ADAM GREEN – Aladdin Imperfectionniste

(Totally Gross National Product 2016)

En 2014, Adam Green a réjoui ses fans pour qui le cinéma est un art de moindre importance en annonçant son dernier projet en date : une adaptation filmique du conte d’Aladin, ancrée dans le XXIème siècle et passée à travers le prisme de l’imagination délirante du New-Yorkais. Une campagne Kickstarter lui a permis de récolter la somme rondelette de 60 000 $ pour le financement du film, dont la production a duré trois ans. Ceux qui avaient vu son film précédent (The Wrong Ferarri, présenté comme « le premier film entièrement confectionné avec un iPhone »…) savent qu’Adam Green est meilleur musicien que cinéaste ; Aladdin est, comme prévu, un nanar cosmique qu’il est difficile de regarder d’une traite, même sous substances (on a essayé, au cas où).

Heureusement, Green a également utilisé une partie de l’argent récolté pour enregistrer de nouvelles chansons. L’annonce de cette B.O. s’accompagnait toutefois de son lot d’interrogations. L’ex-Moldy Peaches ne s’était guère montré prolifique au cours des dernières années : deux albums en six ans, le dernier étant celui enregistré en duo avec Binki Shapiro (agréable mais plutôt peu marquant). Ceux qui suivent de près sa carrière se souviennent de plus de sa précédente B.O., Musik for a play, qui figurait en bonne place dans la Desolation Row Vol. 3 et pouvait éventuellement, par association d’idées, faire douter de la qualité dAladdin. Finalement, Adam Green est en forme, et ce nouvel album fait bonne figure dans sa discographie.

Est-ce lié à la belle somme récoltée, ou bien à la multitude de musiciens qualifiés qui l’entourent ? La chose la plus frappante lors des premières écoutes du disque, c’est sa belle patine sixties et classieuse. Il est loin le temps des violons sirupeux de Jacket Full of Danger qui faisaient le désespoir des esthètes ; dès « Fix My Blues », le premier morceau, on s’émerveille devant cette basse gironde et ces claviers acides qui habillent à merveille tout l’album. Au fil des écoutes, on découvre également une foultitude de petits détails instrumentaux amusants, qui rappellent que ce disque accompagne un film gentiment frappadingue aux allures de bande dessinée animée.

En ce qui concerne l’écriture même des morceaux, pas grand chose n’a changé. Adam Green chante toujours les pires saloperies du monde en prenant des airs de crooner philosophe (du genre : « Your breasts are like two wrists / That I’ve handcuffed to my dick / In a subculture of love / And refraction ») : les chansons de cet album traitent donc de procrastination, d’insectes techno-fongiques, de cocaïne et – bien sûr – de sodomie. Plusieurs morceaux rappellent de plus que le New-Yorkais n’a pas son pareil pour écrire des mélodies qui touchent droit au coeur : la susmentionnée « Fix My Blues », « Someone Else’s Plan », « Me From Far Away » et la splendide « Never Lift A Finger » sont de celles-là. Dans ces moments-là, Green est l’un des musiciens pop les plus originaux et précieux qui soient.

Toutefois, dans la grande tradition des albums d’Adam Green, Aladdin est loin d’être parfait. D’abord, les extraits du film placés entre les titres s’avèrent très vite fatigants et nous font sortir du disque une fois sur deux. Plus embêtant : à partir de la piste 7, l’album se disperse au point de devenir très dur à suivre. Entre les extraits du film et les morceaux de moins d’1’30’ qui relèvent davantage de la blague potache que de la musique (« Birthday Mambo », « Chinese Dance Theme » ou l’insupportable scie « Interested In Music », qui pourrait être passible de prison), il devient quasi impossible de distinguer les vraies bonnes chansons ! On n’en compte d’ailleurs que quatre ou cinq sur les douze dernières pistes, ce qui peut agacer un tantinet sur le long terme.

L’impression que fait ce disque sur l’auditeur peut donc fortement varier en fonction de son humeur du moment : si elle est bonne, il se réjouira du caractère loufoque de l’ensemble et remerciera le ciel pour Adam Green qui, quoi qu’on en pense, fait peut preuve d’une telle candeur et d’un tel enthousiasme qu’il est difficile de ne pas le trouver touchant. Si l’humeur est mauvaise, en revanche, il maudira cet artiste new-yorkais qui, comme tous les artistes new-yorkais, a un peu trop tendance à considérer que toutes ses idées sont valables, de la plus brillante jusqu’à la plus idiote. Le petit rédacteur de PlanetGong, lui dont l’humeur est notoirement équilibrée, appelle pour sa part à une mesure empreinte de sagesse millénaire : Adam Green est certes un saligaud, mais quand on écrit des morceaux tels que « Never Lift A Finger » ou « Me From Far Away », ne peut-on pas tout se permettre ?

 

 

Tracklisting :

  1. Fix My Blues *
  2. God = Humans
  3. Nature of the Clown
  4. Aladdin Are You OK
  5. Someone Else’s Plan *
  6. Time Chair
  7. Never Lift a Finger *
  8. Techno-Fungal Insect Species
  9. Birthday Mambo
  10. Chinese Dance Theme
  11. Me From Far Away *
  12. Do Some Blow
  13. I Only Take Cocaine
  14. Phoning in the Blues *
  15. Trading Our Graves *
  16. Life in a Videogame
  17. No Masterpiece Policy
  18. Interested In Music
  19. What Is Dying Like

 

Vidéos :

Le trailer du film :

« Never Lift A Finger »

« Nature of the Clown »

« Me From Far Away »

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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