SUPERGRASS – Road To Rouen Hope I die before I get old

(Parlophone 2005)

Supergrass n’a pas le droit de vieillir. Alors que leurs contemporains de la britpop accusent peu à peu le poids des ans (Oasis, Blur, Pulp, Suède sont aujourd’hui des figures du passé – sauf pour les frères Gallagher qui s’accrochent désespérément à leur gloire et leur fraîcheur envolées…) le groupe mené par Gaz Coombes sort depuis 10 ans des disques animés d’un souffle juvénile semble détenir la formule de la jeunesse eternelle. 

En 2002, Supergrass affichait une santé insolente avec son fulgurant Life On Other Planets gorgé des tubes glam-punk idiots et échevelés, au point même que la sortie d’un best of l’année suivante parut prématurée… En 2005, c’est un groupe tout autre que l’on découvre dans ce Road To Rouen contemplatif, au tempo ralenti et aux instrumentations dépouillées… un groupe mature. Horreur.

C’est une petite mort à laquelle on assiste pendant l’heure que dure cet album. Plus de waa-hoo déjantés, plus de breaks de guitare supersoniques, plus d’énergie… Supergrass nous font une anti-Dylan; ils débranchent les guitares. Le contre-pied est osé : à l’heure où les Buzzcocks reviennent à la mode, le groupe qui a réveillé le fantôme du groupe mancunien dans les années 90 se range des guitares et mue en combo pop-rock façon Beatles. Erreur : dans un pays qui compte assez de groupes tentant (vainement) de singer les Fab Four pour en faire un sport national, Supergrass perd son originalité et sa personnalité en se coulant dans un moule maintes fois utilisé…

Et pourtant… il faut bien reconnaître que l’album est plutôt bon. L’ouverture « Tales Of Endurance (4, 5 & 6) » est le morceau le plus représentatif du Supergrass nouveau. Ce morceau épique à l’intro très longue navigue entre le « Shine On You Crazy Diamond » de Pink Floyd et « Pinball Wizard » des Who. On a souvent comparé Supergrass à ces derniers. I Should Coco était le My Generation des années 90. Road To Rouen se rapproche des ambiances les plus calfeutrées de Tommy.

En fait, le rock des années 70 est la principale source d’inspiration de Gaz et ses comparses. « Kick In The Teeth » est un gros rock à la Stones période It’s Only Rock’n’roll, Road To Rouen va puiser dans la musique black de Sly & The Family Stone un riff funky et des percussions africaines tandis que « Low C », ballade à écouter autour d’un feu de bois, oscille entre Beatles et E.L.O..

Le gros problème de l’album est le nombre élevé de chansons molles comme « Fin », qui nous rappelle le décevant Talkie Walkie d’Air – autre exemple de groupe qui vieillit mal -, notamment le morceau « Venus ». Dispensable. Toujours dans le blanc d’oeuf, un morceau comme « Roxy », tous violons dehors, lasse rapidement. Ce genre de morceau pop pompier façon Travis/Coldplay ne sied pas vraiment à Supergrass.

Heureusement, le sens de la mélodie parfaite – point fort du groupe – est toujours là. « Sad Girl », portée par une basse McCartneyienne, trahit l’admiration des anglais pour l’orfèvrerie pop du Gainsbourg de Melody Nelson. Un grand moment que seul « St Petersburg », véritable perle de l’album, dépasse par sa splendeur.

La beauté du nouveau Supergrass réside donc dans sa retenue et le côté introspectif de chansons chuchotées. Que reste-t-il de l’immédiateté et de l’extravagance du Supergrass d’antan? Une blague de potache, une connerie de service intitulée « Coffee In The Pot » ponctuée de « ! » en guise de refrain…

Road To Rouen est le premier album adulte de Supergrass. Ce changement de route laisse un trou béant dans la scène rock anglaise. Quelqu’un pour reprendre le flambeau?

 

  

Tracklisting :

  1. Tales of endurance (parts 4, 5 & 6)  *
  2. St. Petersburg  *
  3. Sad girl  *
  4. Roxy
  5. Coffee in the pot  *
  6. Road to Rouen
  7. Kick in the teeth
  8. Low C
  9. Fin

 

Vidéos :

« St Petersburg »

 
« Low C »
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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