ANANDA SHANKAR – Ananda Shankar Inde psychédélique

(Reprise 1970)

Les Rolling Stones, comme les Beatles et nombre de leurs contemporains, ont souvent vu leurs chansons reprises par des artistes pour la plupart peu inspirés espérant, au mieux, rendre hommage à leurs idoles, au pire, encaisser un gros tas de dollars sur le dos de celles-ci. Le résultat tourne quasiment tout le temps au désastre complet, au saccage douloureux d’un patrimoine musical inestimable.

Lorsqu’Ananda Shankar – oui, le neveu de… ce qui en fait le cousin de la fille de… – est revenu d’un séjour de deux années en Europe en 1970 effectué après 5 années d’étude en musicologie à l’université de Bombay, il avait un projet. En fait, il l’explique dès le recto de la pochette de ce disque « I have had a dream to try to combine Western and Indian music into a new form, a music which has no particular name but is melodious and touching, and which combines the most modern electronic devices with the old traditional instrument, the sitar ». Pas besoin d’être anglophone pour comprendre qu’Ananda avait envie de frotter son sitar aux rythmes occidentaux à cette époque.

La musique indienne étant basée sur la modulation, les changements d’accord et les rythmes chaloupés de la pop music s’accordaient assez peu à l’époque à la culture orientale. Le sitar fit son entrée – fracassante – dans l’inconscient collectif grâce à la fascination de George Harrison pour l’Inde et ses instruments dans des morceaux tels que « Norwegian Wood » ou « The Inner Light ». Des dizaines de groupes psychédéliques se servirent ensuite de ces instruments emblématiques que sont les tablas et surtout le sitar uniquement pour colorer leur musique et lui donner des odeurs d’encens.

Ananda Shankar décida de prendre le problème de façon inverse. Dans ce disque, il voulut placer le sitar au centre et construire des rythmes autour pour créer le premier exemple de pop indienne. Quoi de mieux alors pour ouvrir l’album que de placer une reprise barrée et insurpassable de « Jumpin’ Jack Flash »? Certains répondront « passer la deuxième couche en tordant le cou à Jim Morrison et envoyer « Light My Fire » dans l’espace ». Ils n’auront pas tort.

Comme l’indique le texte de pochette, ce disque mélange musique indienne, pop et – très important – expérimente avec l’électronique. Le résultat est dément. Outre les deux reprises citées plus haut – sorties en face A et B d’un single qu’on imagine très recherché – le disque contient des morceaux plus proches de tonton Ravi que des Beatles, planants et contemplatifs mais structurés autour d’une mélodie et d’une ossature indéniablement pop.

Le disque est très agréable à écouter et, en fin de compte, bien meilleur que ces reprises de classiques rock sixties. Une initiation parfaite à la musique indienne pour l’auditeur réticent, un vrai chef d’oeuvre d’inter-culturalisme et d’ouverture. Il serait dommage de ne retenir que ce « Jumpin’ Jack Flash » d’anthologie tant le reste de l’album se révèle plus intéressant mais on n’en voudra à personne de se le passer en boucle le sourire aux lèvres ou de le sortir pour épater la galerie (effet garanti).

 

 

Tracklisting : 

01. Jumpin’ Jack Flash *
02. Snow Flower  
03. Light My Fire *
04. Mamata (Affection)
05. Metamorphosis
06. Sagar (The Ocean)
07. Dance Indra
08. Raghupati *

L’album sur Deezer : www.deezer.com/fr/#music/ananda-shankar/ananda-shankar-86009

 

Vinyle : 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. un autre disque un peu dans le même genre
    lord sitar

    un disque sorti à la fin des années soixantes pour surfer sur la mode du sitar en angleterre
    c’est avec le meilleur joueur de sitar anglais big ed sullivan (ou un truc dans le genre) qui a aussi joué sur "moanin" de chris farlowe par exemple
    on y retrouve des reprises de morceaux pop comme "black is black" ou "i can see for miles"

    c’est assez rigolo mais ça casse pas non plus des briques, je pense que celui d’ananda shankar est meilleur (de ce que j’en ai écouté)

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