SOLEDAD BROTHERS – The Hardest Walk Blues psychédélique

(Loog 2006)

Le nouvel album des Soledad Brothers est une bénédiction pour tous les amateurs de blues. On connait le groupe de Johnny Walker pour son approche érudite de ce genre musical rendu ridicule par des dizaines de bluesmen blancs à mullet. Trois albums de blues explosif entre Rolling Stones période Exile On Main Street et garage sixties américain leur ont assuré un statut culte. Groupe phare de la prolifique scène de Detroit, le trio s’est exilé en France pour enregistrer cet excellent The Hardest Walk – besoin de changer d’air après une rupture amoureuse difficile… Le ton de l’album s’en ressent, très chargé en émotions et possédant une profondeur inédite grace aux textes d’un Johnny Walker blessé. Evoquant cette passe difficile, il écrit plusieurs chansons prenantes, telle l’acoustique « Dark Horses », ode à l’amour perdu au climat introspectif pesant. Plus déchirant encore, le blues « Crying Out Loud (Tears Of Joy) » vous fera chialer dans votre bière. « Did you think I wouldn’t find / About others you’ve seen? »

Cet album est pourtant loin d’être triste. Il s’ouvre même sur deux des chansons les plus percutantes jamais écrites par le groupe. « Trust Or Consequences » démarre pied au plancher avec une rythmique rappelant « Stroll On » des Yardbirds et un Johnny Walker aux intonations ironiques. Le teigneux « Downtown Paranoia Blues » (proche de « Tombstone Blues » de Dylan) enchaîne brillamment et dévoile un court passage empli de feedback proche du blues psychédélique anglais (Cream, Yardbirds). Si cela paraît surprenant de la part d’un groupe qui s’est fait une réputation d’intégriste roots, cette évolution est le fait d’une rencontre déterminante, celle de Dechman, multi instrumentaliste surdoué rencontré lors de l’exil bordelais des Soledad Brothers. Désireux d’étendre son spectre musical, le trio a trouvé en lui ce dont il avait besoin pour sortir du carcan blues qu’il s’était imposé. Le quatrième brother illumine le disque de sa classe sur la magnifique face B où le groupe part dans des directions inattendues.

Après une face A entièrement consacrée aux déboires du chanteur, la deuxième partie du disque s’entame par un « White Jazz » qui trahit la passion du batteur Ben Swank pour le free-jazz d’Amon Duul. Du jamais entendu chez les Soledad Brothers. Arrive ensuite le single sunshine-pop psychédélique « Good Feeling », au titre équivoque, qui semble indiquer que Johnny Walker a repris le dessus. Parfait pour l’été prochain.

La fin d’album est magnifique. Le folk trippant de « Let Me Down » baigne dans une ambiance vaudou alimentée par la présence d’un Rhodes et d’un violoncelle intriguant, « Mean Old Toledo » est un morceau de country hantée dans lequel émergent des sons terrifiants, avant la perle garage « Loup Garou » où guitare fuzz et sons électroniques s’épousent. La conclusion, « True To Zouzou » (une référence à « Zouzou », premier single de Dechman à l’époque de son groupe Dêche Dans Face), voit Johnny Walker chanter une berceuse acoustique illuminée par la présence magique d’un sitar.

Cet album dense révèle un groupe devenu ambitieux et possède un son unique, plus mordant que les précédents opus. Désireux de tourner une page de sa vie peut-être, Walker exorcise son mal-être dans cet album-thérapie (dans la face A en particulier) et laisse sa rage exploser en couleurs et son blues muer psychédélique. Disque profond empli de mélodies prenantes et d’instrumentations inventives, The Hardest Walk fait indubitablement entrer les Soledad Brothers au firmament du blues-rock. Un concurrent sérieux au titre d’album de l’année.

  

 

Tracklisting : 

  1. Truth or Consequences *
  2. Downtown Paranoia Blues *
  3. Crying out Loud (Tears of Joy)
  4. Crooked Crown *
  5. Sweet and Easy
  6. Dark Horses *
  7. White Jazz
  8. Good Feeling *
  9. Let Me Down *
  10. Mean Ol’ Toledo
  11. Loup Garou *
  12. True to Zou Zou

Le groupe sur MySpace : www.myspace.com/soledadbrothers

 

Vidéo :

« Good Feeling »

 

Vinyle :

Une pochette colorée et chaleureuse. Le white tiger n’est visible que sur le label central du disque.

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. Tiens ! Les autres Soledad Brothers ne sont pas chroniqués sur PlanetGong ?!
    J’en aurais mis ma b*** à couper pourtant.
    Fabuleux groupe, impossible d’en décrocher depuis quasiment 10 ans…

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