun. Selon les aficionados, le premier single « Loser » serait le tube du groupe. Les amateurs de Téléphone et de variété à guitares y trouveront plus leur compte que le rock’n’roller lambda. On n’a pas envie en 2007 d’écouter une resucée de ‘Un autre monde ».

A quelques exceptions près, cet album ne dépasse pas le stade du sympathique. Si on sent que les quatre musiciennes jouent avec ferveur, le groove est absent de leur musique, rien ne swingue. Le garage-rock des Plasticines est raide, scolaire, et, pour tout arranger, plombé par des textes affligeants. Ca fait beaucoup. Quand ça chante en français on est consterné par la platitude des textes : « Chaque fois que tu me vois, je ne te vois pas, tu n’es qu’un lou… tu n’est qu’un lou… tu n’est qu’un loser« . La frontwoman Katty Besnard cumule les handicaps : voix anonyme, accent anglais à coucher dehors, manque d’envie. N’est pas Alison Mosshart ou Karen O qui veut, porter les bonnes fringues ne suffit pas à être une rock star.

On se dit que le passage à l’anglais va arranger les choses. C’est pire. Les Plasticines font vite le tour de leur 50 mots de vocabulaire (on adore la rime « it’s you… me /  you see » et « I don’t wanna be what you want me to be« , du jamais entendu) et les dispensent avec un accent dont Superdupont serait fier. La molesse de leur « punk » et le mix propret de l’album mettent malheureusement la voix de la chanteuse – et son anglais de collégienne – en avant. L’impression que donne LP1, c’est qu’on entend une version féminine, franchouillarde et molle du genou des Ramones. « Lost In Translation », « Human Rights », « Under Control » répondent toutes à cette description. Seule « Shake », sauvée par son énergie, sort du lot.

On ne s’étonnera pas de trouver les trois meilleurs morceaux en début d’album – la maison de disques a du se rendre compte de la légèreté du projet. « Alchimie », « Loser » puis « Shake » dévoilent un honnête groupe powerpop. Derrière on est proche du catastrophique. La plupart des chansons sont inconsistantes, quelques unes sont dramatiquement mauvaises. « Mister Driver » est une énième relecture de « All Day And All Of The Night » des Kinks (les groupes mal inspirés finissent toujours par jouer cette chanson sans s’en rendre compte). « La Règle Du Jeu » est sabordée par la bêtise des textes, tout comme « Pop In, Pop Out » dont on ne sait trop quoi penser. Les « popine popaoute » du refrain se veulent second degré, un hommage à la pop française sucrée sixties façon Jacqueline Taïeb ou à France Gall période Gainsbourg. C’est gentil, sans plus.  

Le fond est atteint avec « Zazie », une chanson faussement naïve plus proche de la nouvelle scène française que des Strokes. Le pastiche yéyé des Plasticines tombe à plat, desservi par des textes qui accumulent encore plus de clichés que le dernier Delerm : « en 1966, mini-jupes et pop music, Twiggy flâne à Barnaby » où comment écrire une chanson en feuilletant un bouquin de Barry Miles. On a le droit à une énumération vaine de banalités liées au Swinging London (« les dandies vont au Marquee« ) aussi inutile que dénuée d’intérêt.

Après celui des Naast, l’album des Plasticines est le deuxième de la « nouvelle vague rock » parisienne. Le bilan n’est pas terrible jusqu’à présent. A PlanetGong on a misé nos pions sur les Second Sex. Si ces derniers se plantent à leur tour, on pourra affirmer que cette scène n’était qu’un feu de paille et on en serait les premiers désolés. Ce ne sont pas les Plasticines qui vont nous donner envie de nous enflammer pour le nouveau rock français. Le trône des Hushpuppies n’est pas prêt de vaciller, les anglo-saxons peuvent dormir tranquilles. 

 

 

Tracklisting :

1  Alchimie  *
2  Loser
3  Shake (Twist around the fire)  *
4  Mister Driver
5  La règle du jeu
6  (Zazie fait de la) Bicyclette
7  No way
8  Pop in, pop out !
9  Rake
10  Tu as tout prévu
11  Human rights
12  Lost in translation
13  Under control

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

9 Comments

  1. Faut qu’on m’explique ce disque ne va à la poubelle mais le TCTC si? (je voudrais pas faire une fixette mais j’ai dû mal à comprendre quels sont les critères pour la poubelle alors…)

  2. Vues sur scène en première partie de Bryan Ferry : les plasticines  forment un groupe affligeant d’amateurisme et de manque d’énergie. C’est le garage-band du lycée Henri IV, absence de faim, d’envie, de tout.

  3. Suite à mon achat de Paris Calling, les dites Plasticines sont vraiment celles dont j’estimais l’écoute des plus inutiles… j’étais visiblement lucide.
    Ca m’étonne presque de votre part que l’album de finisse pas dans la rubrique poubelle (devrait-on cela à leur joli minois ?)

    Quoi qu’il en soit, je n’ai pas grande foi en la scène parisienne, si vous pariez les Second Sex, je mise davantage sur Les Shades pour ma part.

  4. j’ai vu les plastiscines deux fois sur scène, et je dois dire que c’était pas mal du tout, mais c’était avant l’album et les médias… la mignonne Katty et ses amies deviennent les caricatures d’elle-même, sans parler de l’album, qui une fois l’abstraction des textes ambiance teenage movie réalisée est plus plat que les seins de la bassiste (qui a son charme aussi il est vrai).

    malgré les clichés, je trouve le zazie fait de la bicyclette d’un kitsch très plaisant, et mister driver dessent, malgré l’accent de Katty, ne parle pas anglais qui veut…

    au final, les voir jouer est très sympathique mais on déchante un peu trop vite, attendons les Second Sex (j’ai entendu quelques futurs titres, et personnellement j’aime beaucoup)!

  5. Vraiment le genre de groupe qui dessert toute la (pseudo ?) nouvelle scéne de teenagers ! Les calamités (au hasard Balthazar) étaient 100 fois plus rock !

    Bouh, c’est nul !!

  6. pareil je mise sur les shades, et pour les avoir vu sur scene ils sont excellents, bon j’avoue que la deuxieme fois que je les aie vu (à la fleche d’or) j’ai un peu été déçu car ça manquait de conviction, mais la premiere fois c t énorme

    musicalement leurs deux 45tours sont excellents ya rien à jetter et en 4 morceaux ils explosent littérallement l’album des naast

    les plasticines pour revenir sur elle, c’est une blague de les avoir signer…

    apparemment leur batteuse a été virée, parcequ’elle jouait trop mal (raison officielle, raison officieuse : elle n’était pas ok sur le choix du single)

  7. Je suis on ne peut plus d’accord avec toi…autant pour les Naast j’ai réussi à sauver des trucs, voir même à me dire que ce n’était pas mauvais à défaut d’être franchement bon, autant pour les Plasticines…la catastrophe totale. Quand je vois la hype qui les entoure et cet album piteux couvert d’étoiles, j’ai presque envie d’écouter Cali, c’est dire si je sombre dans les abimes de l’horreur…

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