RADIO MOSCOW – Magical Dirt Retour en grâce ?

(Alive Records 2014)

Radio Moscow est un groupe paradoxal. Déjà parce que ce n’est pas vraiment un groupe mais le projet personnel de Parker Griggs, guitariste surdoué découvert par Dan Auerbach au milieu des années 2000 alors qu’il n’avait pas 18 ans. Ensuite parce que ce projet est devenu de plus en plus populaire alors que la qualité des disques s’étiolait de plus en plus.

Ainsi, au moment où le groupe est devenu très populaire sur les scènes américaines, ses albums étaient devenus franchement pénibles. Ce paradoxe est lié à la personnalité de Griggs, génie de la six-cordes au jeu hendrixien absolument incapable de se canaliser. Les albums du groupe ont fini par tellement jouer la carte de la surenchère guitaristique que toute idée de chanson a disparu (la simple pensée de l’intro fastidieuse de The Great Escape Of Leslie Magnafuzz nous donne encore un début de migraine). Dans le même temps, les amateurs de guitar-heroes pyrotechniques se régalaient des solos fastidieux et ininterrompus que produisait le groupe.

Un tel équilibre ne pouvait tenir et l’implosion du groupe finit par avoir lieu : en 2012, la section rythmique du groupe s’est barrée avec fracas, lassée de ce leader autiste et dictatorial. Les mecs sont partis former Blues Pills, avec un certain succès populaire (même si leur premier album n’est pas un chef d’oeuvre non plus). Tricard mais combatif, Griggs en a profité pour se ressourcer en écumant le circuit stoner avec un nouvel attelage. Une décision qui lui a permis de retrouver un peu de clairvoyance au moment d’enregistrer son quatrième album.

Magical Dirt marque donc un nouveau départ pour Radio Moscow qui revient à un blues heavy plus orienté sur le riff lourd que sur l’explosion de notes kaléidoscopiques (« Gypsy Fast Woman ») et qui a souvent des allures de hard-rock à l’ancienne (« Rancho Tehamla Airport »). Un disque sainement funky par moments (« Bridges ») qui se permet même des respirations acoustiques (« Sweet Lil Thing », « Stinging ») très plaisantes. Bref, la crise d’adolescence semble terminée et Radio Moscow propose un disque adulte. Qu’on ne se méprenne pas : Griggs envoie toujours des solos spectaculaires, mais ceux-ci viennent au service du morceau et ne représentent plus un aboutissement en soi. A défaut de nous enthousiasmer de façon excessive, cet album fait de Radio Moscow un groupe à nouveau fréquentable, c’est déjà un petit miracle en soi. On continue de garder un oeil sur eux.

 

 

Tracklisting :

01 – So Alone
02 – Rancho Tehama Airport *
03 – Death Of A Queen
04 – Sweet Lil Thing
05 – These Days
06 – Bridges *
07 – Gypsy Fast Woman *
08 – Got The Time
09 – Before It Burns
10 – Stinging

 

 

Vidéo :

« Gypsy Fast Woman »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. tu me rassures, car on m’avais fortement conseillé The Great Escape Of Leslie Magnafuzz et j’ai eu du mal à aller au bout… j’en ai pensé la même chose que toi. mais du coup je ne suis pas sur de prendre le temps d’écouter celui ci, aussi supérieur fut il….

Laisser un commentaire